‹ L'action sociale par l'initiative privée, avec des documents pour servir à l'organisation d'institutions populaires et des plans d'habitations ouvrièresChapitre 62 sur 102 · LES VRAIB6 CAUSES DU MAL · texte numérisé non relu

LES VRAIB6 CAUSES DU MAL

Le T'tm^s a raison d'éveiller Ja sollicitude de ses compatriotes sur ce qui serait' un péril particulièrement menaçant pour une nation coloniale entre toutes. II fait bien mômed<'exagérer, de forcer la note, de pousser au noir : il est des symptômes morbides qu'il vaut mieux combattre dès qu'ils, apparaissent. Mais hélas ! que devons-nous dire alors, nous, dont le nombre n'a augmenté depuis un demi-siècle que de trois millions d'âmes, y compris 1 million d'étrangers naturalisés, tandis que la même période accroissait la population de l'Angleterre de 14 millions, presque cinq fois plus, et l'Allemagne de 21, et l'Autriche-Hongrie de 14 1/2, et ritafie même de 9, et Ih pcoliBque, la puissante Russie de 62 ? '

N'essayons donc pas de nous dissimuler, ou d'estoinper, ou d'excuser notre mal^qui est trop réel et trop aigu. Regardonsle en face. Demêlons-en, parmi des causes complexes, au moins les principales, sans puérils euphémismes. Cherchons s'il y a quelques moyens pratiquer d'enrayer l'action de ces causes.

Comment donc s'explique l'extrême ralentissement qu'il est impossible de nier, ou de justifier, dans le mouvement de Ïsl population française ?

On peut en donner, on en donne dans tout ce qui s'écrit sur le sujet, des explications très diverses, très complexes. Mais si nous allons au fond, si nous analysons sans idées préconçues et sans intérêt de système, nous trouverons que toutes se ramènent à une cause psychologique et morale (ou a-morale), à savoir :

une généralisation de mentalité matérialiste et égoïste, la volonté de mettre à profit le plus possible ce que la vie offre de jouissances et de restreindre ce qu'elle contient de difficultés^ pour soi-même d'abord, pour ses enfants ensuite, — et cela combiné avec la suppression ou le relâchement du frein religieux.

' A cette cause se rattachent :

bS2 LU RALKNTISSBMENT DE LA POPULATION

la conviction des ménages ji ressources bornées qu'ils vivront plus fticilement et plus agréablement s'ils n'ont qu'un enfant ou deux (car c'est le troisième, avant d'ambitionner davantage^ qu'il serait urgent de feire naître) ;

l'aversion des femmes pour les épreuves naturelles, souffrances ou enlaidissement, des grossesses et des parturitions ;

fà 011 ces tendances s'exaspèrent jusqu'au mal absolu, les avo^*tements, et tout ce qui se fait ou se tente contre les nouveau-nès ;

l'influence souvent signalée de notre régime successoral, sous lequel on appréhende Témiettement entre trop d'ayantsdroits» dès la seconde génération, de l'épargne constituée ;

la crainte de ne pouvoir doter les filles et pourvoir les garçons;

le désir de donner toujours et quand même aux enfants une condition sociale supérieure à celle des parents. .r.

Toute cette morbidité mentale sévit dans les couches les plus nombreuses, et là est le péril. C'est un préjugé de croire la haute bourgeoisie la plus atteinte, parce qu'elle aurait les mêmes préoccupations aggravées par celles de l'excès des impôts ou de Tinstabilité sociale ; elle a souvent trois ou, quatre enfants. Il en est de môme au pôle inverse, parmi les pauvres* Mais les paysans, les petits bourgeois, les ouvriers de niveau un peu relevé, les domestiques, redoutent d'avoir plus d'un ou deux enfants.

11 est vrai que l'incitation en ce sens leur vient de certains éléments de la bourgeoisie, les lettrés. Hier môme, M.firieux, l'auteur dramatique à prétentions sociologiques^ écrivait à lin romancier :

On ne sait pas assez ceci, qu'un ménage d'ouvriers, s'il est vertueux comme on lui demande de l'être, c'est-l-dire en s'abstenant de toute dépense hors leâ dépenses néiîessaires, s'il ignore les préceptes deMalthus, ce lâénage-là, pat ié fait ieul qu'il aura été vertueux, est condamné & la mendicité, parce qu'il est établi qu'un ménage d'ouvriecs," si laborieux et économe qu'il soit, ne peut pas se nourrir ^t nourrir cinq

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enfants sans être forcé de tendre la main. Avant de conseiller ^u peuple de faire des enfants^ il serait bon, peut-être, de lui donner les moyens de nourrir ceux qu'il a.

Qui donnera à tout le monde ces moyens-là, en dehors du travail et de Pépargne ? Les littérateurs en quête de thèmes à sensation ? Et puis, par quelle tonalité haineuse, pernicieuj^e, ces déclamations gâtent la parcelle de vérité connue et banale qu'elles contiennent !

Sans rêver un retour à la sainte imprévoyance de temp^ et de milieux où la prévoyance était moins nécessaire» commeiit concilier une juste pratique de la prévoyance avec TaccompUssement des lois de la nature, qui sont aussi celles de Isa vitalité et de la force des peuples ?

C'est ici que les principes des morales, et ceux des morales religieuses, seules sanctionnées, résoudraient le mystérieui^ problème.

^ On objecte que çù ou là la natalité a faibli dans des régions où la foi religieuse subsiste, et réciproquement. Peu importent des exceptions : il n'est pas sérieusement contestable qi|e le précepte chrétien soit le Croissez et multipliez^ que le christianisme condamne la stérilité voulue, et que si pn en suppose les croyances existantes ou les règles obéies dans uu pays, la natalité forcément y demeurera forte.

D'ailleurs, indépendamment de sa prohibition directe, le christianisme n'enseigne-t-il pas que les familles nombrei^ses sont bénies, ce qui concorde avec cette observation que les affections dévouées et l'aide mutuelle dans une famille nombreuse sont souvent la source de vigoureux caractères et de prospérités appuyées les unes aux autres ? Ne recommandet-il pas et n'insplre~t-il pas au plus humble le contentement de son sort ? £t n'est-ce pas surtout ces sentiments qu'il importerait de propager pour ranimer la natalité ?

Le grand, le vrai remède qu'on cherche dans bien des procédés, souvent puérils, est donc d'ordre psychique et moral. Que les conducteurs de peuples y réfléchissent.

Parallèlement, il serait utile de réduire létaux de mortalité.

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