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CHAPITRE IV

L’esprit et le momie extérieur.

Il nous reste à vérifier la troisième partie de notre définition de l’esprit, et, pour cela, à étudier les rapports de l’esprit et du inonde inorganique, ou, en général, du milieu cosmique. L’esprit est doublement en rapport, par la perception et l’intelligence d’une part, par l’activité motrice d’autre part (et ces deux modes se réunissent généralement, la perception étant accompagnée de mouvement, et le mouvement de perception), avec le monde qui l’entoure. Le monde extérieur agit sur l’esprit et l’esprit réagit sur lui, — nous ne saurions avoir une idée suffisamment complète de l’esprit si nous n’examinions pas brièvement les caractères généraux de cette double action.

Dans le chapitre précédent, j’ai indiqué les éléments sociaux de la perception. La perception renferme aussi d’autres éléments ; par son intermédiaire, le monde extérieur agit sur nous, non pas seulement en tant qu’il a été modifié par l’intervention de l’homme et par les qualités qu’il doit à cette intervention, mais aussi par ses qualités propres. De plus, l’activité sociale ne peut agir sur le monde organique et inorganique que selon les propriétés de la matière organisée et de la matière non organisée, — ■ il y a donc, à ce double point de vue, une influence du monde sur l’esprit.

D’abord, c’est le monde extérieur qui a rendu l’organisme possible, et par suite l’esprit, c’est lui qui fournit ses matériaux à la synthèse psychique. Notre science

n’est que la connaissance incomplète de la nature, notre art même n’est à certains égards que son imitation, et en tout cas son interprétation par la personnalité psychique. Toutes les définitions de l’oeuvre d’art — homo additus naturæ, l’œuvre d’art est une altération systématique de rapports réels, l’œuvre d’art est un coin de la réalité vu à travers un tempérament, — le constatent. Mais, d’un autre côté, l’homme réagit sur la nature en l’interprétant, il la refait après l’avoir comprise, il la modifie après s’être modifié d’après elle, et après l’avoir reconstituée par son esprit d’après certaines données qu’il lui emprunte il la transforme idéalement par des théories abstraites scientifiques ou philosophiques, il la transforme réellement par la mise en pratique de ces théories qui d’ailleurs précède parfois leur connaissance abstraite.

La première opération est la mieux reconnue — il n’est pas utile de démontrer longuement que l’homme observe et étudie la nature, qu’il tâche de reproduire par ses idées l’ordre abstrait de ses perceptions réelles ou possibles ou des perceptions réelles ou possibles d’observateurs réels ou implicitement supposés. Il est bien clair que par la science et la philosophie, le monde extérieur tel qu’il peut apparaître à un sujet sentant et pensant est plus ou moins fidèlement représenté dans notre esprit. Cette adaptation de l’homme au monde, cet établissement de relations internes correspondant â des relations externes qui, d’ailleurs offre des aspects peu connus et des points de vue curieux, a été magistralement étudiée par M. Spencer dans ses Principes de psychologie. Le grand philosophe anglais y a vu la caractéristique principale de l’esprit en général, nous nous sommes placés ici à un point de vue différent, mais nous n’en pouvons pas moins accepter comme aussi exactes qu’ingénieuses , la plupart de ses constatations et de ses généralisations secondaires, en ce qui concerne le point que je viens d’indiquer.

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Mais l’autre côté de la question est au moins aussi important si ce n’est davantage. En effet, d’abord la phase de réception et d’élaboration a pour principal office de préparer la phase de réaction , la première ne se comprend pas plus sans la seconde que la seconde sans la première et l’ensemble des deux forme un tout indivisible. Le savoir, instinctif ou conscient, est la condition de l’action, la perception est le premier terme de l’acte. Je ne reviens pas sur ce côté de la question qui a déjà ôté examiné, je n’insiste p.as non plus sur ce fait important longuement étudié dans un chapitre précédent : toute perception et tout acte de l’esprit impliquent déjà une réaction mentale et portent la marque de la personnalité. Mais nous devons considérer la réaction de l’esprit sur le monde extérieur et les caractères principaux de cette réaction.

