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CHAPITRE PREMIER

Les Éléments psychiques.

Tout fait psychique est un système, une synthèse d’éléments plus ou moins bien coordonnés : que nous prenions une sensation de l’ouïe ou de la vue, une idée, un sentiment, une vohtion, nous trouvons toujours que ce phénomène est complexe et que les éléments en sont coordonnés de quelque manière ; c’est une loi de l’esprit qu'aucun phénomène psychique ne peut se produire avec des éléments totalement incoordonnés, — et c’est à la coordination même que le phénomène doit son unité. Nous étudierons plus tard en détail cette loi de systématisation et ses diverses formes — mais nous ne l’envisageons ici qu’au point de vue de la manière dont un fait psychique est composé.

Les phénomènes psychiques diffèrent beaucoup sous le rapport de la complication, de la complexité, et les éléments seront de nature diverse selon le composé qu’on examinera : dans l’audition d’un accord, par exemple, ces éléments sont des sensations auditives ; dans la vision d’un tableau ces éléments sont des. sensations visuelles, auxquelles s’associent des images et des idées ; dans la volition ces éléments sont des idées, des images motrices,

LA VIE DES ÉLÉMENTS PSYCHIQUES

dos impulsions, etc. Nous examinerons plus loin en détail ces différentes classes de faits psychiques ; pour le moment nous devons étudier la vie des éléments psychiques et tâcher de préciser, non pas tant comment ces éléments se groupent, que l’existence des éléments psychiques et ce qu’il faut entendre par ce mot.

Il y a plusieurs sortes d’éléments psychiques — comme il y plusieurs sortes d’éléments sociologiques. Est-ce l’homme, est -ce la famille qui représente l’unité dont la société est faite ? C’est l’un et l’autre, et cela varie selon l’époque et la société, selon que la famille est plus ou moins forte, selon que l’individu est plus ou moins indépendant, on peut avoir des éléments sociaux divers, les familles peuvent aussi s’agglomérer en tribus, les individus en associations diverses, en partis, — toutes ces formes secondaires de la vie sociale ont une vie en quelque sorte indépendante, ou peuvent l’avoir en certains cas. Sans doute, l’élément dernier de l’organisme social est l’individu — mais entre l’individu et le tout, il y a différentes petites organisations , différents systèmes moins complexes qui jouent leur rôle dans la vie du tout, qui sont de véritables éléments sociaux, les uns plus complexes, les autres moins, ayant leurs tendances propres, leurs opinions, leurs désirs, leurs passions qui se combinent ou se combattent et donnent à l’ensemble qui les réunit, selon la nature de leurs rapports, l’aspect de l’unité ou l’aspect de l’incohérence.

En psychologie, nous trouvons des combinaisons secondaires analogues , des éléments psychiques , synthèses d’éléments plus simples, éléments actuels ou possibles de synthèses supérieures et de la vie générale de l’esprit. Nous ne pouvons pas préciser ici l’individualité de l’élément dernier qui serait à l’esprit ce qu’est l’homme à la. société. C’est une question de savoir si tous les phénomènes psychiques sont en dernière analyse composés

d’un élément unique, le « choc nerveux » de M. Spencer l, qui, quoique complexe à certains égards, car il correspond forcément à un état physiologique assez compliqué, serait simple, irréductible au point de vue mental (comme l’homme est simple au point de vue social, tout en étant composé au point de vue psychologique), et formerait l’élément primordial de notre vie psychique. Cette question ne paraît lias encore complètement résolue, et nous n’avons pas besoin de lui donner une solution. Les lois des combinaisons chimiques ne varient pas, si l'on suppose que tous les corps simples sont formés d’atomes semblables, diversement groupés, ou si l’on pense que les dernières particules du plomb, par exemple, diffèrent de celles du chlore, ou si encore on pense que la question est insoluble.

Mais si nous ne pouvons définir l’élément primordial de l’esprit, nous constatons la présence d’éléments de l’esprit très différents par leur complexité, comme les éléments sociaux dont nous avons parlé, et même quelque peu variables dans leur forme — et en cela ils ressemblent encore à ces mêmes éléments, — mais bien réels, et que l’on peut, en général, décomposer par l’analyse en éléments plus simples, et réunir par la synthèse en éléments plus complexes. Une idée, une perception, un raisonnement. une tendance sont ainsi des complexus d’éléments plus simples en même temps qu’ils peuvent être des éléments de systèmes plus complexes.

Une belle expérience de synthèse des éléments psychiques est celle par laquelle M. Helmholtz a montré la nature des sons des voyelles et du timbre des sons en général. M. Helmholtz, à l’aide d’un ingénieux appareil, fait vibrer à la fois divers diapasons accordés suivant un son fondamental et ses différentes harmoniques ; selon les diverses

U Voyez H. Spencer. Principes de psychologie, vol. I. Tracl. franc. Ribot et Espinas.

LA VIE DES ÉLÉMENTS PSYCHIQUES

combinaisons que l’on produit, on fait apparaître des voyelles diverses. Avec huit diap; cons, Helmholtz a reproduit les sons ou, o, eu, avec quatre autres diapasons, il reproduit le son a, etc. La découverte de la nature du timbre des sons permet de considérer chaque instrument de musique, chaque voix différente, comme donnant une synthèse d’impressions auditives, de sons divers réunis en un tout parfaitement unifié.

Mais à un autre point de vue chacun des sons produits par chaque diapason qui est un élément du son synthétique est aussi un complexus. Tl résulte d’une quantité d’impressions produites par chaque vibration du diapason. Je n’insiste pas sur l’analyse des sensations auditives qui est bien connue h Nous voyons ainsi une série d’impressions inconscientes se combiner pour former une sensation et une certaine quantité de sensations se combiner pour former une sensation plus complexe et nous avons la notion d’éléments plus ou moins complexes dont le jeu constitue les diverses apparences de l’activité mentale. Que d’ailleurs les composés psychiques puissent, comme les composés chimiques, différer par leurs apparences de leurs composants, c’est un point dont il serait superflu de chercher longuement à montrer la réalité après les belles analyses de MM. Spencer, Taine, Bain et AVundt et les remarquables synthèses de M. Helmholtz ; nous aurons d’ailleurs plus d’une fois l’occasion de le constater, et j’aurai à essayer d’en donner au moins une explication p ar t i elle.

Mais les phénomènes de groupement et de systématisation que nous remarquons à propos de sensations et de perceptions, nous les retrouvons dans tous les domaines de la, vie psychique — et elles sont plus faciles à remarquer dans les faits intellectuels ou affectifs plus complexes. — Je suis chez moi me préparant à sortir ; on me

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