‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 102 sur 133 · contraste successif · texte numérisé non relu

contraste successif

Les raisons qui expliquent la nature et la nécessité du contraste simultané, nous donnent aussi en partie l’explication du contraste successif. A côté de ces causes qui sent communes aux deux formes de contraste, il en est d’autres qui nous rendent particulièrement raison du contraste successif, et qui, bien qu’elles se ramènent au même principe général que les premières, en diffèrent cependant par plusieurs points. Nous aurons à les examiner tout à l’heure. Commençons comme nous l’avons déjà fait pour le contraste simultané par constater les faits.

Pour les perception visuelles, le fait du contraste est bien connu : regardez fixement une croix rouge pendant quelques secondes, puis dirigez le regard sur une surface grise, vous apercevrez une croix verte, et d’une manière générale, une couleur complémentaire de la première couleur perçue. On peut faire mais avec beaucoup moins de précision, des remarques analogues sur le goût. Après un mets sucré, des confitures, un fruit naturellement doux paraîtra acide, aigre, ou du moins sa douceur ne sera pas perçue; après un fruit un peu doux, la moindre acidité, la moindre âpreté du vin rouge est fortement sentie. « Lorsque nous avons goûté une substance amère ou salée, l’eau que nous goûtons immédiatement après nous paraît douce, et lorsque nous avons consommé une quantité de matière sucrée, nous éprouvons une certaine acidité dans la bouche. Ces faits nous rappellent presque involontairement les couleurs contrastantes , mais nous manquons de toute base

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exacte pour pouvoir poursuivre cette comparaison » h Au point de vue du tact, même remarque à faire : un objet nous paraîtra lisse si nous venons de toucher un objet plus rugueux. Ce même objet nous paraîtra rugueux si celui que nous avons touché auparavant était bien poli. Plongez les deux mains, une dans l’eau froide, l’autre dans l’eau chaude, retirez-les ensuite et mettez-les à la fois dans de l’eau tiède, et la main qui était auparavant dans l’eau froide vous donnera une sensation de chaleur, tandis que l’autre vous fera éprouver une sensation de froid. Il y a bien là une association non douteuse par contraste simultané. Mais pour la sensation visuelle aussi, nous pouvons remarquer des contrastes de plus d’une nature , à côté du contraste des couleurs, nous avons aussi des contrastes d’intensité lumineuse ; un lieu légèrement sombre, paraît absolument obscur quand on vient du grand jour, et l’on ne saurait y voir immédiatement — et réciproquement le plein air est éblouissant quand on sort d’une cave. Même remarque à faire pour les sensations de l’ouïe : le silence est plus frappant après un bruit intense , et un bruit d’autant plus fort en général ( car il y a des exceptions, par exemple dans la paracousie de Willis) qu’il est perçu au milieu d’un plus profond silence. Tous ces faits sont connus et je n’ai pas besoin d’y insister plus longuement — ils montrent bien comment une impression particulière de douceur ou d’âpreté, d’éclat lumineux, de grandeur, de petitesse, de chaleur, etc., tend à se produire après une impression qui présente des caractères absolument opposés — car bien souvent cette dernière impression est la condition même de son apparition, e^ sans elle, son existence serait impossible ; la sensation, consécutive peut même être , dans les mêmes conditions extérieures, absolument différente, puisqu’un papier

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