L’homme est une sorte de foyer où l’univers sè rencontre pour s’organiser. Les choses les plus éloignées, celles qui dans la nature n’ont entre elles aucun rapport appréciables, sont ainsi rapprochées, mises en relation et convergent en somme vers une même fin. Les rayons lumineux que nous envoie l’étoile polaire, ou bien encore l’effet de la force magnétique terrestre sur une aiguille aimantée, viennent se combiner dans l’esprit d’un homme avec les images vagues de contrées inconnues, avec les désirs de gains problématiques, avec les impressions tactiles et visuelles de différentes parties d’un vaisseau, et des excitations physiques arrivées de régions si éloignées et provenant d’objets que rien encore n’avait rattachés les uns aux autres, déterminent des séries de phénomènes psychiques systématisés et sont ainsi associées, par le fait de l’intervention humaine, pour diriger la marche d’un vaisseau. D’autres excitations , semblables à certains égards, différentes à beaucoup d’autres, viennent se combiner encore dans un esprit d’homme et déterminent

des séries de pensées, des séries d’actes qui conduisent aux découvertes des voyageurs, aux explorations, à la conquête de pays nouveaux, et de nouvelles richesses et les excitations venues des points les plus éloignés du monde se trouvent ainsi, grâce à l’esprit de l’homme qui les recueille, les rassemble, les analyse et les synthétise, converger vers une série d’actes individuels et de faits sociaux dans la formation desquels elles sont un facteur souvent inaperçu mais parfaitement appréciable.

Tous nos actes impliquent ainsi la convergence et la réunion d’un nombre plus ou moins considérable de phénomènes physiques qui, sans l’homme, restaient, non pas peut-être absolument sans action réciproque, mais sans action appréciable. Ici les « relations externes » dépendent des « relations internes » et se modèlent sur celles-ci.

Si l’on considère le nombre incalculable de perceptions plus ou moins conscientes qui interviennent à chaque moment pour diriger nos actes, on comprendra l’importance de cette synthèse d’excitations venues du dehors, qui est opérée par l’esprit auquel elles arrivent. Les formes, les couleurs, les sons, la résistance des objets, nous aident constamment à diriger tous nos actes, depuis la marche, jusqu’aux opérations les plus compliquées et dans chaque cas nous trouvons ce fait général : des phénomènes naturels (au sens le plus général, n’excluant pas l’intervention de l’homme), sans rapports entre eux, sont réunis par l’esprit et servent à donner de l’unité, de la régularité à nos actes. L’homme tire parti, pour son utilité, pour son agrément, c’est-à-dire en somme pour la systématisation plus ou moins importante de sa vie, d’une quantité innombrable de faits naturellement séparée, réunis et synthétisés en lui et par lui. L’homme est une sorte de microcosme , un miroir où le monde se reflète, mais un miroir où il s’organise et s’unifie. Ce

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n’est pas seulement au sens de l’idéalisme subjectif qu’on peut dire, avec Schopenhauer, que couper une tête c’est détruire un monde. Quoi qu’on pense de la réalité du monde extérieur, une tête est un monde condensé et coordonné, plus ou moins riche, plus ou moins bien organisé, mais qui toujours synthétise ce qui était naturellement séparé, ce qui pouvait sembler destiné à l’être toujours et qui l’aurait toujours été sans l’homme. Chaque fois qu’un esprit se dissout, les objets qu’il réunissait en lui seul retournent à leur isolement.

On pourrait reprendre ici l’antique thème des causes finales, et les exagérations les plus étranges deviendraient raisonnables par la différence de l’interprétation. Je renvoie mes lecteurs, pour les faits, à Fénelon et à Bernardin de Saint-Pierre, ils verront, sinon comme toutes choses ont été admirablement disposées pour l’homme, au moins combien l’homme a su tirer parti ou pourrait tirer parti d’un grand nombre de choses , — et depuis Fénelon et Bernardin de Saint-Pierre le nombre s’est augmenté de ces harmonies qui n’ont pas été faites pour l’homme, mais que l’homme a créées, instinctivement ou avec réflexion, grâce au progrès de la science et de l’industrie, aux nouvelles inventions qui ont mis à sa disposition et lui ont permis d’employer des forces auparavant inconnues ou méconnues comme la vapeur et l’électricité, et développer de mille autres manières celles qu’il connaissait déjà.

