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gaspillages, c’est-à-dire moins rapidement et plus soigneusement. Il n’y a là aucun élément de fatigue pour lui ; l’effet psychologique du système est de donner à chacun l’état d’esprit d’un collaborateur soucieux de ne rien laisser perdre ; chaque mouvement du travailleur s’en trouvera affecté, mais il n’en résultera aucun surmenage. [Il semble donc que les effets de la participation sur le travail fourni ne sont pas désavantageux pour le salarié.

Enfin on a adressé à la participation un autre grief d'ordre économique : on a prétendu que son application dans une entreprise devait fatalement mettre un obstacle à la hausse normale des salaires ; on a même dit que non seulement elle empêcherait les salaires de hausser, mais qu’elle les ferait même baisser. Cette critique se trouve énoncée d’abord par des socialistes comme M. Dumas (1): pour eux, les capitalistes seront toujours assez adroits pour reprendre à la classe ouvrière sur ses salaires autant et plus qu’ils lui auront donné sur les bénéfices ; la même idée est exprimée par des économistes tels que M. Gide, qui craint que le salaire, restant soumis à la loi de l’offre et de la demande, diminue en proportion de la part de bénéfices, au point de devenir nul ou négatif dans les entreprises prospères, de sorte que les travailleurs devront verser des annuités aux patrons, comme les garçons de restaurant des grandes maisons de Paris (2); M. P. Leroy- Beaulieu lui-même s’est inquiété’ de la répercussion fâcheuse que la participation pourrait exercer sur les salaires. En fait, il semble que le patron aura une tendance parfois inconsciente à incorporer dans son esprit la part de bénéfices au salaire et ainsi il s’efforcera de diminuer l’un des deux éléments quand l’autre augmentera ; si la participation se généralise, cette tendance s’exercera plus librement, mais aussi d’une manière moins sensible ; mais partout où il existera des syndicats ouvriers puissants la résistance des travailleurs sera assez forte pour empêcher cette éventualité de se réaliser. En Angleterre, où le monde patronal doit compter avec les trade-unions, les établissements à participation donnent des salaires supérieurs à la moyenne ; on a noté ce fait même dans ceux qui ont créé des actions de travail, par exemple dans les com-

(1) Le Socialisme, 7 et 21 août 1909.

(2) L'actionnariat ouvrier, dans la Revue d'économie politique, 1910; p. 14.

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pagnies du gaz de Londres ou dans les ateliers de sir Christopher Furness. Une enquête faite en Allemagne en 1879 montre que la participation n’a amené aucune diminution des salaires. Au surplus, l’ouvrier, obligé de vivre sur son salaire, ne pourrait consentir à le voir diminuer ; quand il considère la part de bénéfices comme une portion de son salaire, ce n’est pas pour tolérer une diminution de l’élément fixe en cas de gros bénéfices, c’est au contraire pour exiger une augmentation de cet élément dans les années de dépression. Ainsi il ne paraît pas qu’actuellement la participation soit un facteur de réduction des salaires.

Tels sont les effets matériels de la participation pour la classe ouvrière. Mais les partisans de ce système négligent souvent ce point de vue: pour eux, il import® moins d'accorder aux travailleurs des avantages de ce genre que d’exercer sur eux une influence morale ; ce qu’il faut, c’est modifier la mentalité des salariés.

Le fossé creusé par le salariat entre employeurs et employés doit être comblé ; pour parvenir à ce résultat, il faut agir d’abord sur l’état d’âme des uns et des autres. La participation a pour effet de donner à l’ouvrier le sentiment qu’il n’est pas un simple salarié, une sorte d’outil humain, mâis bien un cvllaborateur, avec une part du profit et un germe de responsabilité.

En second lieu, elle est une étape utile vers la participation au capital et à la gestion qui fera de chaque travailleur un associé ; elle a été très souvent employée pour fournir les fonds nécessaires à la création d'actions de travail.

Elle développe en outre chez les participants le goût de l’épargne, car une somme assez élevée, reçue en une seule fois à la fin de l’exercice, peut plus facilement être mise en réserve qu’une série de prélèvements minimes sur le salaire de chaque jour. Habitué . à l’épargne et à l'attention à l'usine, l’ouvrier déploie les mêmes vertus chez lui : d’où un essor donné au sentiment familial. Enfin, on ne peut pas dire que la liberté des travailleurs se trouve atteinte ; il est inexact daffirmer qu’ils sont retenus de force à leur usine par la crainte de perdre leurs droits aux bénéfices : rien ne les empêche de renoncer à ces avantages s'ils trouvent dans une autre maison des compensations ; ils seront seulement moins tentés de faire grève ou de se retirer définitivement, ce qui ne peut être que profitable à l’industrie et à eux-mêmes.

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Tous ces effets sont contestés. Il est difficile de s’assurer, par des constatations de fait, de la véracité des louanges adressées à la participation : une enquête ne donnerait pas des résultats convaincants ; elle a été tentée, mais on ne peut en tirer que des conclusions particulières à telle ou telle maison. Il convient donc de s’en tenir à une prudente réserve sur ce point ; de même que pour l'employeur, on ne peut que constater la diversité des théories et des faits quant aux effets de la participation à l’égard des ouvriers.

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