‹ L'Actionnariat OuvrierChapitre 18 sur 87 · SECTION FREMIÈRE. — EFFETS A L'ÉGARD DE L'EMPLOYEUR · texte numérisé non relu

SECTION FREMIÈRE. — EFFETS A L'ÉGARD DE L'EMPLOYEUR

L'employeur a-t-il intérêt à organiser la participation aux bénéfices ? Cela revient à se demander si, en l’introduisant dans son entreprise, il obtient de l'élément travail une productivité accrue.

M. Waxwciler estime que l’affirmative n’est pas dou-

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teuse et son ouvrage est une sorte de plaidoyer en faveur de ce système. Tout d’abord il est certain que le mode de rémunération influe sur la productivité ; l'exemple de la construction du cuirassé « l’Impérieuse », pour laquelle les ouvriers furent payés d’abord à l'heure et ensuite à la tâche, est assez topique ; le tisserand travaillant à la pièce produit toujours plus que celui qui travaille à l'heure ou à la journée ; c’est là un fait d'expérience dont l'existence est constatée dans toutes les entreprises. Ceci étant admis, il faut considérer la participation comme étant un des modes de rémunération susceptibles de développer la productivité du travail ; c’est même celui qui est le mieux approprié à cette fin, et cela pour deux raisons principales : d’abord, au lieu d’agir seulement sur la quantité, comme le salaire à la pièce, ou seulement sur la qualité, comme la prime à la bonne exécution, la participation embrasse tous les aspects du produit et par là n’en sacrifie aucun ; d'autre part, si elle semble n'être qu’un salaire supplémentaire, la manière dont elle est évaluée et payée n’en produit pas moins sur Pouvrier un effet psychologique qui se traduira par une plus grande application.

La participation aboutit à une augmentation de la productivité par trois moyens différents. D’une part, elle a pour effet immédiat une réduction des frajs généraux : les dégradations et les gaspillages sont moins fréquents ; le nombre des surveillants peut être diminué sans inconvénient, chaque ouvrier servant un peu de surveillant vis-à-vis de ses voisins ; de tous ces éléments résulte une économie sensible. En second lieu, cette institution entraîne un perfectionnement de la production, par une meilleure utilisation des heures de présence à l'atelier, par une diminution des malfaçons résultant d’un manque de soin, par une plus grande stabilité des services, par une serviabilité accrue du personnel, par une sélection des qualités professionnelles de chacun. Enfin, une amélioration de la marche générale de l’entreprise <’opère par suite de la paix qui règne dans l'atelier et de la discipline qui s’y établit d’elle-même.

Par conséquent, lorsque le patron se voit contraint d'accorder à son personnel une augmentation de rémunération, il a intérêt à instituer la participation ; c’est pour lui le meilleur moyen d'augmenter le revenu du travailleur sans diminuer le sien. Les autres procédés susceptibles d’amener ce résultat, tels que l’échelle mobile ou la graduation du salaire sur l’état des affaires, sont beaucoup moins efficaces.

D’ailleurs, la preuve de l'efficacité de ce système est

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fournie par la pratique presque toujours suivie à l'égard des directeurs et principaux collaborateurs, surveillants, contremaîtres ; du moment que ces employés ont droit à une part des bénéfices dans la plupart des entreprises, c’est que le monde des affaires reconnaît l'influence du procédé sur la productivité. Pour les ouvriers des industries à machinisme intense, cette influence est moindre en raison du moindre effet de la volonté individuelle, mais il suffira de compléter la participation par d’autres méthodes d'amélioration du salariat.