La finalité n’est pas dans le monde (au moins au sens ordinaire du mot , — nous examinerons plus tard la question à un autre point de vue), ce n’est pas le monde qui a été modelé pour l’homme et adapté d’avance à lui, c’est l’homme qui s’est formé d’après le monde, qui s’esfc développé conformément à ses conditions d’existence, c’est-à-dire de la seule manière qui pût rendre le développement possible. Il faut donc renverser les termes de la croyance ordinaire aux causes finales — mais le fait

même de la finalité, entendue au sens positif comme convergence d'une certaine quantité de faits vers une fin unique, vers des résultats harmoniques, est absolument indiscutable. Seulement c’est l’homme, ce système de parties qui toutes sont « réciproquement moyens et fins, les unes par rapport aux autres », c’est l’homme qui produit réellement toute cette finalité que l’on a cru reconnaître dans le monde et, parmi les hommes chacun produit dans le monde une finalité particulière , d’autant plus grande que la personnalité est plus élevée — toutes choses égales d’ailleurs. La finalité, la convergence existe pour chacun de nous en particulier, variant d’un homme à l’autre avec le genre de vie, avec la puissance synthétique, avec les conditions d’existence de chacun, et elle existe aussi pour les êtres animés qui tous, chacun à sa manière, chacun selon ses forces, synthétisent aussi les impressions faites sur eux par le monde extérieur et s’en servent pour donner de l’unité à leur conduite. L’oie, comme l’homme introduit de la finalité dans le monde, elle utilise même la résistance de l’air d’une manière que nous n’avons pu imiter encore, mais cette finalité est relativement très imparfaite parce que le système qui la produit est inférieur, relativement aussi bien coordonné peut-être, mais infiniment moins complexe et moins riche en éléments.

Nous avons jusqu’ici considéré la synthèse du monde extérieur comme s’opérant dans l’homme, et ne se manifestant au dehors que par l’unification de l’activité humaine, mais cette activité modifie d’une manière plus ou moins importante le monde extérieur lui-même, l’adaptation de l’homme au monde lui permet d’effectuer l’adaptation du monde à l’homme; le point central, l’appareil synthétique reste d’ailleurs le même, il est l’esprit dans les deux opérations.

Cotte modification du monde extérieur par la main de l’homme est peut-être plus considérable qu’on n’est

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généralement porté à le penser, mais il suffit d’un peu d’attention pour la reconnaître et en comprendre l’étendue. Depuis la modification du sol par le labourage, depuis l’acte de cueillir un fruit jusqu’au creusement des canaux, jusqu’au percement des isthmes, nous avons toute une série de modifications, dont quelques-unes sont très considérables, qui proviennent du travail de l’homme et contribuent à augmenter cette finalité que l’homme a su introduire dans le monde — et les instruments avec lesquels l’homme produit ces modifications, sont dûs eux-mêmes à des modifications préalables. Le monde est ainsi plus ou moins bouleversé ; les objets sont rapprochés, combinés, éloignés, pour rendre la finalité moins imparfaite. La table sur laquelle j’écris, formée du bois d’arbres coupés, sciés, a été travaillée de différentes façons avec des outils formés en partie du bois d’un autre arbre, en partie d’acier — et l’acier aussi a une longue histoire. L’encrier dont je me sers, l’encre avec laquelle j’écris, mon porte-plume, ma plume, tout cela représente une quantité considérable de modifications du monde extérieur , essayez de calculer celles que représentent l’établissement d’une ligne de chemin de fer ou le percement de l’isthme de Suez. Chacun de nos actes occasionne généralement un remaniement plus ou moins grand des corps qui constituent le monde extérieur, et il n’est rendu possible que par les remaniements précédents qui ont mis à notre portée les objets dont nous nous servons continuellement (vêtements, outils, etc.) comme il rend lui-même possible ceux qui viendront après lui. En fait, toutes les actions que le monde extérieur dirige par la concentration et la synthèse des impressions qu’il produit, conduisent à le modifier lui-même et d’une manière non pas absolue, mais générale, à augmenter sa finalité par rapport à l’être (homme ou animal quelconque) dans lequel il vient se concentrer. Je dirais presque que le

