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Binet. Ouvrage cité, p

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association systématique formée par le groupe de phénomènes divers qui vient s’agglutiner autour de la partie persistante du mot ; 2° une association non systématisée de ces différents groupes. Il est facile de voir en tout cela un cas de l’activité relativement indépendante des éléments psychiques, et l’interprétation 11e parait pas douteuse — mais examinons-la particulièrement au point de vue de la loi de similarité : la première partie rentre évidemment dans les associations systématiques, et la ressemblance n’y joue pas un rôle sensible ; étudions la seconde, c’est-à-dire l’apparence de l’ensemble du phénomène.

La ressemblance en pareil cas n’est pas une explication suffisante : pèlerinage ressemble sans doute à Pelletier, mais d’abord l’analyse du phénomène nous a montré que cette ressemblance tient à ce qu’une partie commune aux deux mots a persisté et s’est systématiquement associée successivement des éléments différents — d’un autre côté si pèlerinage ressemble à Pelletier et à pelle, il ressemble aussi à pèlerine, pêle-mêle, etc. Dans la plupart des cas, aucune explication ne peut être donnée d’une manière bien positive pour ces successions incohérentes — mais dans le cas où elle peut l’être — ce n’est pas dans la ressemblance qu’il faut la trouver c’est dans la constitution actuelle de l’esprit telle que l’ont faite les habitudes prises, la persistance ou la force d’une impression récente, etc. — ce sont encore des considérations de finalité, de systématisation qui interviennent. — Il est probable que si une autre personne que M. Maury avait fait un rêve analogue, le chimiste Pelletier 11’aurait pas figuré dans le rêve. On conçoit qu’il soit difficile de toujours préciser les circonstances permanentes ou fugaces qui déterminent l’éveil de telle idée plutôt que de telle autre, alors que cet éveil n’est pas amené par une orientation bien nette de l’esprit , il n’est guère douteux

toutefois que les préoccupations habituelles, ou la vivacité d’une impression récente ne soient des facteurs importants du phénomène , c’est-à-dire que nous retrouvons, d’une manière générale, notre loi d’association systématique, car, étant donné qu’un certain élément persiste dans l’esprit, les états de conscience qu’il éveille, sont précisément ceux qui dans chaque individu ont le plus de facilité pour se coordonner avec lui. Les faits où le mécanisme du phénomène peut être assez bien connu nous permettent d’arriver à des conclusions générales un peu vagues mais qui suffisent à rendre probable notre théorie.

Toutes les associations par ressemblance sont ainsi réductibles à des formes d’activité relativement indépendante des éléments psychiques — on pourrait multiplier les analyses, je pense que ce serait inutile après l’étude que j’ai faite plus haut de ces formes incohérentes de l’activité mentale, et des causes qui favorisent ou contrarient l’activité des éléments psychiques - la forme générale de l’analyse étant donnée. Reste l’association par contiguïté, celle-ci ne paraît pas, tout d’abord, se ramener aussi aisément à des formes de finalité. Avec un peu d’attention il me semble pourtant qu’on peut y distinguer aussi le rôle de l’association systématique. Afin de trouver pour les cas les plus difficiles une explication plausible, commençons par les plus simples, et les plus caractéristiques.

Si la ressemblance et la contiguïté étaient les seuls liens connus de nos phénomènes psychiques, il est un grand nombre de faits bien connus qu’on ne pourrait expliquer. Tout le monde a pu remarquer que, quand une opération suivie était brusquement interrompue pendant quelques instants, il était souvent assez difficile de reconstituer dans l’esprit la scène entière. Si je suis occupé à lire ou à écrire, et si quelqu’un m’interrompt pendant un temps suffisamment long , pour que mon attention se porte tout

