Binet. Ouvrage cité
ce qui dirige l’association par contiguïté, ce qui même lui donne naissance, c’est l’organisation acquise, la systématisation établie qui permet aux différentes parties de l’organisme et du cerveau de s’associer pour une fm commune. Il ne servirait à rien de prétendre que l’enfant apprend à parler en voyant parler et en entendant parler, et qu’il associe par contiguïté l’image visuelle d’une bouche qui s’ouvre avec le son émis, car pourquoi l’image visuelle d’une bouche qui s’ouvre, la perception d'un son particulier, le pousseraient-ils à ouvrir sa bouche à lui, à émettre un son semblable sinon en vertu de cette propriété des éléments psychiques, la finalité, que nous avons étudiée déjà. L’image d’une bouche ouverte tend naturellement à susciter des éléments psychiques qui puissent s’associer avec elle, la rendre plus forte et créer autour un système d’éléments qui le soutiennent, ces éléments sont évidemment les représentations motrices qui détermineront l’ouverture de la bouche ; de même pour le son. L’imitation est une forme primitive de la systématisation psychique. Je montrerais, si c’était le lieu, comment c’est une tendance naturelle, comment elle se manifeste d’une manière fort apparente dans les formes inférieures de la vie mentale, et comment elle disparaît peu à peu sous les rectifications et des inhibitions nombreuses que le développement de l’esprit lui fait subir, comment les cas anormaux et pathologiques en montrent le retour d’une manière bien curieuse. Et si nous examinions en détail la manière dont l’enfant apprend à parler, la manière dont il apprend à lire, nous verrions comment cette tendance à l’imitation, qui ne se relie pas à l’association et à la contiguïté, est utilisée au profit de la systématisation croissante de l’esprit qui finit par l’enrayer presque complètement.
Il ne saurait être question ici de reprendre en détail l’examen de toutes les classes de phénomènes psychiques,
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j’indique surtout le sens général des objections qu’on peut faire, à propos de chaque fait particulier, à l’explication qu’on tenterait d’en donner au moyen des lois de contiguïté et de ressemblance. Ce que j’ai dit dans les chapitres précédents suffit pour indiquer comment cette forme générale des objections s’appliquerait à chaque cas particulier. En somme, dans ses formes les plus hautes comme dans ses formes les moins élevées, la coordination psychique reste irréductible aux lois de l’association. Indiquons, pour terminer cette revue très rapide, un domaine très vaste de l’esprit, celui de l’activité non pas inconsciente, mais instinctive que nous venons d’aborder déjà et où la similarité et la contiguïté ne peuvent rien expliquer. Si l’on songe que presque toute notre activité mentale se‘ ramène à cette activité instinctive, à des réflexes psychiques, comme les a appelés M. Richet, ou à des fragments de réflexes psychiques, si l’on songe aussi que les actes qui ne s’y ramènent pas rentrent soit dans le domaine de la volition, de la réflexion, du pouvoir personnel où la force des associations par contiguïté et ressemblance est, sinon davantage, au moins plus visiblement dirigée parla finalité, soit dans le domaine de l’instinct où la systématisation éclate avec une si grande évidence, il apparaîtra, semble-t-il, que les lois de contiguïté et de ressemblance ne sauraient en aucun cas être prises pour les véritables principes directeurs de l’esprit.
Quand une idée suscite un acte, où est l’influence de la contiguïté? Où est celle de la similarité ? L’associationisme ne peut faire à cette question qu’une seule réponse : l’acte a précédé l’idéé de l’acte, l’idée de l’acte est un élément de l’acte, elle est associée par contiguïté aux autres éléments — la sensation motrice que me donne, le mouvement de mon bras , a été produite par ce mouvement môme , elle s’est produite avec lui , non avec le mouvement de ma jambe — voilà pourquoi
elle tend à le rappeler. Mais il est facile de répondre qu’ici encore ce n’est pas la contiguïté qui agit, mais la coordination ; l’idée de l’acte suscite l’acte non pas parce qu’elle s’est produite en meme temps que lui , mais bien parce qu’elle est un des éléments coordonnés de l’acte, et que en tant qu’élément d’un système, elle tend à susciter le système entier.
