‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 40 sur 133 · Ferri, cité par Garofalo, La Criminalogie , p · texte numérisé non relu

Ferri, cité par Garofalo, La Criminalogie , p

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leur réponse ; que tout ce bruit fait autour de la maison par la canonnade était l’œuvre de quelques officiers de son régiment, ses ennemis déclarés, acharnés à le tourmenter et dont il citait les noms.... Je lui donne des journaux qui racontaient en détail les grands événements qui se succédaient d’une manière si lamentable pour la France et pour son armée. Il les lisait devant moi sans la moindre émotion, et me les rendait en disant avec un sourire ironique, que c’était une feuille imprimée par ses ennemis, uniquement pour le tromper.... Il m’est arrivé de lui remettre le même jour cinq ou six journaux différents, portant la même date, relatant les mêmes faits ; il les a lus avec la même incrédulité, assurant qu’ils étaient tous de faux journaux , imprimés à sa seule intention par des persécuteurs tellement acharnés qu’ils ne reculaient devant aucun sacrifice d’argent » h On trouvera des faits analogues en grand nombre chez tous les auteurs (pii ont traité de la folie 2.

On le voit, tous les phénomènes intellectuels, considérés en eux-mêmes, nous ont apparu comme des formes particulières d’association systématique de certains éléments fournis par les perceptions externes et internes : images vives, images faibles, idées, éléments moteurs. Selon la forme de l’association, selon le but qu’elle doit remplir, nous avons des images, des idées, des jugements, des raisonnements, des croyances. Quant à la formation, à l’apparition de ces phénomènes intellectuels, elle nous a paru amenée, selon une loi de finalité, par la nature de «

1. Cité par Despine. De la folie au point de vue philosophique ou spécialement psychologique , p. 325 et suivantes.

2. Voyez en particulier Esquirol. Des Maladies mentales, II, 13, 14, 15. Les Annales d’ Hygiène publique et de Médecine légale , aux articles concernant les aliénés criminels. Voir, par exemple, Y Affaire Séverac , par Chambeyron , médecin de l’hospice des aliénés de Rennes , au tome XVIII, p. 374, etc.

la cause qui la produit, des éléments psychiques momentanément prépondérants, par l’influence coordinatrice des perceptions et par la nature des croyances, des idées, des tendances antérieurement acquises et dont l’activité tend à se systématiser avec les nouvelles idées qui se produisent. On pourrait compléter ceci par une étude sur la mémoire et l’habitude. L’habitude, en tant qu’impliquant une association plus étroite et plus parfaite de phénomènes intellectuels, rentre évidemment dans notre loi. La mémoire désigne le réveil de certains phénomènes intellectuels dans certaines circonstances. Nous l’avons donc implicitement étudiée en indiquant les conditions de réveil des idées à l’état normal, et en remarquant que c’est l’idée dont nous avons besoin qui se présente généralement à l’esprit. Si nous étudions une question de psychologie et que le mot âme se présente à nous, nous nous souviendrons de son sens psychologique, non du sens qu’il a dans l’expression l’âme d’un canon, etc, Du reste, cette question sera plus longuement examinée à propos de la critique des lois de contiguïté et de ressemblance.

Il resterait à se demander maintenant quel est le rôle général des phénomènes intellectuels, sensations, perceptions, raisonnements, dans la vie de l’esprit, et comment ce rôle est réductible à la loi de finalité. Mais il est à noter d’abord que nous avons pris dans un sens très large les mots phénomènes intellectuels et il est une distinction qu’il importe de faire, celle du phénomène psychique qui est essentiellement un jeu des tendances et de leurs éléments, et des faits de conscience qui l’accompagnent. Si l’on entend par phénomène intellectuel la conscience que nous avons dans certains cas des associations et des dissociations internes des éléments de nos tendances, les phénomènes intellectuels correspondent à des

