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Voyez Spencer. Premiers principes

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dans des dispositions d’esprit entièrement opposées à celles qui dominaient généralement en elle — il paraît y avoir ici à la fois un effet de contraste simultané et de contraste successif et nous pouvons remarquer aussi que l’association par contraste ne se manifeste pas moins dans le domaine des idées que dans celui des sentiments. « Cela m’arriva, dit la sainte \ une fois la veille de la festc du Saint-Sacrement pour laquelle j‘ay beaucoup de dévotion, quoyque non pas si grande que je le devrais, et ne dura qu’un jour. D’austres fois il m'a duré huit jours, quinze jours, trois semaines et même davantage, et particulièrement dans les dernières semaines de carême qui est le temps où je m’appliquais avec plus de ferveur à l’oraison. Le démon remplissait mon esprit de choses si frivoles que je m’en serois mocquée en un autre temps. Il paraît être alors maistre de l’àme pour l'occuper ainsi qu’il lui plaist de mille folies, sans qu’elle puisse penser à rien de bon. Il ne lui représente que des choses impertinentes, ridicules, inutiles à tout, et qui ne servent qu’à l’embarrasser et comme à l’étouffer de telle sorte qu’elle ne se reconnaît plus elle-même. Ainsi il me semblait que les démons se jouaient de moi comme on se jouerait d’une pelote, et qu’il m’estoit impossible de m’échapper de leurs mains. »

Un grand nombre de nos sentiments, on ne l’a pas assez remarqué peut-être, impliquent la production d’une association par contraste successif, le fait est bien évident pour le remords si on en accepte l’explication que Darwin en a donnée 1 2. Le remords se produirait, d’après cette théorie, lorsque les penchants sociaux, un moment vaincus par une tendance égoïste reprennent, une fois l’acte coupable commis et la tendance égoïste satisfaite, la force

1. Sainte Thérèse. Autobiographie. Trad. Arnaud d’Andilly, p. 184.

2, Voyez Darwin. La descendance de l'homme et la sélection sexuelle ,

I/ASSOCI 1TIÔN PAR CONTRASTE SUCCESSIF

qu’ils ont normalement. Le remords serait donc une sorte d’état synthétique impliquant la succession de deux groupes de tendances opposés, orientés d’une manière très différente et comprenant comme éléments des sentiments actuels très forts et le souvenir d’un acte accompli en opposition avec ces sentiments. Une explication complète du remords exigerait une analyse plus longue et la détermination des conditions du phénomène synthétique, mais ceci peut nous suffire pour le moment comme montrant un cas intéressant d’association par contraste successif, dans lequel un mode d'activité de l’esprit est suivi par un mode d’activité ayant une orientation tout-à-fait opposée à la précédente. Mais si nous examinons nos sentiments conscients, nous verrons que la plupart sinon tous impliquent une association par contraste — tantôt contraste simultané, tantôt contraste successif. Nous avons vu déjà la généralité du contraste simultané, étudions à présent les sentiments au point de vue du contraste successif.

Le regret est analogue au remords en bien des cas il se produit évidemment lorsqu’il y a contradiction entre la tendance dominante et un phénomène passé, mais il ne peut nous intéresser ici que lorsque l’activité d’une tendance détermine elle-même l’activité postérieure d’une tendance inverse. Il n’est pas rare de constater que lorsque nous avons hésité entre deux partis et que nous avons fini par nous décider, les regrets arrivent bientôt — la satisfaction d’une tendance ayant été logiquement suivie par l’activité de la tendance opposée. Dans le désir nous voyons souvent un fait parfaitement analogue ; ainsi lorsque nous sommes restés longtemps assis, nous éprouvons le désir de nous lever et réciproquement. Les tendances qui ont été trop longtemps comprimées, et ce sont naturellement celles qui sont le plus directement opposées à la tendance dominante, finissent par surgir et se

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manifestent par des désirs plus ou moins sourds, plus ou moins inconscients d’abord et qui se développent peu à peu. L’espérance se prête souvent à une explication analogue, elle ne se distingue du désir qu’en ce qu’elle implique à un bien moindre degré l’intervention des éléments actifs, des tendances motrices qui y sont plus fortement enrayées. La crainte se ramène parfois à des conditions semblables, mais cela est, je crois, plus rare.

A l’état morbide et dans les états semi-pathologiques, intermédiaires entre l’état morbide et l’état normal, le phénomène du contraste est souvent très visible. On a signalé souvent et depuis longtemps le fait du contraste entre les rêves et la réalité et aussi entre l’état mental de certains aliénés et leur caractère antérieur. Les personnes qui souffrent de la faim rêvent souvent de bons repas, et du reste à cet égard le phénomène du rêve n’est qu'une forme plus vive de ce qui se passe à l’état normal, où c’est bien souvent ce qui nous manque qui nous affecte et nous fait souffrir ou même en bien des cas nous procure du plaisir — c'est à ce qui nous manque que nous pensons surtout, que nous rêvons quand nous sommes éveillés. A l’état morbide, Pinel avait observé que l’on voyait dans tous les asiles consacrés aux aliénés de l’un et de l’autre sexe des malades « recommandables par une vie sobre et laborieuse, les mœurs les plus irréprochables et une extrême délicatesse de sentiments, tomber par quelque cause physique ou morale dans un égarement complet de la raison, et contracter des vices qui forment un contraste frappant avec leur caractère primitif durant le cours de leur aliénation, et revenir enfin, lors de leur guérison, aux douces impressions de leur heureux naturel. Que d’hommes très sobres, dans les intervalles d’une manie

