Binet. Ouvrage cité, p
2. Une analyse Je la perception ne peut être complète qu’en s’appliquant aussi à ce rapport.
nos actes, la systématisation dans ces actes qui résultent des perceptions • ou qui sont coordonnés par elles, est un signe, une preuve et un résultat de la systématisation dans les impressions. Sans doute, dans la folie, dans certains états de l’esprit mal formé, chez les enfants, chez les sauvages, dans le rêve, dans l’illusion, l’harmonie des impressions et des images est moins complète, mais elle ne disparait pas, et d’ailleurs ce n’est pas sur les phénomènes inférieurs que nous devons nous régler pour nous faire une idée de la nature essentielle de l’esprit. On pourrait appliquer à tous les autres phénomènes qui sont à la fois unifiés et complexes, ce qui s’est dit des perceptions, mais nous ne ferions guère ici que répéter ce que nous avons déjà dit. Il’ n’y a pas là de difficultés sérieuses et tout paraît bien converger vers les résultats principaux que nous avons déjà obtenus au sujet de la nature et du rôle des associations par contiguïté et ressemblance.
Ainsi les associations par contiguïté et ressemblance nous apparaissent simplement comme des formes particulières de la loi d’association systématique — elles résultent toutes les deux de l’activité successive d’éléments psychiques rattachés plus ou moins indirectement à un même système au moyen d’un ou de plusieurs systèmes intermédiaires. De plus , nous avons vu qu’elles sont parfois des formes plus simples du même mode d’association ; il est des cas où nous avons besoin d’associer des idées , des perceptions , etc. , semblables ou qui ont été autrefois contiguës. Mais le fait contraire se montre aussi. Le travail de l’esprit consiste souvent à détruire les associations par contiguïté ef'ressemblance qui ont pu se former pour les diverses raisons que nous avons énumérées, à abstraire, à briser pour ainsi dire les perceptions, les idées etc., et à composer avec les
LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
abstraits ainsi formés des systèmes divers aussi bien harmonisés que possible. Toutes les impressions que l’homme reçoit sont perçues par un appareille système nerveux qui les analyse et les synthétise ensuite, non pas selon la ressemblance ou la contiguïté, mais, surtout dans les formes les plus élevées et les plus typiques, selon une loi de finalité, dont le résultat est la formation d’un système interne moins imparfait , et une systématisation moins incomplète des rapports de l’organisme avec son milieu animé et inanimé. Nous apprenons, par exemple, la table de Pythagore et nous récitons de suite tous les produits des neuf premiers nombres , mais une telle acquisition ne nous servirait de rien, ou serait presque vaine si nous ne brisions absolument le lien de contiguïté qui existe entre les différents produits et si nous n’avions à notre service, tout prêt, le produit dont nous avons besoin à un moment déterminé, c’est-à-dire celui qui peut se systématiser avec un ensemble donné de phénomènes et former avec lui un tout unifié. De même, dans tous les objets que nous percevons, nous isolons tous les caractères, les lois dont ils se composent et nous faisons de ces lois et de ces caractères des synthèses que la réalité ne nous donne pas directement, mais qui nous sont indispensables. Ainsi quelquefois, c’est le côté numérique seul que nous envisageons. Si, avant de partir pour une promenade, je calcule le nombre de kilomètres que j’ai à faire, afin de bien combiner l’heure du départ, l’heure de l’arrivée, l’heure du retour, il n’est pas nécessaire, il est même nuisible que je me représente d’une manière concrète le terrain que je vais parcourir (étant donné que la route est partout également bonne ou à peu près, ou que je tiens compte des différences dans mes raisonnements abstraits). Je n’ai à prendre en considération que cette qualité abstraite, la dimension en longueur de la route, qui seule peut me servir en ce moment. Je brise par conséquent, un nombre
indéfini d’associations par contiguïté et ressemblance, afin de ne garder qu’une qualité isolée qui, dans cet état, n’a point de réalité objective (en tant que séparée des autres) mais qui est plus apte à se systématiser avec les autres états de conscience éveillés en moi. L’abstraction, dont le rôle dans la vie psychique est si considérable et si essentiel, et les combinaisons des abstractions qui forment presque toute la vie mentale de l’homme ne sont possibles que par la rupture ou l’inhibition des nombreuses associations par contiguïté et ressemblance qui existent dans les perceptions et par leur remplacement par des associations qui s’enchaînent selon la loi de systématisation et de finalité.
