‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 107 sur 133 · Binet. Psychologie du raisonnement, p.96etsuiv · texte numérisé non relu

Binet. Psychologie du raisonnement, p.96etsuiv

C’est clans les formes inférieures de l’esprit, semble-til, que l’on a vu ou cru voir le plus clairement, en général l’influence des deux lois d’association que nous examinons ici. Dans les plus remarquables de ces faits, il faut compter cette faculté que certaines personnes possèdent à un haut degré, de retenir, en la lisant une fois, une série plus ou moins longue de mots qu’aucun sens ne rattache les uns aux autres — c’est, d’ailleurs une faculté qui à un degré moins élevé se trouve chez tout le monde. Je citerai ensuite comme faits de même genre, à notre point de vue actuel, certains phénomènes mal coordonnés comme la rêverie, les caprices de l’imagination ou des phénomènes semi-morbides ou morbides : le rêve et la folie. Pour fixer les idées par des faits concrets, je citerai les suivants : de simples assonances, dit M. Luys, s’appellent les unes les autres dans des cas de folie et se groupent automatiquement ensemble ; une malade citée par Parchappe, faisait souvent des associations dans le genre de celle-ci : « On dit que la Vierge est folle, on parle de la lier, ce qui ne fait pas les affaires du département de l’Ailier ». M. Maury raconte des rêves où le même phénomène est très visible. « Un matin, dit-il, je me rappelai que j’avais eu un rêve qui avait commencé par un pèlerinage à Jérusalem ou à la Mecque; je ne sais pas au juste si j’étais chrétien ou musulman. A la suite d’une foule d’aventures que j’ai oubliées , je me trouvai rue Jacob, chez M. Pelletier, le chimiste, et dans une conversation que j’eus avec lui, il me donna une pelle de zinc qui fut mon grand cheval de bataille dans un rêve subséquent,plus fugace que les autres et que je n’ai pu me rappeler. Voilà trois idées, trois scènes principales, qui sont visiblement liées entr’elles par les mots pèlerinage, Pelletier,

LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE

pelle, c’est-à-dire par trois mots qui commencent de même, et s’étaient évidemment associés par l’assonance ».

Enfin, j’ajouterai un dernier fait cité par Galton et dont j’emprunterai l’exposition au volume de M. Binet sur la psychologie du raisonnement. « Un des correspondants de M. Galton, le Rév Georges Ilenslow, voit toutes les fois qu’il ferme les yeux et qu’il attend un moment, l’image claire de quelque objet. Cet objet change de forme pendant que M. Henslow le regarde avec attention. En étudiant la série de formes qui se succèdent, on remarque que le passage de l’une à l’autre est fourni tantôt par la relation de contiguïté, tantôt par la relation de ressemblance. Dans une de ces expériences , les images suivantes se présentèrent : un arc — une flèche — une personne tirant de l’arc et n’ayant que les mains visibles — un vol de flèches occupant entièrement le champ de la vision — des étoiles tombantes — • de gros flocons de neige — une terre couverte d’un linceul de neige — un presbytère dont les murs et les toits étaient couverts de neige — une matinée de printemps avec un brillant soleil et une corbeille de tulipes — disparition de toutes les tulipes à l’exception d’une seule — cette tulipe unique de simple devient double— ses pétales tombent rapidement, il ne reste que le pistil — le pistil grossit, les stigmates se changent en trois cordes ramifiées et brunes — un bouton, le bouton se plie, devient une mèche anglaise, puis une sorte d’épingle traversant un morceau de métal, et ainsi de suite ».

M. Brochard a tenté, dans un article que j’ai déjà eu l’occasion de citer, de ramener 1 la loi de similarité à la loi de contiguïté. Son analyse, qui me paraît fort juste en ce qu’elle affirme contre la loi de similarité, concorde avec celle que M. Binet a faite dans son étude de la perception. « On doit concevoir, dit M. Binet, après avoir cité le fait

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