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périodique, se livrent avec un penchant insatiable à l’ivrognerie au retour de leurs accès. Combien d’autres, dans les mêmes circonstances, ne peuvent s’empêcher de voler et de faire des tours de filouterie, tandis que dans leurs moments lucides on les cite comme des modèles d’une probité austère. Ne voit-on pas de même des carac ères doux et bienveillants se changer par les suites de l’aliénation en esprits turbulents , querelleurs et quelquefois entièrement insociables? J’ai cité ailleurs des exemples de jeunes personnes élevées dans les principes les plus sévère et dignes d’ailleurs de l’estime publique, tomber dans l’aliénation et alarmer la pudeur par la saleté de leurs propos et l’indécence de leurs gestes. Lors de leur rétablissement, tout rentrait dans l’ordre, et c’était alors autant de modèles de mœurs les plus pures et de toute la candeur de l’innocence » h Shakespeare faisait chanter une chanson libre par Ophélie devenue folle.

Dans certaines formes de la folie, le contraste successif est particulièrement visible. J’emprunterai quelques faits à l’étude de M. A. Kitti sur la folie à double forme. L’allure même de cette maladie, qui consiste dans l’alternance d’une période d’excitation et d’une période d’affaissement, appelle facilement l’idée d’une association par contraste. Mais la psychologie et la physiologie morbides ne paraissent pas encore suffisamment avancées pour nous expliquer le mécanisme de cette succession d’états opposés, et le fait tel qu’il se présente à l’observation ne peut pas prouver beaucoup — tout au plus pouvons nous y voir une application hypothétique de l’association par contraste. Il n’en reste pas moins que certains phénomènes particuliers, dans cette forme de folie, paraissent explicables par les lois générales de l’esprit, en particulier par la loi du contraste, et rentrent à cet égard

1. Pinel. Traité médico-philosophique sur V aliénation mentale .

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dans notre sujet. Ainsi M. Baillarger qui a le premier fait remarquer la surexcitation génésique pendant la période maniaque de la folie à double forme, l’a considérée comme « une sorte de réaction après une longue période d’engourdissement des organes génitaux » b Une femme , « après être restée tout l’hiver muette, immobile et accroupie dans un coin, renaissait au printemps et pendant l’été. Une intarissable loquacité et de violents signes de nymphomanie annonçaient la fin de son immobilité et de son mutisme». Un cas intéressant est celui où le malade manifeste, dans une période de la folie, ses regrets ou ses remords de ce qu’il a fait pendant la période d’apparence opposée, — et les faits de ce genre, que l’on remarque souvent, semblent venir à l’appui de l’opinion qui verrait dans la forme essentielle de la folie à double forme une manifestation exagérée de la loi du contraste successif. M. Ritti signale comme très fréquent le fait que, pendant la période de dépression, la malade se repent de ce qu’elle a fait pendant la période d’excitation. En voici un exemple : Une femme atteinte de la folie à double forme, fut entraînée au vol par une tendance irrésistible et fut arrêtée. «Un examen attentif de la situation fit reconnaître son état pathologique. Revenue à son bon sens, elle regrettait vivement ses actes. Quand la période d’excitation survenait, sa volonté était impuissante pour dominer sa tendance au vol. Elle dérobait tout ce qu’elle voyait sans même y mettre du mystère ; elle prenait des objets qui ne pouvaient lui être d’aucune utilité et recherchait, dans ces larcins insignifiants, à jouer de mauvais tours aux autres. Elle eut des hallucinations, fut effrayée par l’apparition du diable, et son agitation était souvent extrême. Puis elle retombait dans un profond abattement, tel qu’il a été décrit plus haut.

1. Ritti. Traité clinique de la folie à double forme , p. 138.

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Ce délire à forme alternante dura plusieurs années. C’était ordinairement toutes les quatre semaines que ces changements avaient lieu. Dans la seconde période, cette femme se reprochait vivement ce qu’elle avait fait pendant la première, et elle tombait dans le plus profond accablement, étrangère à tout ce qui se passait autour d’elle » h On trouve parfois aussi chez ces malades des contrastes de sentiments assez curieux : Une malade prenait en aversion, pendant la période maniaque, son mari et sa fille qu’elle aimait beaucoup durant son état normal.

Ainsi, pour l’association par contraste successif, comme pour l’association par contraste simultané, l’état morbide nous montre des exagérations de ce qui se passe à l’état normal, et l’un nous aide à comprendre l’autre. Mais nous ne nous ferons une idée juste et complète de ce mode d’association, comme du premier, qu’en comprenant ses raisons d’être générales et permanentes.

