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CHAPITRE IV

Les causes qui favorisent ou qui contrarient l’activité

«les éléments i»s,vchi«(ucs.

Nous avons ainsi reconnu l’existence dans l’esprit d’éléments plus ou moins complexes, composés d’éléments d'ordre inférieur, s’unissant pour former des éléments plus synthétiques et en tant qu’ils existent comme tout systématisé, agissant chacun pour soi, cherchant à susciter et à s’associer les faits psychiques qui peuvent s’harmoniser avec eux, se joindre à eux pour une fin unique, et au contraire à arrêter, à inhiber tout fait, toute activité qui les contrarie. Dès qu’ils se sont associés, un autre fait, une nouvelle synthèse en résulte, ainsi qu’une nouvelle forme de l’inhibition, et la nouvelle synthèse est à son tour un élément psychique plus complexe que le précédent mais qui comme lui travaille pour soi jusqu’à ce qu’elle s’associe encore à d’autres pour former un élément d’ordre supérieur, une synthèse plus complexe qui agira elle aussi de la même manière.

On comprend facilement qu’il puisse résulter fréquemment de cette activité relativement indépendante — je dirais volontiers personnelle — des éléments psychiques, des luttes et des conflits ; l’accord est souvent précédé par des antagonismes directs ou indirects qui durent jusqu’à ce que l’un des adversaires succombe ou jusqu’à ce qu’ils disparaissent tous deux, ce qui arrive, ou jusqu'à ce que tous deux parviennent à s’établir dans l’esprit, chacun sur son terrain et gardent désormais une sorte de neutralité en respectant chacun les droits acquis de l’autre (les tendances scientifiques et les systèmes religieux chez les savants qui tiennent selon le mot de Vogt « leur esprit en

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partie double » ) ou bien encore jusqu’à ce que 1 un des deux systèmes psychiques ou tous les deux à la lois abandonnent certains de leurs éléments et rendent possible une synthèse systématique supérieure qui les réunisse tous les deux, qui en fasse un seul tout (c’est l’opération même que M. Fouillée recommande pour la synthèse et la conciliation des systèmes philosophiques h) La lutte directe est produite par l’inhibition que chacun des systèmes psychiques tend à exercer sur l’autre, par l’association que tous les deux à la fois cherchent à contracter avec un autre élément que tous les deux veulent absorber et s’assimiler, comme lorsque, par exemple, nous hésitons entre deux théories et que les systèmes psychiques qui les représentent tendent chacun à interpréter à leur manière un fait qui vient à notre connaissance et à s’en faire un nouvel élément. La lutte indirecte se manifeste quand deux systèmes non harmoniquement reliés tâchent chacun d’attirer à soi les forces psychiques, l’activité de l’un finit souvent, sans qu’il y ait eu conflit direct, par éteindre ou amoindrir l’activité de l’autre, par exemple une occupation à laquelle nous nous habituons fait souvent disparaître certaines habitudes prises sans que nous ayons eu jamais à choisir entre elles, sans que jamais une manière d’être de l’esprit se soit directement opposée à l’autre.

Le succès de la lutte des éléments psychiques dépend évidemment de conditions nombreuses et diverses, tel système est favorisé et triomphe soit à cause de sa force propre soit à cause des circonstances favorables qu’il a rencontrées. Nous devons ici rechercher les principales causes, les principales conditions qui peuvent favoriser un élément psychique ou au contraire lui nuire et rendre

1. Voyez les ouvrages et les articles de M. Fouillée. La liberté et le déterminisme . La science sociale contemporaine , etc.

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sa défaite probable. Il est bien entendu d’ailleurs que l’une de ces conditions peut être compensée et au delà par la réunion de plusieurs autres qui favorisent ou contrarient le système opposé, mais chacune d’elles, prise en ellemême, et toutes choses égales d’ailleurs, est une chance de succès ou de défaite.

La nature même de leur organisation propre, et pour ainsi dire leur intelligence, leur sensibilité, leur activité particulière, ainsi que la nature de leurs rapports avec les autres systèmes qui composent l’esprit, voilà l’influence la plus importante qui puisse agir pour faciliter ou pour arrêter la naissance et le développement d’un élément psychique. Plus un composé est fortement organisé, plus les éléments qu’il comprend sont étroitement liés les uns aux autres, plus est considérable le nombre d’autres éléments auxquels ce composé est susceptible de s’unir harmoniquement, plus aussi il a de chances de se développer ou tout au moins de se maintenir. Une croyance qui est associée à tous les sentiments de l’homme, qui a été fortifiée par l’éducation, qui s’harmonise avec toutes ses aspirations - élevées ou vulgaires — aura, qu’elle soit d’ailleurs vraie ou fausse, beaucoup de chances pour résister aux tentatives faites pour l’ébranler, c’est-à-dire pour vaincre les autres croyances, les autres systèmes psychiques qu’on essayera de faire naître dans l’esprit, au contraire une opinion qui ne tient a rien, c’cst-a-dire à laquelle nous ne tenons pas, sera souvent aussi facilement renversée qu’elle a été facilement acceptée. On peut dire d’une manière générale que l’organisation acquise est la condition de l’organisation future (effectuée dans le même sens) plus un système psychique, croyance, habitude, sentiment est devenu cohérent, plus il est solidement rattaché aux faits fondamentaux de la vie psychique

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et organique, plus aussi il a de chances pour s’assimiler les nouveaux faits produits, pour déterminer leur interprétation ou pour arrêter le développement, pour empêcher l’existence même de ceux qui pourraient lutter contre lui. Au reste, l’influence de l’organisation rentre dans les lois de l’activité mentale, — l’organisation étant la forme essentielle de l’esprit, — bornons-nous à indiquer ici son rôle dans les conflits et le développement des éléments psychiques.