Que cette explication soit la bonne, c’est ce qui ressort avec évidence de ce qui précède et aussi de la considération d’un réflexe psychique dans son ensemble, et non plus seulement de l’un de ses éléments comme dans le cas qui précède. Les lois de la contiguïté et de la ressemblance sont totalement incapables d’exprimer réellement ce fait simple et indiscutable que l’impression de la faim et que l’impression de la soif, qui sont l’expression psychologique d’un état de l’estomac, ou du sang, font naître en nous un désir de manger et de boire. Pourquoi également le sentiment de suffocation que nous éprouvons dans une salle trop remplie nous fait-elle désirer l’air frais du dehors et acccomplir des mouvements coordonnés nécessaires pour aller en profiter? C’est un fait qui n’est nullement impliqué par l’associationisme des psychologues anglais. La formation de toutes les associations ne peut s’exprimer que par une loi de finalité plus ou moins complexe. Comment , par exemple , expliquer les associations chez l’enfant, par exemple, des cris et du besoin de manger? .T’entends bien que l’on dira ceci : l’enfant sous la pression d’un besoin quelconque qu’on ne songe pas à satisfaire s’agite, remue ses bras et ses jambes, fait mouvoir aussi les muscles de son larynx, le tout un peu au hasard, c’est la manière dont une excitation qui ne peut aboutir à son but se dépense dans l’organisme. La faim et les cris sont ainsi réunis par contiguïté et comme les cris attirent l’attention des parents et peuvent déterminer la satisfaction du besoin, l’association par contiguïté tend à
devenir indissoluble. Et cette explication me paraît bonne en un point au moins, c’est qu’elle admet précisément l’intervention de cette « idée directrice » dont l’existence n’est nullement expliquée ni par la contiguïté ni par la ressemblance. Il y a évidemment conservation des habitudes utiles, c’est-à-dire coordination et sélection. De plus il n’est peut-être pas exact de dire en général que les deux faits tendent à se suivre désormais parce qu’ils auront été une première fois produits ensemble — mais nous reviendrons plus tard sur ce point. En tout cas, les associations par contiguïté, en supposant leur réalité, sont toujours sous la direction de l’influence coordinatrice de l’esprit. L’associationisme est même hors d’état d’exprimer par des associations de contiguïté et de ressemblance le premier cri du nouveau-né. Partout il s’agit visiblement d’une coordination d’impressions et de mouvements, d’idées, d’images, etc., dont le résultat harmonique est la conservation de l’organisme et qui ne sont que l’expression de l’unité plus ou moins avancée de cet organisme. L’habitude, dit-on, est une application de la loi de contiguïté. Si l’on y réfléchit un peu on verra que l’on est conduit par cette manière de voir à des conclusions absolument inacceptables. D’après les associationistes, il y aurait chaque fois dans un acte habituel, une série de faits semblables amenés chaque fois par une liaison de contiguïté parce que plusieurs fois déjà ces faits ont été répétés ensemble. On serait conduit par un raisonnement analogue à dire par exemple que tel état de l’organisme amène la sensation de soif parce qu’un état semblable déjà produit la même sensation et à prendre pour une application des lois de contiguïté et de ressemblance ce fait que des circonstances analogues déterminent des processus psychiques analogues aussi, ce qui est déjàsufïisamment indiqué par l’hypothèse générale de l’imiformité des lois de la nature. Au fond il vaudrait autant ramener
à des associations par ressemblance et contiguïté le mécanisme d’une machine à vapeur, — la chaleur qui chauffe l’eau de la chaudière ressemble à celle qui l’a chauffée déjà, et les différents effets des diverses parties de la machine ayant été produits une fois l’un après l’autre, continuent à se suivre dans le même ordre. Je crois qu’on se ferait une meilleure idée de la machine en étudiant la fin générale vers laquelle convergent les fonctions de chaque partie, la manière dont chaque partie prend part à l’harmonie générale et comment ce résultat dérive de l’arrangement des éléments. Je pense même que personne ne trouverait un intérêt quelconque dans l’autre manière de grouper les phénomènes.
