VOLONTÉ
l’association systématique
dans les conditions que je viens d’indiquer," et d’autre part il est loin de constituer la personnalité dont, comme nous le voyons, il n'est qu’une sorte de représentation abstraite, correspondant à l’éveil coordonné de quelquesuns des éléments des tendances dont la réunion constitue le moi.
Toutefois, s’il ne constitue pas la personnalité, il la représente, et il la représente d’une manière efficace, car ce simple éveil d’éléments abstraits et coordonnés suffit pour déterminer l’adoption ou le rejet de certaines croyances, comme s’adaptant ou ne s’adaptant pas à notre personnalité, â l’ensemble de nos tendances considérées on plutôt senties, non pas les unes après les autres, mais dans leur coordination, dans leurs rapports réciproques. Il est important de bien constater ce fait qui justifie suffisamment le nom de pouvoir personnel et qui permet d’en expliquer la nature par les lois de la psychologie expérimentale 1.
Nous voyons au reste, que le pouvoir personnel varie beaucoup, et que le sens du moi, s’il est indispensable pour rendre possible un fait de volonté ou de réflexion ne suffit pas à le constituer. Le fait que je viens de citer en effet, celui où le moi organisé repousse une opinion qui ne s’adapte pas à ses habitudes est à peine un fait de volonté, il n’est pas un fait de réflexion, mais il nous montre comment le moi, en tant que groupe d’éléments abstraits et forme de coordination, peut s’éveiller facilement et se séparer des autres phénomènes. Il nous montre aussi la transition entre la volonté et l’automatisme marquée par la coordination croissante des phénomènes et l’éveil d’un moins grand nombre d’entre eux.
1 . Il est à peine besoin défaire remarquer ici que les tendances organiques, celles qui constituent proprement la vie des organes, sont largement représentées dans le sens du moi.
LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
Souvent il arrive , si la lutte est vive , si la réflexion est intense, que des phénomènes particuliers, idées, images, etc., s’éveillent, mais ils sont facilement considérés h part des tendances ; c’est que ces phénomènes sont variables, tantôt l’un, tantôt l’autre, selon le cas, se présentera à l’esprit, c’est tantôt telle tendance, tantôt telle autre qui, pour maintenir son organisation, aura besoin de se compléter par tel ou tel phénomène particulier. Au contraire, les tendances elle s -mêmes et leurs coordinations sont relativement stables. Il semble donc que, dans ce jugement : je vois ceci, je pense à cela, il n’v ait pas seulement, comme l’a dit M. Taine, le rapport d’un composé à un de ses éléments l, il y a aussi le rapport de tendances abstraites à des phénomènes concrets qui viennent en certains cas compléter une ou plusieurs d’entre elles. Il me semble que cette conception du pouvoir personnel permet de rendre compte et d’expliquer la partie vraie des doctrines spiritualistes sur la conscience, la volonté, la responsabilité, etc., tout en restant absolument indépendante de toute hypothèse sur la substance, elle n’implique en effet ni le libre arbitre, ni la séparation de l’âme et du corps, ni rien de semblable. Il ne s’agit jamais que de certaines circonstances particulières du jeu des tendances et d’une forme, que j’ai tâché
de déterminer, de la loi d’association systématique.
Le pouvoir personnel et le sens du moi peuvent être à leur tour des objets de réflexion, c’est un cas de ce qu’on appelle le repliement de l’esprit sur lui-même ; malheureusement cette métaphore qui peut très bien s’employer en certains cas est beaucoup trop vague et deviendrait absolument inexacte si l’on voulait s’en servir pour rendre compte réellement du phénomène. En fait, le sens du moi qui est l’objet de la réflexion est la réviviscence d’un