‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 127 sur 133 · Id., p · texte numérisé non relu

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l’esprit

SYNTHÈSES CONCRETES

tous convergent vers un même but et qui tous se composent d’une quantité innombrable d’éléments secondaires dont l’association systématique les rend aptes à entrer dans ces synthèses supérieures.

Naturellement l’inhibition systématisée se produit en même temps que l’association, — chacune de ces images, chacune de ces idées, chacun de ces sentiments qui ont pour fin l’observation, l’expérience, la recherche, la théorie scientifique arrête d’autres idées, d’autres sentiments qui auraient pour fin soit la chasse, soit l’émotion esthétique, soit toute autre occupation (sans parler des inhibitions qui se produisent dans le champ même de la recherche scientifique), et ces inhibitions partielles ont fini par produire parallèlement au développement des associations systématiques, des inhibitions générales systématisées — peu à peu toutes les forces de l’esprit convergent dans le même sens, et des modes d’activité, jadis en pleine vigueur, languissent et disparaissent. Nous avons déjà vu comment le goût de Darwin pour la chasse s’était affaibli , ses autres goûts témoignent d’une dissolution progressive analogue. L’association par contraste se manifeste de temps en temps par les regrets que lui cause la perte de telle ou telle source de plaisir. « Il regrettait souvent que la jouissance qu’il retirait de la musique se fut affaiblie avec l’âge », il l’écoutait encore avec quelque plaisir, mais la passion dominante avait vaincu les autres, et elle se manifestait ici par un trait bien

1. On pourrait étudier dans le même sens la genèse des principales théories de Darwin, par exemple la théorie de la transformation des espèces par le moyen de la sélection naturelle. J’ai ébauché ce travail ailleurs — et montré que le même procédé général se trouve dans la genèse de l’œuvre d’art (en prenant, pour exemple l'histoire du roman d’Adam Bede, raconté dans George Eliot's life , by lier husband G. Cross), mais la vie et la correspondance de Darwin n'avait pas paru h cette époque, et il serait aujourd’hui possible de préciser bien plus que je ne l’ai fait. (V. Revue politique et littéraire, lor semestre 1886.)

caractéristique et que j’ai déjà signalé. « La musique, écrivait Darwin, me fait en général penser trop fortement au sujet que je viens de travailler, au lieu de me donner du plaisir » *. Pour ses autres goûts, en général, voici comment Darwin constate leur affaiblissement ou leur disparition :

» J’ai dit que mon esprit, à un certain point de vue, avait changé pendant les dernières vingt ou trente années. Jusqu’à l’âge de trente ans ou environ, les poésies de tout genre, telles que les œuvres de Milton, Gray, Byron, Wordsworth, Coleridge et Shelley me procurèrent un vif plaisir. Shakespeare fit mes délices, principalement par ses drames historiques, lorsque j’étais écolier. J’ai dit aussi que la peinture, la musique surtout, me donnaient d’agréables sensations. Maintenant, depuis un bon nombre d’années, je ne puis supporter la lecture d’une ligne de poésie ; j’ai essayé dernièrement de lire Shakespeare, et je l’ai trouvé si ennuyeux qu’il me dégoûtait.

» J’ai aussi presque perdu mon goût pour la peinture et

la musique J’ai conservé quelque goût pour les beaux

paysages, mais leur vue ne me donne plus la jouissance exquise que j’éprouvais autrefois » 1 2.

Darwin a bien vu aussi qu’une habitude mentale avait tout envahi dans son esprit, et il avait là une belle occasion d’appliquer sa théorie de la concurrence vitale et de la sélection naturelle, mais il ne paraît pas avoir considéré les choses à ce point de vue. « La curieuse et lamentable perte des goûts plus esthétiques que j’ai éprouvée, dit-il, est d’autant plus bizarre que les livres d’histoire, les biographies et les voyages (indépendamment des faits scientifiques qu’ils peuvent contenir), les essais sur toutes sortes de sujets m’intéressent autant qu’autrefois. 11 me

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