C’est à l’organisation qu’il faut rattacher certaines conditions qui jouent un rôle dans la sélection psychique: l’attention, par exemple, qui détermine si visiblement le rejet ou l’adoption de certaines impressions, de certaines idées, ou encore les goûts, les penchants que nous éprouvons et qui déterminent aussi soit le cours de nos idées et de nos rêveries, soit nos actes et par nos actes la série de nos perceptions, soit même le triage de nos perceptions involontairement subies et l’ébranlement plus ou moins considérable qu'elles impriment à l’esprit. Il n'y a donc pas lieu de les étudier à part, nous les retrouverons comme formes de la loi générale de l’association systématique.

Mais d’autres causes viennent en aide aux éléments psychiques et facilitent plus ou moins leur formation et leur développement , en facilitant par les mêmes raisons leur organisation, ce qui est la même chose. L’intensité, la répétition, la persistance des phénomènes tendent à rendre leur existence plus sûre et aussi à faciliter leur adoption. Ces causes ne sont pas d’ailleurs sans rapport avec les précédentes.

L’influence de l’intensité d’un phénomène est bien connue, un phénomène suscitera d’autant plus facilement les laits susceptibles de s’associer avec lui, et arrêtera d’autant mieux ceux qui pourraient s’opposer à lui qu’il auiA lui-meme plus d intensité. Une image vive éveillera plus facilement des phénomènes affectifs qu’une image

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faible. Une douleur modérée est supportée sans cris ni mouvements ; une douleur plus forte arrache des plaintes ou détermine des actes ; une douleur plus forte encore nous fait agir plus promptement ou plus vigoureusement, elle peut aussi déterminer un grand nombre de phénomènes incoordonnés, des cris, des trépignements, des gestes incohérents, ou bien des actes de volonté très énergiques pour les contenir. On sait combien une vive émotion laisse dans l’esprit des traces durables et profondes, combien le souvenir en persiste, et combien le caractère même et l’intelligence peuvent en être modifiés. Une dame effrayée par des voleurs prend tous les hommes qu’elle voit, même son fils, pour des brigands qui veulent l’assassiner ; une autre femme voit son enfant renversé par un cheval , les raisonnements, la vue même de son enfant qui se porte bien, ne peuvent la convaincre qu’il est vivant ; une femme appelée voleuse dans une dispute, se persuade que tout le monde l’accuse d’avoir volé (Esquirol) ; une autre frappée d’un accès de manie à la vue des incendies allumés dans sa rue pendant la Commune , voyait encore dans son délire les flammes qui l’environnaient de tous côtés, six mois après l’explosion du début du mal h On voit un effet instructif de l’intensité d’un phénomène quand on rencontre la persistance, sans aucune raison d’être au point de vue de la finalité générale de l’esprit, de quelques éléments psychiques associés jadis à un phénomène d’une intensité considérable, comme, par exemple, dans ces faits cités par M. Luvs : « Deux hommes dans la force de l’âge, dans la période de début de la paralysie générale, avaient été exposés à des scènes terrifiantes. L’un avait été surpris en flagrant délit d’adultère, l’autre avait passé plusieurs jours à Paris au moment des derniers

fl) Luys, Etudes de physiologie et de pathologie cérébrales. Actions réflexes du cerveau , p. 29.

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temps de la Commune, dans une anxiété poignante, sous le coup des réquisitions et des menaces de mort proférées contre lui, les deux malades, une fois sortis du milieu où ils avaient été frappés d’épouvante, ont néanmoins continué à conserver la même impression de terreur répandue sur leur personne. Leurs regards étaient furtifs, timides, leurs tètes inclinées, leurs voix dolentes, l’inquiétude peinte sur tous, leurs traits; tout indiquait en eux une sidération profonde des forces nerveuses et un cachet spécial imprimé à leur émotivité ; alors même qu’ils prononçaient quelques phrases gaies, leur physionomie était toujours sombre.

« Pendant plus de six mois qu’ils ont été sous mes yeux, ces deux malades n’ont pas changé d’aspect. Leur délire s’est organisé dans la série des idées contemporaines du début du mal, et insensiblement la démence les a surpris, figés en quelque sorte dans un état chronique de terreur.

« Un autre malade, M. I)..,., vivement impressionné lors des évènements de la guerre de 1870, étant capitaine de mobilisés, avait été vivement effrayé de scènes d’insubordination de ses hommes et de menaces de mort proférées contre lui. L’impression de terreur ressentie avait été si vive, que plusieurs mois après les évènements du début, ce malade présentait encore sur sa figure l’expression permanente d un très vit effroi ; il croyait qu’on voulait le fusiller, et répétait sans cesse d’une façon automatique ces mots : « Je vous dis, Monsieur, qu’on veut m’assassiner ce soir. » Peu à peu, par l’effet de l’envahissement de la démence, la physionomie perdit son expression de terreur primitive, mais néanmoins le malade, frappé profondément, répétait encore d'une façon machinale, au bout d’un an, cette phrase précédente, sans participation de la sensibilité et sans aucune conviction » h

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