Les associations par contraste successif peuvent sé diviser en deux groupes, distincts à quelques égards, sans l’être absolument ; le premier se laisse ramener aux causes qui produisent le contraste simultané, dont le contraste successif est, en ce cas, une sorte de prolongation ; le second est dû à des causes différentes mais qui consistent essentiellement au fond dans le même fait général, la réaction d’une tendance. Dans le contraste simultané et dans la première forme du contraste successif, il s’agit de la réaction d’une tendance qu’un nouvel état tend il dissocier, dans la seconde forme du contraste successif

1. Ritti. Ouvr. cité , p. 129-130. L’observation est empruntée à un mémoire de M. Beymann.

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de la réaction d’une tendance qui n’a pas pu s’exercer pendant un temps trop long — et cette seconde forme à son tour peut donner lieu à des effets de contraste simultané.

Pour concevoir que les causes qui produisent le contraste simultané puissent produire aussi le contraste successif, il suffît de supposer qu’une idée, une tendance étant amenée à l’activité par l’action d’une tendance opposée, suivant le mode que nous avons analysé plus haut, la première tendance vienne à disparaître momentanément par une cause quelconque (quelquefois l’activité inhibitoire de la tendance qu’elle a suscitée), alors la seconde reste seule et l’ensemble des phénomènes qui avait d’abord l’aspect d’un contraste simultané prend celui d’un contraste successif.

Ce cas n’est pas purement théorique. Si, par exemple, on fait une objection à une théorie que nous croyons fermement vraie, il peut arriver que la théorie et les idées coordonnées qui s’y rattachent, éveillées en nous selon la loi du contraste simultané, finissent par évincer absolument l’idée de l’objection à la suite de la lutte que j’ai indiquée, le fait, comme chacun a pu l’observer, se produit quelquefois très rapidement. Il arrive alors que l’état définitif de l’esprit est absolument opposé à celui qui a un moment, sous l’influence d’une lecture, d’une conversation, ou sous toute autre influence, tenté de se produire, et qu’il a été réellement amené par cet acte auquel il s’oppose. Il y a donc bien là un effet de contraste successif se produisant à la suite d’un contraste simultané par la persistance de l’état psychique éveillé selon ce dernier mode d’association.

Quand des sentiments qui dormaient en nous sont réveillés par une attaque brutale, quand des idées auxquelles nous ne songions pas sont remises au premier plan par une contradiction brusque, ces sentiments, ces idées survivent aux sentiments et aux idées contraires qui, imposés

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momentanément à l’esprit, les ont amenés à l’activité par le contraste, mais qui ne tenant à rien dans notre organisation mentale, ne peuvent pas se maintenir. En ce cas les tendances éveillées se développent et déterminent, pendant un temps plus ou moins long, l’orientation de l’esprit. Les exemples en sont très communs — on détermine presque toujours une réaction immédiate, et qui se prolonge, quand on froisse chez quelqu’un des sentiments profonds et des idées enracinées. Cette persistance des tendances éveillées s’explique très simplement par les propriétés des éléments psychiques Remarquons, d’ailleurs, qu’il n’est pas facile de dire où cesse le contraste simultané, où commence le contraste successif ; l’idée ou la tendance qui ne peut s’associer suffisamment à des éléments psychiques stables pour se maintenir dans l’esprit, ne disparaît pas sans laisser des traces qui persistent sensiblement quelque temps, et qui se manifestent par le caractère mal unifié des composés synthétiques qui les réunissent avec la tendance opposée — c’est ce que nous trouvons dans les faits de remords, de regrets, etc., qui impliquent à quelque degré une persistance, si faible soit elle, un souvenir de la tendance vaincue.

Dans le second groupe il s’agit de la réaction d’une tendance longtemps arrêtée et qui, lorsqu’elle peut enfin s’imposer à son tour à l’esprit et prendre la direction de l’organisme, donne à notre activité générale un caractère absolument opposé à celui qu’elle avait auparavant, — et la réaction est d’autant plus vive, toutes choses égales d’ailleurs, que la tendance est plus importante et que l’arrêt avait ôté plus long et plus complet. Mais entre ces deux groupes de faits, il existe des intermédiaires nombreux que l’on peut rattacher soit à l’un soit à l’autre et. qui la relient par une série de gradations insensibles.

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Il arrive par exemple que le contraste simultané ne se produit pas tout de suite d’une manière apparente. Si l’on nous dit une chose qui blesse en nous quelques sentiments assez peu actifs, il se peut que nous n’y prenions pas garde, il faudra que l’on revienne à la charge, que l’attaque se prolonge et se multiplie, que l’opposition se développe pour que les tendances froissées finissent par réagir sensiblement et donner lieu à des représentations, à des idées, à des émotions qui sont en contraste marqué avec l’activité suggérée par les paroles de notre interlocuteur. Ici le mode de contraste est intermédiaire entre le contraste simultané et le contraste successif et aussi entre les deux modes de contraste successif, et ce caractère sera encore plus marqué, si nous supposons que la tendance éveillée fasse disparaître assez vite les idées et les sentiments opposés qui ont fini par déterminer son activité — ce qui se produit assez fréquemment. Il nous suffit au reste d’indiquer ces phénomènes et de rappeler que les groupes que nous avons établis, tout en correspondant à des modes divers de production des phénomènes 11e s’opposent pas complètement l’un à l’autre et que ces différents modes peuvent se combiner de diverses manières.