Certains faits, en nous montrant, par exemple, la trop grande persistance des associations par contiguïté, viennent à l’appui de ce qui précède. Le docteur Leyden était remarquable par sa mémoire. «Je fus informé, dit Abercrombie, par une personne qui était intimement liée avec lui qu’il pouvait répéter correctement un long acte du Parlement ou tout autre document semblable, après l’avoir lu une seule fois. Un de ses amis, le félicitant, à une occasion, de sa remarquable faculté à cet égard, il répondit qu’au lieu d’être un avantage, c’était parfois une source de grands désagréments, ce qu’il expliqua en disant, que lorsqu’il désirait se rappeler un point particulier dans quelque chose qu’il avait lu, il ne pouvait le faire qu’en se répétant à lui-même le document entier, à partir du commencement, jusqu’à ce qu’il arrivât au point qu’il désirait se rappeler» b Ici, l’association par contiguïté, qui, d’ailleurs est visiblement sous la dépendance d’associations systématiques, est beaucoup trop forte pour permettre aux autres associations systématiques, de s’effectuer régulièrement, elle ne peut être brisée, les fragments
1. Abercrombie. Inquiries concerning the intellectual poioers, etc., p. 74.
LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
ne peuvent s’isoler pour entrer dans de nouveaux systèmes, ou ne peuvent le faire qu’avec une grande difficulté.
Toutefois, des faits de ce genre, comme les exemples de personnes qui peuvent retenir des séries de mots, qui ne paraissent pas avoir de lien logique, sont également propres à nous montrer la force des associations par contiguïté, et cela nous amène à prendre maintenant la question au point de vue positif.
Jusqu’ici, en effet, je me suis surtout occupé de discuter la façon dont on avait interprété les relations de contitiguïté et de ressemblance, et l’importance qu’on leur avait attribuée ; j’ai tâché de montrer que ces lois n’étaient que des formes de la loi d’association systématique, et qu’elles ne pouvaient servir à exprimer, au point de vue de la psychologie générale, l’activité de l’esprit. Mais nous pouvons y voir ce que nous avons trouvé dans la loi du contraste : des formes particulières d’une loi générale, avec cette différence, que la loi du contraste paraît exprimer des phénomènes plus essentiels au fonctionnement normal de l’esprit. Les lois de ressemblance et de contiguïté, n’en ont pas moins, si on les entend bien, un certain rôle dans le fonctionnement de l’esprit ; ce rôle ayant été plutôt exagéré que méconnu, il m’a paru inutile de le développer ici ; on le trouvera longuement étudié dans les ouvrages de Bain , dont j’ai critiqué la tendance générale et certaines interprétations, mais dont les analyses minutieuses et les descriptions exactes , ont rendu de grands services à la psychologie, comme j’ai eu plusieurs fois à l’indiquer dans le cours de ce travail. Je me borne à rappeler les raisons essentielles qui expliquent les associations par ressemblance et contiguïté, et qui sont la coordination psychique en général, et secondement, cette forme de coordination psychique, ou nous voyons deux éléments qui ne sont pas en rapport de finalité, reliés à un môme
système, ou bien à des systèmes rattachés à une même orientation de l’esprit, ou bien encore, ayant une certaine partie commune autour de laquelle ils se succèdent. Les associations par contiguïté et ressemblance se ramènent aussi à une forme assez analogue à celle de l’association par contraste — mais les circonstances qui les produisent ne sont pas les mêmes. Il ne paraît pas douteux que l’association par contraste ne soit plus essentielle, plus importante au point de vue de la vie de l’esprit.
RÉSUMÉ ET CONCLUSION