Nous avons eu à parler de la difficulté qu’avaient les lois de l’associationisme à s’appliquer à la biologie, et nous avons vu pourtant que les nécessités de la science exigent qu’elles s’y appliquent en certains cas , si elles sont justes. Nous pouvons nous avancer sur l’autre frontière de la psychologie et nous y trouverons des raisons analogues de ne pas croire à l’importance excessive des lois de la psychologie associationiste. Dans les relations sociales — si nous considérons la société comme une sorte d’individu — comme un « organisme de consciences » selon le mot de M. Espinas, nous trouvons aussi en elle, des associations, au moins apparentes, par ressemblance et contiguïté, mais elles ne paraissent pas jouer un rôle plus important que dans la psychologie. Nous pouvons trouver par exemple, un phénomène qui ressemble beaucoup aux associations par ressemblance dans ce fait que les personnes qui s’occupent d’une même chose, les marchands qui vendent une même denrée, ont parfois une tendance à se rassembler et à établir leurs magasins dans un même quartier. Nous voyons bien deux faits sociaux semblables s’attirer en quelque sorte, se grouper. Mais il est assez
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évident que ce groupement n’est qu’une forme de la coordination sociale — c’est parce que les besoins du commerce le demandent, pour que les acheteurs sachent où les trouver, que les marchands se rassemblent. Les halles, les bourses, toutes les constructions consacrées ainsi à recevoir des personnes qui traitent des mêmes affaires, sont des expressions , non pas de l’association par ressemblance, mais de la sytématisation nécessaire à la vie sociale. De même, il ne faudrait pas voir l’effet ou la manifestation d’une loi de contiguïté, dans ce fait, que les soldats d’un régiment, quand ils sont réunis, marchent toujours dans le même ordre, tambours et clairons en tête. On peut multiplier les exemples à l’infini. Prenons par exemple la famille, il y a ici des contiguïtés bien évidentes, mais les familles ne restent unies que par les intérêts communs, les sentiments communs ou convergents qui en relient les membres, et c’est seulement en tant que la contiguïté peut déterminer la communauté des intérêts et des sentiments, — ce qui arrive, en effet, quelquefois, que la contiguïté nous importe, en sociologie comme en psychologie. On peut en dire de même à propos de tout ce qui en sociologie peut rappeler la contiguïté de la psychologie, les lycées, les régiments, les cercles, etc. 11 est inutile de développer plus longuement ce point de vue, j’ai voulu seulement indiquer comment les enseignements de la sociologie ainsi que ceux de la biologie venaient confirmer les résultats de l’investigation psychologique.
De ce qui précède, il ressort au moins ceci : que les associations par contiguïté et ressemblance sont sous la dépendance d’une organisation préétablie, qui ne leur permet de s'établir qu’en tant qu’elles sont dirigées dans un certain sens, qu’elles sont susceptibles de prendre part à telle ou telle opération mentale, de servir telle ou telle tendance plus ou moins importante, c’est-à-dire
qu’elles se conforment à une loi de finalité. Il y a cependant un certain domaine de la psychologie qu’on paraît leur abandonner en général assez volontiers. Je veux parler des conceptions délirantes, des imaginations de la folie, des rêves, des rêveries même. Ici le lien logique de l’esprit semble s’être dissous, et la forme systématisée de l’enchaînement des phénomènes, paraît avoir entièrement disparu. On dirait par conséquent que les lois de ressemblance et de contiguïté peuvent ici , régner à leur aise, sans qu’aucun principe supérieur les domine et en règle les manifestations. Il me semble, qu’à examiner les choses de près, on voit qu’il n’en est pas ainsi. Ce que nous trouvons ce ne sont pas des lois, mais des éléments psychiques livrés à eux-mêmes et agissant selon leurs affinités propres, comme nous l’avons déjà vu, en dehors de toute synthèse générale, mais non de toute loi de systématisation, puisque tout élément, est par luimême une synthèse qui tend à se compléter d’une manière ou d’une autre. Dans les cas qui restent à examiner, la finalité ne disparaît pas, ou plutôt elle ne disparaît que de l’ensemble — les phénomènes qui se présentent alors tout en étant eux- mêmes des synthèses d’éléments plus ou moins nombreux, ne se coordonnent plus entre eux, de manière à produire un tout unifié. Mais nous devons ne pas aborder encore cette question et, pour rester sur le terrain de l’activité mentale coordonnée , en un mot sur le terrain de l’esprit, voir si les associations par contiguïté et ressemblance, qui n’y ont pas une importance prépondérante, et qui, en tout cas, ne peuvent exprimer la nature réelle de l’esprit, y ont une importance quelconque et sont bien l’expression d’un mode de groupement de faits psychiques, et si ce mode est réductible ou non à quelque mode différent.