Revenons au second mode. Le nombre des associations systématiques latentes, des habitudes, des organisations psycho-organiques qui existent en nous est incalculable. Ces associations, ces systèmes psychiques ne sont pas toujours en activité, mais elles ne cessent pas d’exister virtuellement, c’est-à-dire qu’il en reste toujours une trace, une disposition particulière de l’esprit que nous nous figurons volontiers sous la forme d’une modification imperceptible de la substance cérébrale. Quoiqu’il en soit, la persistance des tendances, des causes des phénomènes psychiques rie peut être douteuse. De plus, certains systèmes psychiques comprennent comme éléments les impressions nerveuses qui proviennent à tout instant

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d’organes physiques permanents, et dont l’existence concrète ne saurait s’interrompre. Toutes les parties de notre corps sont ainsi, en un sens, parties de systèmes organico-psychiques. Les poumons sont en rapport avec les éléments nerveux et psychiques qui peuvent arrêter, continuer, ralentir ou activer la respiration, l’état de l’estomac — ou peut-être du sang, — est un élément de ce système psychique qui se manifeste à nous par le sentiment de la faim, de sorte que lorsque ces organes physiques sont dans un état déterminé, on peut constater l’éveil selon la loi d’association systématique, de tel système psychique déterminé, de tel sentiment, de telle émotion pénible ou agréable, de telle tendance à des mouvements coordonnés. Mais un grand nombre de ces excitations qui déterminent dans l’esprit l’éveil d’un système psychique se produisent à des intervalles réguliers. Les fonctions organiques sont manifestement rythmiques. Il y a ainsi continuellement une opposition, un contraste entre deux états successifs. Ce changement d’orientation d’un système psychique plus ou moins important se marque très visiblement en certains cas par la nature des phénomènes qu’il détermine. Ainsi l’odeur d’un ragoût, qui est très agréable quand on a faim, peut être répugnante après le repas. Le contraste se marque ainsi à quelque degré dans l’exercice normal des fonctions organiques. Il se marque encore d’une autre manière: si les besoins organiques ne sont pas satisfaits, la tendance qu’ils déterminent devient de plus en plus forte, de plus en plus vive et lorsque les circonstances cessent de s’opposer à ce . qu’elle aboutisse et se manifeste par des actes, ces actes présentent un caractère d’intensité d’autant plus considérable, toutes choses égales d’ailleurs, que la tendance a été plus longtemps arrêtée. Fréquemment la privation trop longue aboutit à des excès. Inversement une longue inspiration ralentit pendant quelques secondes le

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rythme normal de la respiration. — A mesure, en effet, qu’un état organique se produit, se prolonge et s’accentue, les sentiments qu’il détermine sont (en faisant abstraction des circonstances particulières qui masquent souvent l’enchaînement régulier des phénomènes en le compliquant sans le détruire) de plus en plus vifs, il en résulte naturellement un contraste très fort entre l’état antérieur : celui de la privation, de l’arrêt de la tendance et l’état qui lui succède : celui de la satisfaction. L’impulsion est telle en ce cas, que même lorsque les circonstances viennent à la favoriser, elle persiste un certain temps, 1a. tendance 11e peut être immédiatement satisfaite et c’est ce retard dans la satisfaction qui produit le sentiment de plaisir éprouvé si vivement lorsqu’une tendance longtemps comprimée peut enfin reprendre son activité. Ce contraste qui est ainsi manifesté dans certaines formes de sentiments alors qu’il s’est produit, est annoncé à l’avance par certaines autres émotions synthétiques, comme le désir, l’espérance qui impliquent un contraste entre l’état actuel et celui que tendent à déterminer des tendances encore inhibées.

Le contraste prend ici, comme on le voit, uneformeparticulière , il se manifeste non pas précisément par l’apparition d’un état positif opposé à un état précédent, mais par la satisfaction d’une tendance opposée à sa non-satisfaction. C’est la forme la plus fréquente du contraste en ce qui concerne les fonctions organiques et la raison en est que l’on 11e peut dire que, parmi les tendances physiologiques , les unes s’opposent absolument aux autres — la marche, la respiration, la circulation, la digestion ne s’opposent pas les unes aux autres comme le rouge s’oppose au vert-bleu ou la sympathie à l’antipathie et le mépris à l’estime. Les conditions de l’association par contraste sont remplies cependant, car nous voyons bien se succéder ici deux états opposés

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dont le premier est la cause de l'autre — l’arrêt d’une tendance et sa domination d’autanl plus étendue et plus forte que l’arrêt avait été plus long et plus rigoureux.

