LIVRE I
La loi de l’association systématique.
INTRODUCTION
Nous avons reconnu en même temps que l’existence des éléments psychiques, leurs principales tendances : tendance à l’association et tendance inhibitrice. Ce sont ces tendances qui déterminent le mode de fonctionnement de l’esprit, qui caractérisent les lois de l’activité psychique. Reprenons donc par un autre côté l’étude de ces tendances r nous étudierons comment les phénomènes s’associent et comment ils s’inhibent, en nous attachant cette fois non plus à l’existence des éléments psychiques, mais aux composés de plus en plus élevés qu’ils forment et aux lois générales des phénomènes de l’esprit. Nous nous élèverons ainsi des formes inférieures de l’association systématique à ses formes les plus élevées et nous tâcherons de préciser quelles associations et quels éléments constituent les différentes formes de la vie mentale et les différentes catégories de phénomènes psychiques : la sensation, la perception, l’idée, le jugement, le raisonnement, les sentiments, les tendances, la volonté et la personnalité.
88 LES LOIS DE l’activité MENTALE
Nous avons formulé ainsi la loi de l’association systématique : Tout fait psychique tend à s'associer et à faire naître les faits psychiques qui peuvent s'harmoniser avec lui , qui peuvent concourir avec lui vers une fin commune ou des fins harmoniques, qui, avec lui, peuvent former un système. Nous devons tâcher de retrouver cette loi et de préciser sa forme particulière dans tous les ordres différents de phénomènes psychiques, nous nous placerons pour cela à deux points de vue : dans tout composé psychique formé , une perception, une idée, une volition données, les éléments sont associés selon une loi de finalité. Dans tout composé en voie de formation , dans la genèse d’une perception, d’une idée, d’une volition, d’une faculté, ils se suscitent selon une loi de finalité. Il s’agit donc d’établir, sous les réserves impliquées par ce qui précède que les faits psychiques sont des composés systématisés, dont nous avons à déterminer les éléments ; que les facultés, les traits de caractère acquis, les formes fixées de la perception, de l’intelligence, de la volition, de la sensibilité, sont des formes particulières de l’association systématique ; que les faits ou les facultés abstraites, c’est-à-dire les habitudes qui vont se fixant nous présentent la même loi. — C’est donc une revue complète de l’esprit et de ses éléments qui s’impose ici et qiie je tâcherai de faire en passant le plus brièvement possible sur les points déjà acquis à la science.
Il n’est peut-être pas très utile de dire que l’ordre que nous sommes obligés de suivre n’a rien de bien rigoureux ; à mon point de vue l’homme est un appareil de systématisation qui reçoit les impressions du monde extérieur, les décompose, fait avec les éléments de ses impressions de nouvelles synthèses et finalement réagit de manière à augmenter la finalité en lui-même, dans la société et même dans le monde extérieur (en tenant compte de cette réserve que la finalité sociale n’est pas
plus parfaite que la finalité individuelle et qu’elle est aussi, en ce cas, une sorte de propriété des éléments avant que d’être une propriété de l’ensemble.) Ces diverses actions et réactions composent par leurs groupements diverses tendances, et l’activité de ces tendances s’accompagne selon le mode de cette activité, de phénomènes variés, perceptions, idées, sentiments. Au fond, le phénomène essentiel c’est la tendance ; mais l’étude des autres phénomènes a son importance également si l’on songe surtout qu’en les étudiant, c’est la tendance ellemême ou quelques-uns de ses éléments que nous étudions en somme par certains côtés et dans certaines conditions.