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entière sur l'objet de V interruption, il me sera assez difficile de reconstituer la série des états psychiques contigus qui se seront produits en moi. Je me rappellerai bien que je lisais quand on m’a interrompu, mais, à moins d’un intérêt tout particulier, je ne me rappellerai pas très nettement les phénomènes psychiques qui ont immédiatement précédé l’interruption — ou bien si je reconstitue cette série d’idées, l’interruption qui ne s’y rattache pas logiquement mais qui est un phénomène contigu aux premiers, me sortira complètement ou à demi de la mémoire. Si enfin je parviens à reconstituer la scène entière, ce sera par une série de recherches, d’actes de volonté, c’est-à-dire d’associations systématisées. Ces phénomènes qui étaient joints dans le temps, ont été complètement séparés par la différence des orientations de l’esprit auxquelles ils ont pris part, il faut pour les réunir, les rattacher tous les deux à une même attitude mentale — par exemple, à une recherche psychologique. Normalement, il se produit une sorte de trou, ou plutôt de faille dans la mémoire. C’est une faille de cette nature qui se produit entre le rêve et le réveil , et nous en avons vu des exemples. On a remarqué que nous nous rappelons souvent très bien, au moment où nous nous réveillons, le rêve que nous venons de faire — nous sommes encore orientés dans le sens du rêve — mais plus tard, le souvenir a disparu, parce que les habitudes mentales de la veille sont souvent sans relation suffisante de finalité avec le rêve pour en faire revenir l’image — étant donné que la coordination mentale est beaucoup plus vigoureuse quand nous sommes éveillés que quand nous dormons — et la contiguïté, fort réelle, cependant, ne peut rien pour le faire reparaître. Lorsque nous venons à nous ressouvenir d’un rêve, nous oublions bien souvent les phénomènes contigus à ceux du réveil. Si au lieu de s’attacher à des analogies souvent trop superficielles entre

les divers états de la conscience, on avait recherché les causes profondes de l’oubli, la doctrine associationiste n’aurait pas, je crois, pu s’établir — elle ne paraît guère pouvoir rendre compte des faits que je viens de citer, et, qui n’ont certes pas passé inaperçus des psychologues de l’école expérimentale, mais dont la plupart n’ont pas suffisamment tenu compte. Au contraire, les lois de l’association systématique et de la sélection, la théorie qui voit dans tout acte psychique le résultat d’une association d’éléments, et dans l’esprit imparfait de l’homme, la réunion d’un grand nombre de systèmes élémentaires, qui, tantôt s’harmonisent et tantôt se combattent, mais agissent toujours en un sens, chacun pour soi, explique à la fois l’activité normale et l’activité anormale ou pathologique, la règle et les exceptions (ou ce qui devrait être tel.) Si nous ne nous rappelons pas exactement, dans bien des cas, ce qui s’est passé avant une brusque interruption, à laquelle nous ne nous attendions pas, c’est que, l’orientation de l’esprit a subitement changé. A un système psychique, un autre système d’éléments psychiques dynamiquement associés vient se substituer tout d’un coup et, si ces deux systèmes ne se réunissent pas en une unité supérieure, un élément du premier n’éveillera pas le second, ni un élément du second, le premier, du moins en général. On comprend cependant qu’ils puissent se rappeler l’un l’autre, s’ils ont un élément commun ; on a alors une association incohérente dans le genre de celles que nous avons examinées tout à l’heure et qui ont constitué la catégorie des associations par ressemblance ; mais on comprend aussi que les deux systèmes puissent se synthétiser pour différentes raisons, par exemple, si l’on a le besoin ou le désir de se rendre compte de l’emploi de son temps. Il y a une autre raison plus générale : un système psychique en activité, qui a pour un instant la direction générale de l’esprit, ne cesse pas absolument