Mais pour peu qu’on y réfléchisse on voit vite que presque toutes nos fonctions, au sens le plus général du mot, c’est-à-dire l’activité de tous les systèmes organico-psychiques qui existent en nous sont , à quelque degré , périodiques et soumises à un rythme plus ou moins marqué, à des intermittences d’action et de repos — l’orientation de l’esprit change partiellement à chaque instant et très souvent d’une manière notable. Nous ne sommes pas toujours occupés à lire, à écrire, à jouer à n’importe quel jeu, à faire notre métier, à être fonctionnaire , administrateur , médecin , avocat ; les sentiments, les tendances, même les plus ancrées en nous, celles qui correspondent aux habitudes les plus invétérées, aux affections de famille , ont des moments de repos relatif. Elles persistent toujours à quelque degré — il reste toujours quelque chose de la disposition systématique qu’elles ont donné à l’organisme mais elles ne se manifestent pas d’une manière active, elles n’existent plus qu’en puissance, c’est-à-dire par quelques-unes de leurs conditions organico-psychiques. Un avocat reste avocat même quand il fait une promenade, cependant les systèmes psychiques qui le rendent apte à exercer sa profession ne sont pas en activité. Il n’en reste que des éléments, mais ces éléments subsistent avec leurs affinités et à la moindre occasion les habitudes d’esprit reparaissent. Un mathématicien sur le point d’expirer avait perdu l’usage de la parole, il ne reconnaissait plus, ne voyait plus ; un de ses amis se penche vers lui et lui demande le carré de douze : cent quarante-quatre, répond immédiatement le moribond. Il y a ainsi en chacun de nous des systèmes de pensées, de sentiments, d’images et d’actes qui sont momentanément dissociés et qui restent

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ainsi tant que ces éléments réunis à d’autres combinaisons ne peuvent se coordonner entre eux — mais plus la coordination a été habituelle, plus elle embrasse d’éléments fréquemment mis en activité, plus il y a de chances pour que telle ou telle circonstance lui donne l’occasion de se manifester de nouveau.

Des circonstances particulières, externes ou internes, peuvent empêcher pendant longtemps ces systèmes de se reformer. Un chasseur forcené est bien obligé, à moins qu’il ne passe braconnier ou n’ait une propriété enclose, de s’abstenir de chasser plusieurs mois de l’année ; un médecin, un avocat, peuvent être empêchés pendant un temps assez long de soigner les malades ou de plaider un père peut être séparé de ses enfants. C’est là une cause continuelle d’associations par contraste analogues à celles que nous avons déjà examinées et qui peuvent prendre plusieurs formes. D’abord si les sentiments comprimés ont atteint un certain degré de force, ils seront réveillés par des circonstances insignifiantes ; la tendance arrêtée entre en jeu, sans pouvoir se compléter, à la moindre occasion favorable , — un père qui est séparé de ses enfants, s’il rencontre un enfant étranger, pensera au sien, beaucoup plus facilement et plus vivement que s’il n’en était pas séparé. L’association par contraste est ici compliquée d’une association systématique ; ce qui frappe dans la réalité extérieure, c’est ce qui peut s’harmoniser avec les tendances comprimées, c’est-à-dire ce qui contraste avec l’état d’esprit imposé par les circonstances, c’est chez un homme qui n’a rien à manger que la vue de l’étalage d’un marchand de comestibles, déterminera le plus vivement des sentiments et des idées opposées à l’état organique et psychique que sa situation lui impose , et c’est parce que cet état lui est imposé que l’idée d’un état opposé et les sentiments qui conviendraient à celui-ci se produisent en lui ; il y a

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bien réellement une association par contraste. Ce n’est que lorsqu’une tendance est suffisamment enrayée dans son processus qu’elle peut donner lieu à ces phénomènes de rêverie, de désirs conscients que nous avons déjà examinés, le remords est un cas analogue de la même loi, mais il faut évidemment que la tendance enrayée conserve une certaine activité, il faut que l’arrêt prenne la tendance à un moment de son développement, il fauf qu’il l’empêche d’aboutir, mais qu’elle ne l’empêche pas de naître et de déterminer quelques associations psychiques. L’association par contraste, nous développerons ce point tout à l’heure, est une combinaison de l’association systématique et de l’inhibition.

Dans les cas que nous venons d’examiner, l’opposition se produit entre deux états d’une même tendance , ce n’est pas la seule forme de l’association par contraste comme le prouvent les faits que nous avons cités tout à l’heure, il arrive souvent qu’une activité est remplacée par une activité opposée. Toutefois les deux cas ne diffèrent pas autant qu’on pourrait le supposer. Une orientation positivement opposée de l’esprit peut résulter simplement de la mise en non activité ou en activité d’une tendance déterminée. La tristesse, par exemple, peut succéder à la gaîté, simplement parce qu’une certaine quantité de tendances qui étaient en activité auparavant viennent à entrer en repos. L’ennui résulte souvent d’une cause semblable, et succède à l’animation et au plaisir. Ici l’état contrastant est déterminé par le changement de l’activité d’une tendance en non activité, ou réciproquement, mais il y a un nouvel état synthétique de l’esprit qui résulte des nouvelles conditions de son activité, et qui est le sentiment, opposé dans chaque cas, qui suppose une synthèse psychologique des tendances éveillées et une appréciation de leur activité par rapport au moi.

