LES VRAIES CAUSES DU MAL
Aux États-Unis, le recensement de 1900 accuse un g-ain de 14 millions d'habitants depuis 1890. Nous, dans ces dix ans, nous avons gagné... 546.000 habitants !
Il y a vingt-cinq ans^'Allemagne ne comptait que 8 villes à plus de 100,000 âmes ; elle en compte aujourd'hui 33. Les États-Unis ont passé de 28 à 40. Et nous ? Nous en avons 15 à peine, dont plusieurs bien Juste à la limite des 100,000.
Et quelles poussées que celles des villes d'Amérique ou d'Allemagne l
En Amérique, Brooklyn monte dans la classe des millions ; Saint-Louis, Baltimore, Boston, dans la classe des 500,000. Les augmentations vont de 84 à 222 */• entre 1890 et 1900.
En Allemagne, Berlin a 1,888,000 âmes, et avec Charlottenbourg juxtaposé 2,077,000 ; il n'y en avait que 850.000 en 1871. Hambourg a 700,000 contre 285^000 en 1871. Munich a 500,000, contre 169,000 en 1871: elle a triplé. Leipzig a quadruplé, 455,000 au lieu de 106,000. Breslau a doublé, et dépasse 420,000. Dresde de mdme, et atteint 400,000. Chemnitz l'industrielle, qui n'avait pas plus de 68,000 en 1871, a maintenant plus de 200,000. Nuremberg a passé de 80,000 À 261^000.
Auprès de ces croissances énergiques, que deviennent celles de nos villes qui apparaissent en majoration (et le nombre n'en est guère important) ? Si on met à part les 148,000 âmes de Paris et les 47,000 de Marseille, sans parler de centres comme Lyon et Toulouse qui ont même baissé, ce sont de chétifs accroissements que 18,853 pour Nice, 11,067 pour le Havre, 9,524 pour Brest, 7,130 pour Limoges, 7,080 pour Boulogne, 6,694 pour Angers, 6,584 pour Nantes, etc.
Tâchons donc de regarder on face les faits tels qu'ils sont, et de ne pas les défigurer par des commentaires bons à faire rire l'étranger, mais surtout dangereux en ce qu'ils tendent À stériliser les efforts de tous ceux que préoccupe le ralentissement de la natalité française.
LES DOMESTIQUES
ILieur coxiditioxi écon.ozuLic[ue et morale
LES DOMESTIQUES
H février 1902.
Dans cette évolution sociale dont les éléments apparaissent si divers à qui ne s'hypnotise pas sur un seul, et où, par exemple, Touvrier n'est pas tout comme semble le croire le socialisme, c'est aussi une question actuelle, d'un temps où tout est question, que celle des domestiques.
Quelle place tient dans l'ensemble du travail salarié en France cette catégorie de travailleurs ? Leur condition économique et morale a-t-elle gagné ou perdu ? Où en sont leurs rapports avec leurs employeurs ? Les doléances qui courent les rues sur ce chapitre sont-elles fondées, ou dans quelle mesure ? Autant de points dont les sociologues s'occupent peu (*), et moins encore les doctrinaires d'une rénovation du monde par la lutte de classes. L'intérêt en est pourtant réel, et pour quantité de gens ; car à des degrés fort variés de Téchelle sociale fonctionne celte modalité du contrat de louage de services, le nombre des serviteurs attachés à la personne est considérable, et il est peu de gens qui, par leur expérience directe ou celles de leurs proches, n'aient pas sur le sujet des opinions arrêtées, ou au moins des impressions, en général pessimistes et misanthroplques.
0) Faisons exoeption pour un livre curieux, Domestiques et maîtres, par M. Bounieeau-Gesmon, juge d'instruction À Paris (Lemerre, I896;. Nou^ nous rappelons aussi avoir lu de bien intéressantes réflexions de M. J. Cazajeux dans la Réforme sociale du 16 juillet 4897.
LES DOMESTIQUKt:
Quel contingent représentent les salariés des services domestiques dans la population active? D'après le recensement professionnel de 1896, ils étaient au nombre de 920,000, dont 175,000 du sexe masculin et 745,000 du sexe féminin (').
La statistique de 1866 accusaitplus de 2 millions. Uais celle de 1896 explique l'écart : il tient à un changement dans la méthode de comptage. En 1896, on n'a plus compris parmi les domestiques ceux qui sontattachésaux établissements agricoles, industriels, commerciaux ; on les a classés aux salariés de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, (jue ce procédé soit préférable ou non, il s'ensuit que la diminution est apparente, et non réelle (*). Nous ne croyons pas, quant ^ nous, que le nombre des domestiques aille en décroissant, et pencherions plutôt vers l'opinion contraire, quand nous envisageons la diffusion de l'aisance, la multiplication des fortunes moyennes, la tendance bien plus répandue de familles qui autrefois par économie ou simplicité de mœurs se passaient de tiers pour le service de la maison à y recourir aujourd'hui, les avantages de la profession en elle-même, la division et la spécialisation des tâches entre des serviteurs moins laborieux et partant plus nombreux.
(I) M. Fournier dePlaiz dans V Économiste françait a iaAiqué, d'après la (tatistique de l'Offlce du Travail sur le mouvement compara dea profesdoDs de 1866 à IBS6, deux Bériea de chiffres ditKrantes : l'une de 86S,lSt domestii|ues (160,179 bommea et 703, US femmea], l'autre de gO]l,0BI (17),S18 hommeB etTSi.BSl femmeaj. Nous prenonn nna ehlfflreidans la pubtication la plus récente de l'Office du Travail, son Bulletin de juin IflOI (p. (Oi;, sans discerner pourquoi p. 4I)( it est porté 919,006 au lieu de 930,000.
(!) Malgré cette explication très simple, M. Fournier de Plais (ihid.) croit à une diminution, tout en admettant que la nombre aurait été exagéra en 1866 (pourquoi? dans quel but ?). Il présente deux tiypothèaeB : moins de perGonnea consentiraient à se l'iaeer comme domestiques, ou moins de personnes pourraieut supporter la charge de les payer. La seconde hjpotbèse est démentie par les faite que chacun peut observer; la première, si elle était exacte, serait compeniise, et au-delà, par des causes agissant en sens