‹ L'action sociale par l'initiative privée, avec des documents pour servir à l'organisation d'institutions populaires et des plans d'habitations ouvrièresChapitre 61 sur 102 · LES VRAIES CAUSES DU MAL · texte numérisé non relu

LES VRAIES CAUSES DU MAL

Les rares exceptions négligées, il n'est pas contestable que le recensement de 1901 se résume en une nouvelle constatation d'extrême ralentissement dans le mouvement de la population française.

Un accroissement de 412,000 âmes en cinq ans sur 38 1/2 millions a-t-il de quoi apaiser les appréhensions que depuis quelques années ressentent à ce sujet tous les cœurs patriotes et tous les esprits prévoyants ?

Seul l'optimisme dont l'exercice du pouvoir semble anesthésier les plus vigoureuses intelligences peut s'en contenter. Deux sénateurs, MM. Piot et Bernard^ ayant questionné le ministre

seille ait augmenté le sien de pliu de 47,000 unités, cela a surpris, au point que des doutes furent manifestés. A vrai dire, si quelques déductions peut-être ont semblé justifiables, le gros de la majoration ne paraît guère susceptible d'être contesté. Mais il se conçoit qu'en l'état des circonstances ambiantes, on ait été étonné.

11 est notoire par exemple que la prospérité de Lyon a suivi une marche ascensionneile, que les industries y sont hardies, actives, vigoureuses» que l'épargne y est trôs forte, et que sur tout cela le contraire est le vrai à Marseille. Alors comment se fait-il que le mouvement de la population se révèle en sens inverse si on compare les deux villes ? On a dit que Lyon n'englobe et ne suppute pas ses banlieues comme Marseille, qu'il y a là des agglomérations importantes : mais il en était de môme en 1896, et à ce moment Lyon, au lieu d'être primée par Marseille, comptait 19,426 ftmes de plus ; l'argument ne porte donc pas.

A ce gain bizarre et imprévu, nous apercevrions deux explications.

La première, c'est que pour apprécier exactement la crise dont souffre notre grand port maritime, il faut l'analyser. Oui, le commerce est en recul ; plusieurs industries disparaissent, d'autres languissent ; l'esprit d'entreprise s'est affaibli ; les transactions de Bourse sont faibles ; la construction s'est ralentie. Mais les salaires ouvriers se sont élevés ; ceux des métiers faciles et rudimentaires (travail des quaisj ont été forcés par les grèves; les aflbires de transit, et toute Voftte d'emplois qu'elles comportent, se sont multipliées, sans profits correspondants d'ailleurs ; les journaliers ruraux aflSuent, appelés par la hausse de la main-d'œuvre, attirés par les plaisirs bruyants et tous les appâts de la grande ville ; les sans-travail arrivent un peu de tous côtés, comme sur un inépuisable marché où l'on est assuré de trouver toujours sa vie à gagner...

La seconde cause de cette plus-value statistique est probablement l'immigration italienne qui a monté encore. Nous n'avons pas de chiflVes précis, et il serait bien désirable que la municipalité de Marseille ftt connaître la proportion des nationalités; mais tout porte à croire qu'il y a de ce eôté un coefficient sensible dans la différence entre 1896 et 1901.

Voilà pour le cas de Marseille. De quelque façon qu'il s'explique, il demeure à part, en tête de la liste fort maigre des exceptions. Le fuit général, c'est le déplorable arrêt de la population française.

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dp rintérieur sur le recensement en vue de faire ensuile inscrire à Tordre du jour de la Chambre Haute le rapport (|éposé sur ce qu'on appelle (peu exactement d'ailleurs) la dépopulation, le ministre leur a répondu ; ,

Dans la période décennale 1886-1896, railgmentation lotile n'avait été que de 299,075 habitants. L'augmentation de la seule période quinquennale 189G-1901 est supérieure de plus d'un tiers, et le mouvement de la popukilîon française semble prendre ainsi une marche ascensionnelle qu'on ne peut voir qu'avec une réelle satisfaction .

. Non, ea vérité, ce serait avoir la satisfaction trop facile (»).

. Ce qui pourrait mériter plus d'attention, c est cette remarque que si raffaiblissement de la natalité a atteint chez nous tine gravité et une persistance exceptionnelles, il ne constitue pas un phénomène absolument spécial à la France. "M. Paul Leroy-Beaulieu a le premier, croyons-nous,observé que la tendance au déclin de la natalité semble un fait concomitant au développement des civilisations démocratiques ; il en a noté des indices en Australie, dans la Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, en Belgique, même parmi les éléments ouvriers supérieurs de l'Angleterre, Voici que de façon plus générale, pour cette Angleterre monarchique et à aristocratie si forte encore, le Times a publié des observations de M. Freemantle qui dénoncent un début bien accentué du mal : en 1875 il naissait 35 enfants par 1,000 habitants, en 1900 il en est né 29, et la baisse est plus sensible dans certaines régions, et elle serait plus rapide qu'en France même, car l'excédent des naissances sur les décès, de 8.5 plus grand en 1875 que chez nous, descend à 6.8 en 1900, tandis qu'en France l'évolution a mis cinquante ans à s'accomplir. Seulement, pour les Anglais, la diminution de la mortalité atténue celle de la natalité : ils perdent 249.000 personnes chaque année par le déchet des naissances, et retrouvent la moitié de ce chiffre par la réduction des décès.

, (1) Une commission extraparlementaire a été pourtant constituée janvier 1902) pour la recherclie des remèdes à. cette situation si satislaisante.

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