son activité s’il vient à perdre brusquement cette direction et à y être remplacé par un autre. Son activité est plus faible, moins importante, mais elle peut persister. S’il n’y a pas une inhibition complète, si le nouveau système 11e prend pas toutes les forces psychiques disponibles, les éléments psychiques qui étaient enjeu et qui ne sont pas directement inhibés, persistent tant qu’ils le peuvent en attendant le moment de reprendre le rôle prépondérant. Si je suis en train de lire un livre qui m’intéresse beaucoup et qu’on m’interrompe pour une chose sans grande importance, j’arrête ma lecture, et mon attention est détournée des idées et des émotions que cette lecture suscitait en moi ; mais ces idées et ces émotions ne disparaissent pas complètement, et elles subsistent dans une sorte d’arrière-fonds mental avec une conscience vague, étant reliées à un nombre bien moins considérable d’éléments psycho - organiques. Il est certain que l’état total qui résulte de toutes ces conditions, peut n’être pas du tout le même que si on m’eût interrompu au moment où je lisais un autre livre, ou au moment où j’écrivais une lettre. Or , la coexistence de ces deux systèmes psychiques en activité, suffit bien souvent pour qu’il s’établisse entre eux une certaine coordination plus ou moins marquée — ils sont obligés de s’adaptera un même état de l’organisme et des habitudes psychiques — de plus, un esprit qui est habitué à s’observer, c’est-à-dire à coordonner les impressions mentales qui lui arrivent à chaque instant, les réunit au moins dans des synthèses intellectuelles, et il ne s’agit pas ici évidemment d’une association par contiguïté et ressemblance, mais d’une systématisation réelle. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce cas ; restons pour le moment à la contiguïté de succession.

L’explication que je propose me paraît absolument d’accord avec les belles recherches de M. Delbœuf sur la

mémoire et les conclusions qu’il tire de ses expériences d’hypnotisme. Je rappellerai ici sa conclusion : Après avoir rapporté deux expériences dans l’une desquelles le sujet avait oublié l’acte exécuté pendant le sommeil hypnotique tandis qu’il s’en souvenait dans l’autre , M. Delbœuf ajoute : « Maintenant quelle différence y a-til entre l’expérience du bonnet et celle du cigare, une seule, mais elle est capitale. Dans l’expérience du cigare, le dernier acte du rêve est le premier du réveil, en d’autres termes le sujet est réveillé au milieu d’une action et l’attitude qu’il a prise n’est explicable pour lui, comme pour les assistants, que par la suggestion sous l’empire de laquelle il agit. Dans l’expérience du bonnet, au contraire, quand on réveille le sujet, le rêve est achevé. On a, si je puis ainsi dire, fermé la porte sur le rêve au moment d’entrer dans la réalité. Alors le sujet ne peut renouer le fil interrompu, ou du moins, il n’est pas sollicité à le faire comme quand il se surprend lui-même dans une attitude étrange. Sans doute, la W.... a le bonnet de M. Féré dans sa poche ; elle pourrait, à la rigueur, grâce à cet indice, reconstruire la scène qui s’est passée, et pour ma part, je ne doute même pas que dressée convenablement, elle ne pût y parvenir, dans ce cas et d’autres semblables. Mais elle trouve tout aussi commode et meme plus simple de supposer qu’on lui a mis cet objet dans sa poche pendant son sommeil.

« C’est ainsi que la jeune fille, à qui, sous mes yeux et sous les yeux de M. Taine, M. Charcot a fait au bras une brûlure par suggestion, a pensé qu’elle avait dû se brûler au foyer à gaz qui était allumé. Et au fond cette interprétation fausse n’est-elle pas plus plausible que la véritable ? » h

1. Delbœuf. La mémoire chez les hypnotisés . Revue philosophique, mai 1886, p. 447-448.

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J'ai cité ce dernier paragraphe parce qu’il montre clairement comment la force systématique de l’esprit change l’ordre des phénomènes et les suscite sans avoir égard à leur position dans le temps, c’est-à-dire à leur relation de contiguïté. Par le premier et par les expériences auxquelles il est fait allusion, nous voyons nettement comment la systématisation possible est une condition nécessaire de l’association par contiguïté, c’est-à-dire de l’établissement d’un lien entre les divers termes d’une série de phénomènes psychiques. Les phénomènes passés ne peuvent être rappelés à l’esprit que si on les retrouve en cherchant l’explication des phénomènes actuels, c’està-dire qu'il faut qu’une association systématique s’établisse entre les uns et les autres pour que le souvenir soit possible — on voit clairement que la contiguïté n’y suffit pas, et que l’association par contiguïté, comme l’association par ressemblance, n’est en réalité qu’une forme de l’association systématique.