1. Voir pour le développement Les phénomènes affectifs et les lois de leur apparition .

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actions, à des groupements harmoniques de ces éléments, alors que ces actions, ces groupements s’effectuent d’une manière assez systématisée pour ne pas donner lieu à des phénomènes affectifs, avec assez de trouble pourtant pour ne pas être automatiques. Mais on a montré plusieurs fois et nous avons eu occasion d’y revenir, que, dans le jeu des tendances, la conscience n’était pas un élément essentiel. En quoi donc consiste essentiellement le jeu de tendances qui se manifeste en certains cas par ces phénomènes subjectifs qui sont, pour le sens intime, les phénomènes intellectuels ? Il consiste, d’une manière générale, en une association, précédée quelquefois ou accompagnée d’une dissociation d’éléments psychiques telle que le système ainsi formé soit un en lui-même et soit apte à entrer comme élémentdans une tendance plus complexe, laquelle se manifeste, en général, plutôt par des phénomènes affectifs, et en tout cas correspond à une part plus grande de la personnalité. Toutes nos connaissances, toutes nos idées, tous nos raisonnements (en prenant ces mots dans un sens qui puisse s’appliquer aussi à des actes inconscients de l’esprit) ont pour rôle, d’une manière générale, de déterminer l’application des tendances motrices, quand cellesci entreront enjeu. Savoir, par exemple, que l’eau apaise la soif, c’est ouvrir une direction à la tendance organique qui se manifestera quand notre organisme nous donnera l’impression de la soif. Savoir la physiologie, c’est avoir des connaissances qui peuvent diriger un grand nombre d’actes de diverse nature, depuis les soins à prendre de son corps jusqu’aux cours ou aux livres que l’on peut faire sur cette science.

D’une manière générale, l’intelligence a surtout pour éléments des phénomènes abstraits, susceptibles d’entrer dans un grand nombre de tendances, de systèmes psychiques divers. Les phénomènes affectifs sont plus souvent produits par le jeu de tendances concrètes ,

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intéressant davantage l’ensemble de la personnalité. Par exemple, savoir que deux et deux font quatre est une connaissance abstraite, elle est représentée en nous par l’association de divers éléments psychiques, par une certaine manière d’être qui pourra se manifester en bien des circonstances et s’associer à des tendances très variées. Au contraire, le plaisir que produit, par exemple, une bonne digestion est lié à une fonction vitale déterminée, concrète et ne peut s’associer à plusieurs tendances organiques. A la distinction indiquée, au point de vue de leur manifestation au sens intime, entre les phénomènes intellectuels et les phénomènes affectifs, nous pouvons donc ajouter , à un point de vue moins abstrait et plus synthétique, cette différence que les idées et les perceptions, les éléments de l’intelligence, sont des éléments possibles pour un grand nombre de tendances — l’idée ou la perception d’un fruit, par exemple, étant susceptibles de s’associer à des actes très variés et à des tendances très diverses : faim et actes destinés à la satisfaire, amour de l’horticulture et soins donnés aux arbres, esprit scientifique et recherches de botanique, etc. — et que les opérations intellectuelles, jugement, raisonnement, etc., sont toutes des synthèses, précédôes ou non d’une décomposition, d’éléments abstraits extraits des tendances ou des perceptions, ou bien encore, comme les mots et les autres signes, représentant les perceptions ou les tendances. L’intelligence est donc destinée d’une manière générale à analyser et à synthétiser les données de l’expérience sous toutes scs formes, de manière à former des éléments abstraits systématiquement associés, idées, habitudes d’esprit, jugements, croyances, qui, par leur association avec les tendances motrices, permettent à ces tendances de s’associer harmoniquement entre elles, et d’arriver à se satisfaire, c’est-àdire à se traduire par des actes coordonnés qui font servir

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le monde extérieur au développement de la finalité humaine et qui par cela même, augmentent sa propre finalité. L'intelligence, à ce point de vue, a donc pour effet général, de préparer et de développer par l’association systématique de certains éléments abstraits, la systématisation des tendances de l’homme, et par suite de son milieu. C’est son rôle dans la vie de l’esprit, mais il ne faut pas oublier que l’on ne peut séparer absolument l’intelligence de la sensibilité et de la volonté, et que ce qui nous paraît à un point de vue être un phénomène intellectuel, apparaît à un autre point de vue comme un élément d’une volition.

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