monde extérieur se modifie lui-même, s’unifie par le moyen de l’homme, — si ce n’était pas à l’homme que revient, en somme, la part la plus importante de cette évolution, et je dirai plutôt que l’homme synthétise les impressions qui lui arrivent du monde extérieur et s’en sert pour l’adapter à lui. Les relations internes ne correspondent aux relations externes que pour que celles-ci à leur tour viennent se conformer à celles-là, et si Ton peut dire que l’homme ne commande à la nature qu’en lui obéissant, il faut ajouter qu’il ne lui obéit guère que pour lui commander.

Les synthèses internes et les réactions se compliquent réciproquement. Les premières observations faites par l’homme lui permettent de fabriquer des instruments, d’améliorer ceux qu’il a — d’un autre côté, ces instruments une fois fabriqués, lui permettent de continuer, de perfectionner ses observations. A mesure qu’il connaît mieux le monde, il peut mieux le modifier ; à mesure qu’il peut mieux le modifier, il peut mieux le connaître, et comme chaque connaissance nouvelle constitue un accroissement de la finalité du monde, par rapport à l’être qui acquiert cette connaissance, par rapport aux autres êtres qui la reçoivent de lui ou qui en profitent indirectement, comme chaque modification du monde constitue également un accroissement tout à fait analogue de la même finalité, comme toute connaissance et toute pratique nouvelle sont, toutes choses égales d’ailleurs ou équivalentes, un perfectionnement de l’esprit, la supériorité de l’esprit et la systématisation du monde par rapport à cet esprit, se développent simultanément — toujours en tenant compte de la même condition.

Du reste, c’est toujours dans l’esprit que la finalité, que l’organisation, en tant qu’elle nous intéresse ici, continue à résider. En effet, les systèmes d’objets que l’homme forme n’ont pas leur fin en eux-mêmes ; livrés à eux-mêmes,

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ils ne signifient plus rien et ne présentent qu’une harmonie factice, incapable de s’entretenir elle-même ou tout à fait rudimentaire. Une montre a bien une sorte de vie indépendante, mais combien courte, précaire et insignifiante sans l’homme, et incapable de se prolonger ou de se reproduire. La finalité que l’homme introduit dans la nature est purement relative à l’homme lui-même ou peut-être aussi à quelques animaux — ce n’est pas à dire qu’il n’y ait pas dans la nature quelque finalité différente de celle-là, analogue à quelque degré à celle que nous trouvons en l’homme, différant par conséquent tout à fait de la finalité du déisme ; mais ce n’est pas le travail de de l’homme qui la développe ou la suscite.

Enfin, il faut remarquer que ce que j’ai attribué ici à l’esprit de l’homme, est en réalité une œuvre sociale. Presque toutes ou toutes les modifications dont j’ai parlé, sont non seulement rendues possibles par l’activité sociale en général, mais aussi directement effectuées par une association de travailleurs. Cependant, si l’on tient compte de ce que la synthèse subjective du monde est une opération facilitée et déterminée par le milieu social, mais, en somme, une opération individuelle , de ce que l’activité sociale est une synthèse d’actions individuelles et surtout de ce que l’idée première, l’invention qui conduit à la modification nouvelle, se produit d’abord chez un ou plusieurs individus, travaillant chacun plus ou moins isolément — on ne verra, je pense, aucune objection grave, au fait, de rapporter à l’esprit en général la finalité du monde, toutes réserves faites sur la part qui revient à l’action sociale en tant que telle.

