Griesinger, Maladies mentales
2. Bail, Leçons sur les Maladies mentales , p. 97. Voir d'autres faits analogues, même page et pages 161, 162, 163, 172, etc.
l’association systématique — l’intelligence 129
le déjeuner, une heure de musique qui nous servait de récompense et d’auxiliaire. Il y a un lien mystérieux entre les arts. Une mélodie vous dicte souvent un bon vers, et plus d’une fois, pendant le travail, c’est Beethoven, c’est Weber, c’est Schubert qui m’ont aidé à me tirer d’affaire dans une scène difficile» h Darwin éprouvait des impressions analogues, il fut obligé de renoncer à écouter de la musique parce que, au lieu de le distraire, elle le faissait penser trop vivement à l’objet de ses travaux 1 2. Enfin la même chose est arrivée à Stendhal : «H. Beyle, ce profond observateur, raconte qu’un jour (il aimait alors je ne sais quelle personne), la musique le rendit plus énamouré que jamais ; il crut d’abord que cet art avait sur l’amour une influence particulière. Mais il se rappela que l’année précédente où il songeait au moyen d’armer les Grecs, la même musique avait éveillé son ardeur avec la même intensité, mais en la tournant du côté de ses recherches d’alors » 3. La musique, par le caractère quelque peu vague et diffus de l’excitation qu’elle nous donne, est l’art, qui se prête le mieux à ces transformations, et son charme lui vient en grande partie de ces tendances, quelquefois inconnues de nous, qu’elle va réveiller au fond de notre être assez pour nous émouvoir, trop peu pour que l’émotion cesse d’être esthétique.
Dans les phénomènes intellectuels eux-mêmes, nous remarquons aussi cette double force coordinatrice de l’élément nouveau et des habitudes anciennes ; toute idée implantée dans le cerveau cherche à se subordonner d’autres éléments, ou au moins à les coordonner avec elle, les anciennes tendances cherchent aussi à se subordonner les idées nouvelles. Il y a quelquefois lutte, mais parfois