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La question se pose ainsi : la loi (l’association systématique nous a paru absolument irréductible aux lois de similarité et de contiguïté, il s’agit de voir à présent si le premier principe ne serait pas le fondement des deux autres, si les lois de contiguïté et de similarité ne seraient pas des cas particuliers de l’association systématisée — je veux dire que peut-être les associations par ressemblance ne s’effectuent que parce que la contiguïté et la ressemblance sont quelquefois des auxiliaires de la finalité. Il ne peut être encore question ici de passer successivement en revue toutes les catégories de phénomènes psychiques, je me bornerai à quelques exemples, et ce qui précède permettra de faire les généralisations voulues.
Quand j’ai eu l’intention d’étudier la théorie associationiste , je me suis mis à relire des fragments de divers ouvrages où cette théorie était exposée. On peut trouver ici les éléments d’une association par ressemblance , — un livre rappelant l’idée d’un autre livre oïi est traité un sujet semblable — ; nous avons vu que la ressemblance ne suffit pas pour expliquer que l’association se produise, mais sert-elle à quelque chose par elle-même, ou l’association ne se produit-elle que parce que la ressemblance est quelquefois jointe à la finalité ? La ressemblance de deux phénomènes psychiques estelle une raison pour que ces phénomènes s’associent ? — • Y a-t-il une facilité plus grande à unir dans l’esprit deux phénomènes semblables, ou bien au contraire, la finalité est-elle la seule cause de l’association par ressemblance ? Jci, par exemple, les divers ouvrages qui reviennent à l’esprit et qui se ressemblent, en ce qu’ils traitent d’un même sujet, me reviennent-ils à l’esprit à cause de cette ressemblance, ou bien à cause de l’utilité que je peux en tirer et du rôle qu’ils doivent jouer dans mon activité
mentale ? On peut se poser une question semblable à propos de la contiguïté.
Tl y a deux manières de l’envisager. Si nous nous plaçons au point de vue d’un esprit formé, nous trouverons que la contiguïté ou la ressemblance ne paraissent pas avoir d’importance, mais nous pouvons encore nous placer au point de vue d’un esprit en formation — il est bien entendu que par esprit formé, je n’entends pas un esprit tel que l’esprit actuel de l’homme lorsqu’il s’emploie à des opérations complexes et pour lesquelles il est encore mal préparé, mais bien un esprit qui a atteint le degré d’organisation le plus élevé possible, quelque chose d’analogue à ce que nous trouvons dans l’action réflexe composée, mais avec une complexité bien supérieure.
Nous devons rechercher à ce point de vue quelle est l’importance des associations par contiguïté et ressemblance dans les opérations psychiques bien faites. Cette importance d’abord paraît grande. Dans un système complet, en effet, les rapports des éléments doivent toujours subsister et rester les mêmes. Une machine à vapeur, par exemple, doit toujours utiliser l’eau de la même manière, de même un organisme, en présence de la même excitation, et les circonstances internes restant les mêmes, doit toujours agir d’une manière uniforme. C’est ce qui se vérifie dans les actes réflexes, dans l’habitude et dans l’instinct. Il n’y a là qu’une application du principe de l’uniformité des lois naturelles. Remarquons qu’il est d’ailleurs très important au point de vue de la conservation de l’individu, que ces associations par contiguïté — si elles en sont — des phénomènes qui composent un des systèmes psychiques de l’homme, se répètent indéfiniment. Quand l’homme a besoin de respirer, il est essentiel pour lui qu’il respire. Il faut que des situations semblables, en présence d’excitations semblables, amènent des actes semblables. I)c pareils actes se composent
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d’une série de phénomènes synthétisés successifs, et on peut trouver dans leur accomplissement une application des lois de similarité et de contiguïté. Si, par exemple, chez un vautour qui a faim, la vue d’un oiseau éveille toujours une série d’états psychiques contigus, qui se terminent par les actions nécessaires à la prise de l’oiseau, il est facile de voir que cet éveil de phénomènes contigus est indispensable à la vie de l’oiseau de proie. Nous avons reconnu déjà que la contiguïté était ici complètement subordonnée à la systématisation. Tachons de préciser son office.