Mais les expériences de M. Delbœuf et les autres faits de même nature qui se passent à l’état normal, à l’état semi-morbide, ou à l’état morbide, me paraissent conduire à une explication plus profonde de l’association par contiguïté et tout à fait analogue à celle qui nous a rendu compte des associations par ressemblance. Lorsque deux phénomènes qui se sont succédé dans l’esprit ont été associés à un même système psychique, ou bien à une même orientation de l’esprit, il y a des chances pour que ces deux phénomènes se rappellent l’un l’autre — non pas parce qu’ils ont été contigus, mais parce qu’ils se rattachent à deux systèmes qui ont des éléments communs. Les deux expériences de M. Delbœuf nous le montrent bien ; dans l’une nous voyons des états contigus ne pouvant se susciter l’un l’autre, l’orientation de l’esprit a changé et les deux orientations n’ont pas suffisamment d’éléments communs pour que la seconde puisse rappeler

la première, dans le second cas, il n’en est plus de même, les deux orientations successives sont reliées par un môme système d'actes qui commence dans la première et s'achève dans la seconde, et elles sont reliées entre elles par ce système qui est un élément commun aux deux. Si l’on joint à cette raison cette autre raison que les phénomènes successifs sont en réalité souvent unis par un lien logique, on se rendra compte, je crois, delà fréquence relative de cette forme de l’association systématique dont on a fait la classe des associations par contiguïté.

Très souvent, en effet, les phénomènes qui se suivent dans l’esprit ne se suivent pas au hasard, ils sont reliés par des liens logiques qui leur donnent de la cohésion en même temps que de la cohérence — nous avons déjà examiné le cas des idées qui se suivent dans un raisonnement, des images, des sentiments, des actes qui se suivent dans l’hahitude, — dans les formes les plus coordonnées des actes psychiques le fait est trop évident pour qu’il y ait lieu de s’y arrêter, mais dans la rêverie même, dans les rêves, dans les imaginations de la folie il arrive non pas toujours, mais souvent, que les images sont enchaînées les unes aux autres de manière à constituer un ensemble offrant une certaine coordination. Prenons même la série dans laquelle l’esprit et son activité coordonatrice entrent pour la plus faible partie, je veux parler de la série de nos perceptions. .Je ne parlerai pas des cas où nous écoutons un concert, ou bien où nous voyons défiler un régiment, mais même dans beaucoup d’autres cas il y a un lien logique qui permet de rattacher les impressions les unes aux autres et qui fait que l’une d’entre elles pourra susciter les autres ; d’abord il y a un certain classement qui s’opère dans l’esprit, fréquemment tel fait est enregistré par nous comme s’étant passé avant celui-ci, après celui-là, de plus la série a pour nous une certaine importance en tant que série dans une rue

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nous pouvons avoir intérêt à connaître jusqu’à un certain point la suite des maisons, pour trouver celle que nous cherchons ; d’une manière générale la contiguïté est souvent une raison d’intérêt pour nous, et c’est parce que des éléments contigus peuvent avoir, à cause de leur contiguïté, des liens logiques directs ou indirects que l’un deux peut appeler les autres.

