Id. ph
directement penser à ce que j’avais vu ou à ce que je verrais probablement. Cette habitude de l’esprit dura pendant les cinq années de voyage : Je suis sûr que c’est cette discipline qui me rendit capable de faire ce que j’ai fait dans la science » l.
Au retour du voyage , la personnalité était formée, elle se maintint et se fortifia ; il vécut très retiré (ce à quoi contribua d’ailleurs l’état de sa santé) ; la science occupa sa vie entière. « Ma principale occupation et la meilleurs source de mes jouissances ici bas provient de mes travaux scientifiques , la passion excitée par ces études me faisant oublier ou chassant mes malaises. Je n’ai rien à signaler pendant le reste de ma vie (après son mariage et son installation à Down en 1842), si ce n’est la publication de mes nombreux ouvrages ». On sait le nombre et l’importance de ces travaux — ils ont valu à leur auteur une place parmi les plus grands philosophes naturalistes de tous les siècles. Si l’on songe que la santé de Darwin était déplorable, que « pendant quarante ans il n’eut jamais un jour de bonne santé comme les autres hommes 2, » et qu’il était obligé déménager continuellement ses forces et de suspendre souvent ses occupations, on comprend combien ces obstacles à vaincre rendent admirable la grandeur de l’œuvre, et la force qu’avait acquise cette personnalité scientifique, dont nous avons vu les débuts , les tâtonnements et la formation progressive. Pour rendre compte de la grandeur de l’association systématique générale qui se manifeste dans un tel esprit, il faut remarquer aussi le nombre d’ouvrages qui relèvent d’une même habitude de l’esprit, et dont chacun suppose un nombre indéfini de recherches, d’observations, d’expériences, de réflexions, de raisonnements, qui