Taine, De'V Intelligence. Vol. I
disparaît, l’unité cesse et la pluralité la remplace. Tant que la roue de Savart, dont les dents frappent tour a tour une latte, tourne assez lentement « les sensations étant discontinues sont distinctes, et chacune d’elles étant composée est un bruit. Mais si la roue se met à tourner avec une vitesse suffisante, une sensation nouvelle s’élève, celle d’un son musical. Parmi les restes de bruit qui persistent encore et continuent à être distincts, elle se dégage comme un élément d’espèce différente ; entre les diverses sensations élémentaires qui constituent chaque bruit, il en est une que l’opération a séparée ; désormais celle-ci n’est plus distincte de la sensation élémentaire semblable qui la suit dans chacun des bruits suivants. Toutes ces semblables font maintenant ensemble une longue sensation continue ; leurs limites mutuelles se sont effacées , l’expérience, comme une analyse chimique, a retiré une sensation élémentaire du groupe complexe où elle était incluse pour la joindre à une sensation élémentaire absolument pareille et faire un composé nouveau, la sensation de son musical » l 2. Il est inutile de développer longuement le caractère synthétique de la sensation ; d’une manière générale la fusion des sensations semblables, dont M. Binet a montré l’importance paraît être due à ce que deux sensations semblables peuvent jouer un rôle identique dans un système psychique. Il en est de même des sensations harmoniques en général. Mais si la finalité, au point de vue de l’ensemble de l’organisme, n’est pas toujours évidente, l’harmonie, au point de vue de l’organe qui perçoit, ne peut être mise en doute — rappelons l’unité des sons qui forment un accord parfait et la synthèse des sensations visuelles différentes, données par un disque animé d’un mouvement