Ce fait est fréquent dans le mode de contraste que nous venons d’examiner. D’autres fois de nouvelles tendances opposées aux précédentes sont réellement mises en activité

— on voit ainsi parfois l'amour succéder à la haine et l’estime au mépris, et cela implique les jugements, et les tendances motrices se combinent pour des fins en opposition complète avec celles qui étaient impliquées par le précédent fonctionnement de l’esprit — c’est encore le mode de contraste qui se produit quand la sensation subjective d’une couleur succède à la perception de la couleur complémentaire.

Ces cas ne paraissent pas offrir de difficulté particulière. La cause qui les produit est celle qui produit les formes précédentes ; nous avons vu que lorsqu’une tendance est restée inactive pendant un temps relativement long, qui peut d’ailleurs être seulement de quelques secondes

— comme cela a lieu pour la respiration, — par exemple, cette tendance si elle a une certaine importance dans l’organisme , est prête à se remettre en activité à la moindre occasion, d’un autre côté, les tendances qui sont en activité à un moment donné ne peuvent pas rester continuellement actives, il y a là une double cause de phénomènes contrastants.

Il est très difficile, comme l’on sait, de laisser le bras étendu horizontalement pendant quelques minutes seulement. La fatigue survient bientôt. Mais tout état prolongé du corps et de l’esprit finit en général par amener aussi une fatigue plus ou moins consciente, un état tel que nos tendances organiques risquent d’en être troublées. C’est une raison — non pas toujours, mais d’une manière générale,— pour que cet état cesse, car à l’état normal la systématisation psycho-organique est assez marquée pour déterminer l’arrêt des phénomènes qui ne seraient pas en accord avec les tendances dominantes, et dont le développement nuirait à ces tendances. Cette inhibition peut

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être déterminée soit par une volition, soit par une association systématique ne comprenant pas l’intervention du pouvoir personnel. Si nous regardons quelque temps un objet trop brillant nous finirons par détourner volontairement les yeux, de même si nous éprouvons quelque part des émotions trop persistantes et si nous n’avons aucune raison de rester, nous nous en irons, mais aussi une préoccupation qui nous obsède ne nous obsède pas continuellement, et sans l’intervention de la volonté, il se produit, comme l’a fait observer M. Spencer, de fréquentes rémissions, de même si l’on a pris une position gênante on remue, sans y prendre garde, au bout d'un moment, pour se mettre mieux à l’aise.

Il y a bien des chances, comme l’indique ce fait général de la périodicité et du rythme des fonctions organiques et psychiques, pour que le complexus de phénomènes qui succède à un complexus différent soit un de ceux qui ne pouvaient se manifester librement en même temps que celui-là. En effet, nos systèmes psycho-physiologiques tendent à être presque constamment mis en jeu par les excitations venues du dehors, ou par voie réflexe, par les idées et les autres phénomènes psychiques. Or, si l’excitation persistant le système psycho-physiologique ne peut être éveillé, la tendance acquiert souvent plus de force, de telle sorte que, dés que la possibilité d’aboutir existera, soit par suite d’un changement dans les circonstances extérieures, soit parce que son développement lui permet de changer l’orientation de l’esprit et d’inhiber à son tour les tendances qui s’opposaient à elles, la tendance se manifestera par l’éveil d’un complexus de phénomènes. D’un autre côté il est bien sûr que ce qu’une tendance en activité tend le plus à exclure selon la loi de l’inhibition systématisée , c’est la tendance qui lui est directement opposée — ainsi la bienveillance envers une personne exclut la malveillance, etc. , il est donc naturel que

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lorsque deux tendances opposées coexistent en nous et que l’une s’est manifestée pendant un temps assez long, ce soit l’activité de l’autre qui la remplace. 11 arrive, par exemple, que la même personne nous plaît par certains côtés et nous déplaît par d’autres. Si pendant un certain temps c’est la première impression qui a dominé en nous, la seconde paraîtra ensuite avec plus de force et son apparition sera certainement causée en grande partie par la domination trop longue de la première. 11 arrive aussi que l’on s’illusionne , presque volontairement sur la nature d’une personne, on ne remarque dans sa conduite que ce qui peut en donner une idée favorable, le reste passe presque inaperçu — il ne faut pas croire pourtant que ces expériences soient entièrement perdues, il se passe souvent alors un fait qui est la reproduction avec les différences que comporte l’état normal du dédoublement de la personnalité observé et créé par M. Pierre Janet et que j’ai eu déjà l’occasion de citer. Il se forme en nous non pas tout-à-fait deux personnalités, mais deux groupes de tendances opposés, dont l’un garde la direction de l’organisme et détermine l’orientation consciente de l’esprit, dont l’autre passe presque inaperçu et s’organise insensiblement — et ces deux groupes sont complémentaires, ce que l’un ne peut s’adapter est saisi par l’autre, chacun ne connait que lui-même. Toutes les petites particularités, les paroles, les actes, que nous ne voulons pas voir sont enregistrées et classées dans l’inconscient, et un jour, lorsque l’orientation consciente de l’esprit change, lorsqu’un trait plus visible que l’autre nous a forcés d’ouvrir les yeux, où lorsque la tendance inconsciente développée peu à peu finit par déterminer l’inhibition de la tendance opposée nous sommes surpris — si nous n’avons pas des notions suffisantes de psychologie— de trouver en nous des sentiments qui nous paraissent tout naturels et très développés et qui sont entièrement

