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la coopération intégrale. Il se présente donc comme un progrès sur le salariat, comme un progrès sur la participation aux bénéfices, comme une étape vers la coopération.
Il s’écarte nettement du salariat. Dans les sociétés qui l'adoptent, le travail n’est plus une simple marchandise qu’on achète par un salaire et qui devient la propriété de son acquéreur ; il n’est plus salarié, mais associé, comme doit l’être un élément de la production. Cette évolution est d’ailleurs conforme aux vœux de la classe ouvrière, qui entend ne plus figurer simplement aux frais généraux à côté du prix de location de l'usine et des dépenses d’entretien des machines. Pour unir le travail et le capital, il faut créer entre eux un sentiment de solidarité, et on ne peut y parvenir qu’en les associant dans les bénéfices et dans la gestion de l’entreprise ; des conflits perpétuels viendront troubler le mécanisme de Ja production tant que le travailleur sentira qu’il est considéré comme une machine ; la solution de ces conflits est cherchée, de plus en plus, dans une association du personnel aux capitalistes, et la réforme a été réalisée par certains chefs d’entreprise avant d’avoir été l’objet des préoccupations des théoriciens, ou plutôt les premiers théoriciens de l’actionnariat ouvrier ont été les praticiens qui ont fondé les entreprises à participation.
Une fois actionnaire, l’ouvrier, tout en continuant à toucher sa rémunération, a des droits sur les bénéfices annuels, sur le fonds social et même sur l'administration de Pentreprise ; cela est juste : l'influence du capital sur la prospérité de l’entreprise est limitée à son montant et donne au capitaliste des droits qui doivent être également limités suivant les risques courus, tandis que l’influence du travail, n’étant pas limitée à une somme d’argent, doit donner au travailleur des droits sur l’ensemble de l’entreprise ; le salariat, qui méconnaît cette vérité, est considéré par M. Mouret (1) comme étant à la fois «un anachronisme économique et une injustice sociale ».
L’actionnariat ouvrier, qui marque un progrès sur le salariat pur et simple, est souvent tenu cependant pour une institution superflue en présence de la participation aux bénéfices, qui tend au même but ; or l’insuccès de ce dernier système devrait, si l’on adoptait cette manière de voir, montrer l’inutilité de toute tentative nouvelle de rapprochement du capital et du travail : l’actionnariat ouvrier, simple succédané de la participation aux
(1) Sociétés anonymes à participation ouvrière, p. 126.
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bénéfices, n’en différerait que par une plus grande complication, et ce caractère n’est pas suffisant pour en assurer l'efficacité. Cette conception repose sur une confusion : Pactionnariat diffère profondément de la participation et constitue sur elle un progrès.
La participation aux bénéfices modifie à peine le salariat ; elle ajoute seulement un supplément annuel et variable au salaire ordinaire du travailleur ; le salarié ne devient pas associé pour cela. L’actionnariat ouvrier maintient cette rémunération supplémentaire, mais c’est là son moindre mérite : il confère en outre à celui qui en bénéficie les droits d’un actionnaire ordinaire, c'est-à-dire d’un associé ; il entraîne une participation à la gestion, qui s’exercera dans les assemblées générales et même dans le conseil d’administration ; il associe également l’ouvrier au capitaliste dans le droit au partage de l'actif social au cas de liquidation. Ces deux innovations sont de la plus haute importance ; la loi du 26 avril 1917 sur les sociétés anonymes à participation ouvrière a eu pour but essentiel de donner au travailleur une part dans la direction des affaires ; les apports et les débats parlementaires auxquels elle a donné lieu, ainsi que les écrits de ceux qui l'ont inspirée, en font foi. L'intérêt du capitaliste lui-même est pris en considération et on pense qu’il sera mieux servi par des travailleurs actionnaires. Le caractère de paternalisme qui affecte la participation aux bénéfices n'existe plus dans l’actionnariat ouvrier ; l'arbitraire individuel du chef d’entreprise trouve un obstacle infranchissable dans les garanties données au titulaire de l’action de travail. C’est donc le principe au nom duquel les salariés sont associés à l’entreprise qui fait de l’actionnariat ouvrier un progrès; les avantages matériels ne sont qu’accessoires.
La supériorité de l’actionnariat ouvrier sur la simple participation aux bénéfices semble attestée par les exemples fournis par l’Angleterre. La Société du gaz du Sud de Londres avait institué vers 1887 la participation aux bénéfices au profit de son personnel pour mettre fin aux grèves ; n'ayant pas atteint son but, elle substitua à la participation l’actionnariat ; en 1897, les actions des travailleurs étaient parvenues à un chiffre considérable; or, depuis cette date, aucune grève ne se déclara dans cette entreprise, et ainsi la copartnership put réussir là où la participation simple avait échoué; en même temps le rendement de la maison avait augmente. M. R. de Briey, dans une communication faite à la Société d'économie sociale de Belgique au cours de la séance du 10 novembre 1913, présentait un argument