Mais l’autre cause de l’association de contiguïté vient souvent s’allier à la première. Il est bien sûr que deux faits qui se passent l’un après l’autre ont des chances pour se trouver liés tous deux à un même système. Je suppose que nous assistions à la représentation d’une pièce de théâtre. Il n’est pas surprenant qu’une partie de la pièce rappelle les autres — les parties réunies formant un tout unifié, bien que quelquefois pas autant qu'on le voudrait. Supposons un incident quelconque en dehors de la pièce qui se produise au premier acte et un autre au dernier acte par exemple ; si ces incidents ont dérangé les acteurs, si d’une manière ou d’une autre ils ont pu se coordonner avec quelques-uns des éléments de la pièce, il n’est pas surprenant que plus tard l’un rappelle l’autre par le moyen des éléments communs (ou associés) auxquels chacun d’eux s’est relié. Oc cas n’est en somme qu’une complication du précédent et la distinction entre les deux 11e peut être absolue. De même nos perceptions successives sont souvent rattachées à une même préoccupation , à un même sentiment. Si nous sommes tristes, nous associons de diverses manières à notre douleur tout ce qui frappe nos sens. Ces synthèses multiples établissent un lien entre les diverses perceptions et leur permettent plus tard de se rappeler l’une l’autre.

Très fréquemment, sans nul doute, tant que la même orientation domine dans l’esprit, tous les phénomènes psychiques qui se produisent en nous sont plus ou moins

rattachés systématiquement aux tendances dominantes ou * à quelques-uns de leurs éléments. L’esprit, nous l’avons vu, ne reçoit que ce qui peut s’adapter à lui, rien n’entre dans l’esprit que sous la forme d’un système, que nous nous en rendions compte ou non. Or, les éléments de ces systèmes sont évidemment les tendances qui dominent en nous au moment d’une perception, d’une idée, d’une volition, etc., ou bien des éléments de ces tendances. Nous avons vu que lorsque l’orientation de l’esprit change, l’association par contiguïté se produit moins à cause de la modification des associations systématiques dominantes ; mais quand ces associations , comme c’est l’habitude ; se maintiennent un certain temps, toutes les perceptions, toutes les idées, tous les sentiments qui se sont produits pendant ce temps-là et ont été reliés à des éléments d’un même système ou de systèmes convergents en gardent une tendance plus ou moins forte, et souvent très faible à se susciter l’une l’autre si le besoin s’en fait sentir. Nous retombons ici dans l’explication générale qui a pu servir à réduire l’association par ressemblance : celle qui s’applique aux cas où des systèmes qui ont une partie commune se succèdent dans l’esprit, pour ainsi dire, autour de cette partie, qui peut d’ailleurs être insuffisamment mise en action pour donner lieu à des phénomènes de conscience.

Il faut remarquer aussi que l’orientation générale de l’esprit persiste souvent un certain temps, que les sous-personnalités , les groupes de tendances , offrent une base très stable aux évènements qui viennent s’y fixer, ensuite que la personnalité physiologique et morale

— et la personnalité physiologique paraît jouer un grand rôle dans la mémoire, comme nous l’avons déjà reconnu

— est plus persistante encore, enfin que certains groupes de tendances persistent en nous indéfiniment. On peut en conclure que la tendance des états de conscience à s’unir d’après des relations de contiguïté est une forme de

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l’association systématique qui doit se présenter assez fréquemment.

Il reste à expliquer l’association par contiguïté simultanée. Nous nous sommes occupés jusqu’ici des états qui ayant été produits successivement se rappellent l’un l’autre ; il s’agit à présent de ceux qui se produisent simultanément. Ce cas paraît comporter des explications analogues à celles que nous avons précédemment exposées. Quand deux perceptions, deux sentiments, deux phénomènes quelconques ont été présents à la fois à la conscience, si l’un d’eux par la suite vient à réveiller l’autre, c’est qu’ils ont ôté associés au même système d’impressions, d’idées, de sentiments, à la même cénesthésie ou à des systèmes ayant des éléments communs. Il y a donc ici encore une association systématique analogue à celles que nous avons vues déjà. Il me paraît bien, en effet, que c’est seulement dans ces conditions que peut s’effectuer l’association des idées. Cette association est d’autant plus forte en général que la systématisation est mieux établie, et quand la systématisation est très faible ou très indirecte, il y a bien des chances pour que le souvenir ne se produise pas. Si l’on est fortement absorbé par un travail, une lecture, on oublie facilement les petites distractions qu’on peut avoir sous l’influence de causes extérieures, si ces distractions n’ont pas de rapport avec l’occupation principale, et si elles ne sont pas assez fortes pour s’attacher par quelque élément au système psychophysiologique en activité, — si, en un mot, la systématisation est aussi faible que la contiguïté est marquée. Qu’une mouche se pose sur notre visage pendant que nous écrivons, nous la chasserons instinctivement, mais le souvenir de ce fait sera généralement faillie et disparaîtra vite : la contiguïté entre le fait de sentir et de chasser la mouche et le fait de lire une phrase et de la comprendre ne paraît nullement suffire pour établir une association entre les deux.

