‹ L'Actionnariat OuvrierChapitre 36 sur 87 · ST NET · texte numérisé non relu

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commerce. Actuellement, la moitié du capital sociai appartient à la fondation Cognacq-Jay, à qui il en a été fait don par M. et Mme Cognacq, et sur l’autre moitié des actions un droit de préférence est assuré au personnél de la maison. Comme le Bon Marché, la Samaritaine pratique également la participation aux bénéfices, indépendante de l’actionnariat ouvrier.

Les Grands Magasins du Printemps présentent un exemple d’actionnariat ouvrier obligatoire. Cet établissement, organisé en société en commandite par actions, imposa à son personnel une obligation qui fut très critiquée ; sous la direction Jaluzot, en effet, une délibération de lassemblée générale décida que tout employé de la maison serait tenu de se rendre acquéreur d’un nombre d’actions de la société proportionnel au montant de.ses appointements et d’en payer le prix par des prélèvements sur ses émoluments ; la direction avait d’abord songé à racheter en bourse des actions de la société pour un prix inférieur à leur valeur et à offrir au personnel les titres ainsi acquis ; l’insuccès de cette offre conduisit la société à imposer l’acquisition d'actions en bourse aux employés qui voudraient rester au service de la maison. Cette contrainte fut considérée par certains économistes comme un abus des plus blàmables, commis par la direction dans le but probable de se procurer des fonds ; les actions, acquises par les employés au-dessus du pair, baissèrent beaucoup dans la suite, et ainsi les employés subirent une perte considérable (1).

L’actionnariat ouvrier par achat d’actions a été appliqué, à titre purement facultatif pour l’ouvrier, par la Société anonyme des Mines de Montigné près de Laval (Mayenne). En 1905, l’assemblée générale autorisa lémission de coupures d’actions privilégiées de cent francs chacune ; ces coupures devaient être souscrites « d’abord par les ouvriers de la société, ou, en cas d’insuffisance de ceux-ci, par les membres du conseil d’administration, lesquels pourront ensuite les céder au fur et à mesure des demandes des ouvriers autorisés à les acquérir par le conseil d’administration et après délibération de ce conseil ». Ces coupures d’actions ressemblent singulièrement à des obligations : elles ne donnent droit qu’à un intérêt invariable de 4 %, quelle que

(1) Gide, L'actionnariat ouvrier, dans la Revue d'économie politique, 1910, UBRE PAU Sn

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soit la somme attribuée à titre de dividende aux porteurs d’actions de capital ordinaires ; d’autre part leur remboursement est exigible du conseil d’administration à première réquisition ; ces particularités ne sont guère compatibles avec le nom d’actions qui leur est donné.

Le système des souscriptions ouvrières a trouvé aux Etats-Unis des applications relativement nombreuses, dont la principale est celle du Trust de l'acier (United States Steel Corporation), de New-York. Dès 1903, cette puissante organisation métallurgique, qui employait 170.009 ouvriers et réalisait 100 millions de dollars de bénéfices nets annuels, pratiquait l’actionnariat ouvrier par achat d’actions. En 1902, le Comité du Trust décida que sur les bénéfices de l’année il serait opéré un prélèvement d’au moins 2 millions de dollars destiné au rachat en bourse de 25.000 actions de préférence de la corporation d’une valeur nominale de 100 dollars, qui seraient offertes aux souscriptions du personnel ; le 31 décembre 1902, cette décision reçut son application et les 25.000 titres rachetés furent mis à la disposition du, personnel pour le prix de 82 dollars 50 chacun ; les employés et ouvriers de l’entreprise étaient répartis en six classes d’après le chiffre de leurs émoluments, et pour chaque classe une proportion était établie entre le montant maximum des souscriptions de chaque travailleur et les appointements par lui touchés ; afin que les ouvriers à petits salaires fussent favorisés, cette proportion était fixée à un chiffre d'autant plus faible que les émoluments des travailleurs composant la classe étaient plus élevés : ainsi les membres de la première . classe, qui gagnaient au moins 20.009 dollars par an, ne pouvaient acheter qu’une quantité d’actions dont la valeur totale ne dépasserait pas 5 % de leurs appointements ; ceux de la dernière classe, qui ne gagnaient que 800 dollars ou moins, avaient le droit d’acheter des actions offertes pour une somme égale à 20 % de leurs salaires ; les souscripteurs avaient droit à un dividende de 7 % au moins et, en cas de liquidation, à leur remboursement sur le même pied que les porteurs d’obligations ; ils jouissaient d’un délai de trois ans pour se libérer par acomptes mensuels. La proportion des ouvriers qui souscrivirent fut faible ; pourtant, le 30 décembre 1908, le trésorier du Trust se déclarait tout à fait satisfait du résultat de l’émission puisque 25.009 travailleurs avaient souscrit ; aussi la Corporation procéda-t-elle, le 1* janvier 1909, à une nouvelle offre : elle mettait à la disposition du personnel 18.000 actions

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de préférence au prix de 110 dollars chacune et 15.000 actions ordinaires au prix de 50 dollars, en fixant la somme maximum que chaque employé pouvait affecter à l’achat de ces titres d’après le montant de ses émoluments, de manière à favoriser encore le petit personnel; elle garantissait encore un minimum de dividende; la demande dépassa l'offre. Devant ce succès, la direction continua à appliquer le même système en procédant à de nouvelles offres, qui ont été bien accueillies du personnel. La souscription a toujours été purement facultative pour le personnel.

En Angleterre, la tentative la plus connue de réalisation du système des souscriptions ouvrières a été celle de M. Christopher Furness, membre du Parlement et grand industriel. Il introduisit cette combinaison dans les immenses chantiers de constructions navales de la Irvine’s Shipbuilding and Drydock Cy (Furness, Withy and C°), de Hartlepool, dont il était directeur ; son but avoué était de s’assurer « avant tout une maind'œuvre régulière et constante », car il avait acquis par ses calculs la conviction que le dommage provoqué par les grèves partielles représentait 9 4 % du capital de l’entreprise. Afin de rétablir entre la direction et les ouvriers la paix industrielle, il passa, en 1908, avec son personnel un contrat aux termes duquel, pour une durée de douze mois à compter du 31 mars 1909, les ouvriers prenaient l’engagement de ne pas se mettre en grève et la direction celui de ne pas déclarer de lock-out ; en même temps 50.000 actions d’une livre, rapportant un intérêt garanti de 4 %, sans préjudice des dividendes, étaient émises, et chaque ouvrier devait en souscrire dix, dont le paiement pouvait s’effectuer par des prélèvements de 5 % sur les salaires ; les délégués des tradeunions acceptèrent cette convention à une majorité de dix voix contre une. Au bout d’une année d’expérimentation du régime, M. Furness se félicitait des résultats obtenus, qui avaient permis de distribuer à tous les actionnaires un dividende de 5 % en plus de Pintérêt fixe ; il exprimait l'espoir de voir le système se maintenir ; mais, malgré son désir, le renouvellement de la convention fut rejeté par les ouvriers, à une faible majorité d’ailleurs : ce vote était fondé sur le fait que certains ouvriers, atteints par le chômage, n’avaient pu disposer des sommes portées à leur crédit par suite de la retenue obligatoire sur les salaires ; d’autre part les trade-unions étaient hostiles à l’actionnariat, susceptible de diminuer leur influence, surtout pratiqué par M. Furness, connu comme un adversaire résolu du trade-unionisme. Sir

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