Je suppose que je jette aujourd’hui une pierre dans l’eau, elle s’y enfoncera comme elle eut fait hier, et si je recommence demain, le résultat sera le même. Il ne faudra pas voir là dedans — et je crois d’ailleurs que la pensée n’en viendrait à personne, — l’effet d’une association par contiguïté et ressemblance. Si les mêmes actes ont eu des conséquences analogues, si l’eau en recevant la pierre l’a laissée pénétrer en elle et se déposer au fond, et a été agitée à sa surface de manière à faire rayonner à partir du point de chute une série de cercles concentriques, il ne faut pas en conclure qu’il y a là un effet de contiguïté et que l’eau a associé les divers mouvements qui s’étaient produits une première fois et les a reproduits dans le même ordre, mais il est bien évident, au contraire, qu’il y a simplement un effet identique amené par des conditions identiques, les unes permanentes (la pesanteur spécifique de l’eau et de la pierre et leurs diverses propriétés qui entrent en jeu dans ce phénomène), les autres non permanentes (le jet de pierre), une application de la loi universelle du déterminisme scientifique qui se manifeste dans tous les phénomènes et ne peut en caractériser aucun. C’est dans les propriétés physiques de l’eau et de la pierre qu’il faut chercher la raison du fait.
De même si l’on met un morceau de savon dans la main
d’une hypnotisée dans l’état de catalepsie étudié à la Salpêtrière ', elle se met à se frictionner les mains comme si elle se les lavait, et si l’expérience est renouvelée la même série de phénomènes se déroule, il ne faut pas voir là dedans un effet de la contiguïté, mais la mise en jeu des propriétés du système nerveux dans certaines conditions. Les plus générales de ces propriétés c’est de réagir par une activité systématisée, c’est-à-dire de faire entrer l’impression présente dans un système d’images, de sentiments, de tendances et d’actes présentant un caractère d’unité. Dans le cas présent c’est la mise en jeu d’une habitude acquise, qui est devenue une sorte de propriété des centres nerveux, et qui consiste dans la coordination et l’accomplissement successif des mouvements nécessaires pour se laver les mains.
Il est permis de se demander si toutes les manifestations des lois de similarité et de contiguïté ne se ramènent pas à des faits de cette nature et par suite à des cas de finalité. Voici un fait qui aidera à comprendre ce que je veux dire : L’autre jour je lisais je ne sais plus quel passage d’un livre où se trouvaient ces mots « à toute heure », et ces mots réveillèrent en moi quelques phrases de chant d’un air de baryton de Rigoletto où ils se trouvent aussi. Il est aisé de voir en ce cas, selon la méthode associationiste, une association par ressemblance suivie d’une association par contiguïté. Les mots écrits réveillent par similarité le souvenir des mêmes mots chantés, et les mots chantés rappellent par contiguïté les mots qui les suivent dans l’air que j’entendis chanter en moi. Mais il est facile aussi d’interpréter autrement les faits, et nous trouvons dans cette seconde interprétation cet avantage qu’elle s’accorde avec les lois générales de l’esprit. Il est très probable que ce sont les mêmes éléments neuro-psychiques qui sont mis en jeu lorsque se
l. Voir en particulier Richer. Recherche sur l’IIystéro-ëpilepsie.
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présente l’expression « à toute heure » , — ils sont dynamiquement associés avec un système de sons qui composent l’air dont il est question, et c’est une association systématique qui détermine le réveil des autres mots qui les accompagnent. Nous avons donc ici un cas de cette loi de fusion que M. Binet 1 a si bien mise en relief, et de la loi de systématisation — et notre interprétation a sur la première l’avantage de prendre un sens au point de vue dé la psychologie générale.
Nous pouvons faire un raisonnement analogue à propos de tous les faits qui sont présentés comme des formes de l’association par contiguïté et ressemblance ; toujours nous trouvons un élément commun aux deux systèmes associés qui tend par conséquent à les éveiller tous les deux et par suite à les associer — et qui le fait parfois de manière à déterminer une coordination exacte d’une série psychique conformément à une orientation donnée de l’esprit, comme cela se produit dans les opérations supérieures, parfois aussi sans que les phénomènes suscités se coordonnent dans un système supérieur, et c’est le cas de l’activité indépendante des éléments psychiques telle que nous l’avons étudiée au début de ce travail. Dans les deux cas ni la similarité ni la contiguïté ne nous apparaissent comme de véritables principes d’association. Etudions plus spécialement à présent les formes inférieures de l’activité mentale, nous verrons si la ressemblance et la contiguïté ne sont bien en réalité que des formes particulières de l’association systématique. Il ne nous restera plus ensuite, si c’est bien là le résultat de notre recherche, qu’à tâcher de déterminer la part de ces formes particulières de l’association systématique dans la vie de l’esprit.