Si, au contraire, la préoccupation intercurrente est assez forte pour entrer dans le moi, pour s’associer à un système important concurremment avec l’action principale, il est beaucoup plus probable qu’il s’établira une association durable entre les deux, association qui sera due non à la contiguïté de simultanéité, mais bien à ce que les deux faits se rattachent à un même système de tendances, c’est-à-dire qu’il s’agit encore ici d’une association systématique. Autant que je puis interroger mon expérience personnelle, lorsqu’un passage d’un livre ou un air de musique fait vibrer en moi un sentiment autrefois éprouvé, il ramène en même temps une notable partie de l’ancien moi que j’étais alors. C’est un ancien système d’impressions et d’idées qui tend à se reformer et s’ébauche vaguement, une manière particulière d’être et de sentir et non pas une impression détachée. Encore dans quelques-uns des cas que je rappelle pourrait-on voir des associations systématiques que je n’ai pas indiquées — le rapport par exemple d’une phrase musicale avec un sentiment déterminé. On voit, en tout cas, que les formes des phénomènes sont dans cette nouvelle forme de la contiguïté, absolument analogues à celles que nous avons déjà vues, et partout, dans les associations par contiguïté simultanée comme dans les associations par contiguïté successive comme dans les associations par ressemblance, c’est l’association systématique que nous retrouvons, et qui nous paraît être la réelle raison de tous les phénomènes.

Nous avons envisagé jusqu’ici l’associationisme au point de vue dynamique, je veux dire au point de vue de la succession des phénomènes de conscience ; on pourrait aussi l’envisager au point de vue statique, c’est-à-dire au point de vue de l’association formée d’états de conscience

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qui se présentent simultanément à l’esprit, la perception, la croyance, le sentiment, sont des états complexes qui se composent de plusieurs éléments, ces éléments sont unis entre eux, et on ne peut guère penser que ce soit par des liens de ressemblance ou de contiguïté. Je n’ai pas besoin d’insister sur ce point après ce qui précède. Rappelons brièvement ce qui peut se rapporter à la perception. « Une perception, dit M. Binet, estle processus par lequel l’esprit complète une impression des sens par une escorte d’images » L Cette définition est très juste et si l’on examine la nature du rapport entre les images associées et l’impression des sens, on trouve qu’il s’agit d’une association systématique 1 2. La théorie de M. Binet, qui fait de la perception un raisonnement et qui y trouve une coordination d’images, s’accorde bien évidemment avec celle que je défends ici. Les images éveillées par une impression extérieure sont celles qui peuvent s’accorder avec elles, et cela est si vrai, que l’impression extérieure ne peut déterminer qu’un fait psychique en harmonie avec ces tendances internes et que ce qui dans les causes extérieures tendrait à déterminer des phénomènes psychiques, dont la systématisation avec les images serait impossible, passe inaperçu et reste sans effet. L’accord des images ne se manifeste pas seulement par le fait de leur synthèse, mais aussi par l’unité d’action qu’elles imposent. La perception d’un objet quelconque comprend des éléments qui nous déterminent à agir dans un même sens ou qui s’unissent au moins pour guider nos actions. Les images tactiles, motrices, etc., qui se joignent aux impressions visuelles pour constituer la perception d’un livre, s’unissent entre elles pour donner de l’unité à

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