Sous le bénéfice de ces réserves, nous pouvons maintenir la troisième partie de notre définition et dire que l’esprit est une synthèse d’éléments fournis ou modifiés par le monde extérieur ; c’est dans l’esprit et par l’esprit que s’accomplit en tant qu’elle peut s’accomplir, la synthèse

du monde. Cette synthèse a deux formes principales qui se coordonnent et s’enchevêtrent ; d’un côté, l’esprit fait servir des objets très différents et sans rapports objectifs appréciables entre eux, à diriger sa conduite et à lui donner de l’unité ; de l’autre, il modifie le monde extérieur pour l’adapter à l’homme et augmenter la systématisation des actions humaines. Cette harmonie entre l’homme et son milieu que produisent ces deux formes et leurs combinaisons, cette finalité, pour ainsi dire, reste toujours relative à l’homme, ou plus généralement à l’esprit qui la produit, c’est dans l’esprit que réside le principe de la finalité — l’esprit est une synthèse de phénomènes cosmiques, il est le point central de la synthèse du monde.

CONCLUSION

Les trois termes de notre définition de l’esprit ont été expliqués et développés, l’esprit est essentiellement une activité synthétisant des éléments organiques et psychiques en vue d’une fin sociale, déterminée par le fonctionnement de la société dont il est lui-même un élément, et synthétisant aussi des produits sociaux et des éléments cosmiques. Cette opération, qui dans tous les cas que nous connaissons reste toujours plus ou moins imparfaite, s’effectue selon le mode que nous avons examiné par les affinités des éléments psychiques, développées ou retenues selon les lois de l’activité mentale, dontles deux principales sont l’association systématique et la loi de l’inhibition systématisée. Les éléments psychiques dont nous avons étudié au début de cette étude le mode d’activité, sont à la fois des synthèses organiques et des produits sociaux ; pour exprimer les choses un peu en gros, l’organisme fournit la matière de ces éléments, l’influence sociale leur donne la forme ainsi que le milieu extérieur considéré à un point de vue général. L’esprit est la synthèse de ces éléments psychiques, — synthèse dont la forme est déterminée également pour une bonne part, par le milieu social surtout et aussi par le milieu en général. Les lois de l’esprit sont les modes généraux selon lesquels les éléments psychiques se combinent pour permettre à l’activité sociale d’agir sur l’esprit, pour permettre à l’esprit d’entrer comme élément dans l’activité sociale, pour lui permettre également à la fois de mieux s’adapter à son milieu et de mieux adapter ce milieu à lui. A mesure que l’esprit se complique, à mesure que la société progresse — ce qui n’arrive pas

toujours, il s’en faut, mais ce qui arrive quelquefois. — les rapports entre ces trois groupes : le monde, l’esprit, la société deviennent de plus en plus étroits, de plus en plus nombreux, de plus en plus harmonisés. La systématisation totale s’accroît et décroît selon les périodes d’évolution et de décadence, avec la croissance et la mort des hommes et des peuples. L’homme fait profite de la société et du monde extérieur, il sert à la coordination de la société et à celle du monde extérieur, d’une manière que ne connaissait pas l’enfant et que ne connaîtra plus le vieillard, de même une civilisation à son apogée a des coordinations scientifiques, industrielles, esthétiques, qu’elle ne connaissait pas à son origine et qu’elle oubliera à son déclin, et qui seront peut-être perdues pour toujours après elle b

1. La finalité de la religion ou de la philosophie du théisme, si elle était réelle, ce qui me paraît très improbable, ne serait qu’un cas particulier de celle que nous avons reconnue dans le monde, le cas où tous les éléments du monde, du moins important au plus complexe seraient réfléchis et coordonnés par un esprit qui donnerait une place à chacun d’eux dans un consensus général. Pour le panthéisme, la finalité du monde serait conforme à celle de l’esprit même, les éléments du monde convergeraient d’eux-mêmes vers une sorte de vie de l’ensemble. Il se pourrait que le panthéisme faux aujourd’hui devint vrai un jour — mais rien ne nous autorise à croire qu’il en sera réellement ainsi . Quant au théisme, la notion de l’esprit et de la conscience sans organisme qu'il implique, sinon logiquement du moins en général, est un de ses défauts les plus graves.

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