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opposés à ceux que nous croyions avoir seulement jusque-là. Et nous nous rappelons alors une foule de détails, de circonstances qui nous avaient à peine frappés — ou qui nous avaient frappés à notre insu — et nous nous souvenons aussi de certaines impressions désagréables qui nous avaient semblé tout-à-fait passagères et insignifiantes. qui ne se reliant àaucune des tendances dominantes ne nous étaient pas revenues en mémoire, et qui maintenant se trouvant en harmonie avec le nouveau système dominateur dont elles étaient l’expression fugitive , reviennent en nous , se coordonnent et se développent. Bien souvent les phénomènes n’apparaissent pas sous une forme aussi caractéristique, mais il n’est pas rare de voir une même personne manifester successivement deux manières de voir absolument opposées, deux sentiments contraires à l’égard d’une personne ou d’une chose ; c’est une forme affaiblie du cas précédent. Et cela peut se généraliser ; cette pluralité, cette diversité des idées et des sentiments est très fréquente. Si tous ces éléments psychiques ne se coordonnent pas en se rectifiant réciproquement de manière à former des idées, des tendances générales ou chacun d’eux joue son rôle, ce qui arrive souvent, puisque la vie indépendante des éléments psychiques composés est loin d’être une chose rare, il se forme ainsi plusieurs coordinations opposées, chacun des éléments s’associant avec ceux qui s’harmonisent le mieux avec lui et l’activité contraire de ces deux groupes qui se succèdent dans la direction de l’organisme à des intervalles plus ou moins réguliers est évidemment une cause fréquente de la forme de contraste que prend l’association des faits psychiques.

Les faits généraux qui expliquent le second groupe d’associations par contraste successif peuvent aussi produire des associations par contraste simultané — c’est l’inverse de ce que nous avons constaté tout à l’heure.

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Supposons, en effet, qu’une tendance ait été en activité assez longtemps pour fatiguer l’organisme, la tendance opposée pourra commencer à se manifester avant que la première ait complètement cessé d’agir, et l’on aura un effet de contraste simultané produit par les causes qui déterminent généralement le contraste successif.

D’ailleurs, si l’on y regarde de plus près, on voit qu’il faut non pas confondre, mais rapprocher les deux groupes de causes, les deux mécanismes différents que nous avons distingués. Dans un cas comme dans l’autre, l’association par contraste est due à la réaction de l’organisme opprimé par la persistance de l’activité d’une tendance. Seulement il arrive quelquefois que cette activité soit d’abord coordonnée, utile ou agréable, et qu’elle ne commence à être nuisible qu’au bout d’un temps plus ou moins long, et c’est alors d’une manière générale, le contraste successif qui se produit — dans d’autres cas son existence seule suffit pour gêner considérablement les habitudes psychiques et organiques et l’éveil des tendances opposées se fait immédiatement. Il se produit alors, en général, une association par contraste simultané. Nous avons vu que cette association pouvait , par la combinaison de tendances opposées, aider à la précision et augmenter la complexité du fonctionnement de l’esprit en préparant une tendance synthétique plus large, le contraste successif aussi a son utilité évidente en nous aidant à conserver un équilibre organique et mental relatif.

Il me semble que nous avons ainsi rendu compte de tous les faits de contraste successif énumérés tout à l’heure, ils se ramènent tous, en somme, à la réaction des tendances comprimées. Depuis les phénomènes de la vision des couleurs complémentaires, jusqu’aux alternatives de tristesse et de joie, de bienveillance et de méchanceté

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nous trouvons partout et toujours le même phénomène : un désir contrarié, une tendance non satisfaite, qui réagissent et se manifestent d’autant plus qu’ils ont été plus ou moins empêchés de le faire, et que les tendances opposées sont fatiguées par une activité correspondant à leur repos.

La loi d’association par contraste successif nous est apparue comme un résultat nécessaire du fonctionnement de l’esprit selon les lois de l’association systématique et de l’inhibition. Elle se présente donc avec une portée très générale ; bien qu’elle ne donne pas toujours lieu à des phénomènes très nets, elle existe toujours comme tendance. Un phénomène n’est pas toujours remplacé par un phénomène absolument opposé, si je regarde vaguement et très peu de temps un papier rose, et que je regarde ensuite un papier gris, il n’est pas sûr que j’aurai la perception subjective de la couleur complémentaire, il faudrait que la vision ait été assez prolongée pour qu’il y ait une fatigue réelle des organes — de même après une douce gaîté on n’est pas forcément triste, mais on est peu porté à la gaîté après avoir trop ri.