M. Waxweiler, pour mieux consolider sa théorie et la rendre inébranlable, réfute par avance l’objection possible du cas d'abandon du système par les patrons à cause de son inefficacité. Dans cette hypothèse, l’absence d'effet apparent de la participation est souvent la conséquence d'une cause étrangère qui contrarie l’augmentaon du rendement du travail en absorbant tout le surplus créé ; l'employeur doit alors s’efforcer de discerner les effets directs de la participation, dépouillés de toute influence extérieure ; or il ne s’en préoccupe généralement pas et il abolit le système sans attendre qu’un nouveau déficit peut-être imminent vienne compromettre l'avenir de son établissement. Même quand la participation s’est révélée réellement inefficace, si le patron est alors fondé à la supprimer, il ne s’ensuit pas qu’elle repose sur un principe injuste ; on ne peut même pas en conclure qu’elle ait moins de valeur économique qu’un autre mode quelconque de rémunération : l’entrepreneur y met fin, comme il mettrait fin à tout autre procédé, simplement parce qu’il n’y trouve aucun intérêt sensible ; il pourrait également se trouver amené à ne pas la maintenir au cas où il serait contraint par une crganisation ouvrière puissante à ajuster en outre le salaire normal au prix de vente. On peut ajouter que l'hostilité de certains ouvriers à toute tentative de rapprochement avec le capital est une raison très sérieuse pour ne pas persévérer dans la voie du partage du profit. Malgré toutes ces causes d’abandon, la participation est assez rarement rapportée, du moins en France ; cela tient en partie à ce que le mobile du patron participationniste n’est pas toujours sen intérêt immédiat ; mais c'est un symptôme qui révèle que les cas de suppression ne prouvent rien contre l'institution elle-même.

Cette théorie optimiste trouve de nombreux adversaires, surtout chez les économistes : pour ces derniers, il ne saurait être question’ d’une augmentation de la productivité par l'emploi d’un moyen aussi indirect. Cette thèse, soutenue par la plupart des revues économiques, a été développée récemment par M. Yovanovitch. Pour

cet auteur, l'effet stimulant du système est à peu près nul ; le salaire aux primes est à cet égard très supérieur ; la preuve en est que des maisons ont abandonné la participation pour adopter le système des primes tandis que l'inverse ne s’est jamais produit. La participation aux bénéfices est, en réalité, un procédé primitif de rémunération du travail ; elle ne convient qu’à certaines entreprises : d’abord à celles qui n’en sont qu’à leurs débuts ou qui sont incapables de se moderniser, parce qu’on espère pouvoir obtenir ainsi avec peu de frais les avantages procurés par le salaire aux primes, qui ne peut fonctionner sans un ensemble de mesures techniques d'organisation et d'administration ; la participation peut être appliquée en second lieu dans les industries où on ne peut recourir au système des primes pour stimuler .le personnel, par exempie dans les magasins de vente, les banques, les compagnies de transport, etc. En dehors de ces deux catégories d'entreprises, elle serait un anachronisme, et même, dans ce domaine d’application limité, elle n’est employée que faute de mieux.

Son inefficacité économique est attestée par les techniciens, qui relèvent en elle trois vices principaux: — 1° élle n’assure pas à chaque participant une rémunération proportionnelle à son travail ; chacun peut compter sur ses voisins pour augmenter les bénéfices et s’en tenir à l’effort qu'il a fourni depuis qu’il est dans l’entreprise ; —- 2° après chaque distribution de bénéfices, son effet stiimulant va diminuant, parce que la distribution suivante est trop lointaine pour exercer une influence psychologique sur le salarié ; ce n’est que vers la fin de l'exercice que l’ardeur des travailleurs pourra renaître ; jusqu’à ce moment, il consacrera le meilleur de son activité aux syndicats rouges qui le pousseront à la grève ; — 3° loin d'assurer un meilleur rendement du travail, elle engage les meilleurs à régler leur activité sur celle des médiocres, car le zèle particulier des plus appliqués n’est pas récompensé. Par ailleurs, elle fait dépendre le revenu du personnel de la capacité du patron, et c’est là un élément qui contribuera à développer dans le monde ouvrier le goût du moindre effort.

La productivité du salarié dépend dans une large mesure de ses sentiments à l’égard du patron ; or, à ce point de vue encore, la participation ne peut donner aucun résultat vraiment décisif : l’antagonisme des classes se manifestera à chaque distribution de bénéfices ; l’ouvrier se croira toujours trompé et lésé, surtout quand il n’y aura pas de profit du tout, et ce sera chaque fois ün nouveau conflit.

En présence de ces deux opinions contraires, que

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