D’une manière générale, la réaction n’est extrême, le contraste n’est très marqué que dans le cas où la capacité de l’esprit pour le premier phénomène a été, ou peu s’en faut, complètement épuisée et où le second, le phénomène produit par contraste successif, s’accorde d’autant mieux avec les nouvelles conditions d’existence qu’il diffère plus de l’autre. On croit que, ici encore, comme pour le contraste simultané, nous avons une série de cas plus ou moins marqués et que si les phénomènes peuvent être plus ou moins nets, cependant la tendance à déterminer un fait de contraste existe toujours, et résulte du fonctionnement normal de l’esprit. Elle se manifeste plus ou moins par l’aspect que prennent les phénomènes suivants. La tendance au contraste se traduit ainsi de mille et

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mille manières qui souvent passent inaperçues — par l’accueil plus cordial d’un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps , ou d’un indifférent qui est resté quelque temps malade chez lui sans voir personne, ou d’un compatriote inconnu qu’on a quelquefois plaisir à rencontrer en pays étranger. L’association par contraste successif que l’observation nous fait voir souvent dans la vie normale, dont les cas pathologiques nous montrent la déformation, parait donc bien, si l’on analyse suffisamment son mécanisme, être le résultat d’un mode général du fonctionnement de l’esprit.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

La loi du contraste est en somme un résultat nécessaire des deux grandes lois de l’association systématique et de l’inhibition systématisée dans les conditions du moins où elles s’exercent chez l’homme. Un système psychique quelconque qui s’établit, une nouvelle croyance à laquelle nous adhérons, un nouveau sentiment qui s’impose à nous , tendent par le seul fait de leur existence, à exclure de l’esprit, au moment actuel, tout ce qui ne peut pas s’accorder avec eux — c’est le fait général dont la loi d’inhibition est l’expression abstraite, — mais pour s’établir, l’état nouveau est obligé d’employer certains éléments des états qui lui sont complètement opposés si nous nous sentons portés à admettre la vérité de telle ou telle théorie scientifique .ou philosophique, le darwinisme, l’évolutionnisme, l’existence de l’homme tertiaire, la réalité des atomes chimiques, il se produit en nous une systématisation particulière d’un certain nombre de données de l’expérience, d’idées acquises d’une manière ou de l’autre ; mais d’un autre côté il tend à se produire une désagrégation de certaines idées antérieures qui ne peuvent s’adapter aux nouvelles conditions d’existence qui leur sont faites, et auxquelles les nouvelles idées empruntent un grand nombre d’éléments pour les classer d’une manière différente. C’est par l’intermédiaire de ces éléments communs que les systèmes opposés paraissent s’éveiller — car les anciennes affinités de ces éléments ne peuvent guère disparaître immédiatement, et les anciennes habitudes persistent encore quelque peu. Une fois ces éléments mis en jeu, la loi d’associa-

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tion systématique et les lois de la vie indépendante des systèmes psychiques nous expliquent le reste: l’éveil de l’ancien état d’esprit et les coordinations secondaires qui en résultent. L’association par contraste simultané est donc essentiellement une a ssociàtion systématique déterminée par une activité sur laquelle s’exerce une inhibition imparfaite. — Comme dans les coordinations actuelles de notre vie, tout est généralement imparfait, la tendance au contraste simultané peut être regardé comme un fait général.

Le contraste successif est, comme nous l’avons dit, essentiellement de même nature. Ici encore nous retrouvons une association systématique précédée d’une inhibition imparfaite ; la tendance comprimée réagit avec d’autant plus de vigueur qu’elle a été plus longtemps comprimée, et aussi qu’elle a pu préparer sa réaction, c’est-à-dire qu’elle a été enrayée en quelque manière imparfaitement, — l’arrêt tout en étant très long peut-être et très rigoureux quand la tendance cherche à se développer au-delà de certaines limites, — lui a permis cependant de commencer à s’organiser et de se développer jusqu’à un certain point. C’est au moins ce qui se produit souvent. Mais le contraste successif est marqué encore par le fait de l’arrêt exercé en retour par les tendances contrastantes. Qnoi qu’il en soit, le contraste successif ne se produit que lorsque l’inhibition exercée sur la tendance contrastante vient à être insuffisante pour en arrêter le développement. La même formule s’applique donc rigoureusement aux deux formes principales de contraste que nous avons étudiées à part, mais qui, dans la réalité se confondent plus ou moins et s’enchevêtrent. C’est ainsi que par le mécanisme que nous avons étudié, l’association par contraste, grâce à la multiplicité et à l'indépendance relative des systèmes psychiques, naît du fonctionnement des deux grandes lois qui tout d’abord semblaient

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devoir l’exclure : la loi de finalité et la loi d’inhibition. Nous avons eu, de plus, l’occasion de constater qu’elle prenait sa part, en bien des cas, à la systématisation générale de l’esprit.

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