Ribot, Les maladies de la personnalité
doit exercer une certaine influence sur l’état de l’esprit. Cela arrive continuellement : les effets de la digestion lente et pénible ou facile, de la circulation ralentie, exagérée, puissante ou faible, de l’état du sang, de la respiration libre ou gênée sont indéniables. Il faut admettre en même temps que l’état de l’organisme s’adaptera, s’harmonisera en quelque manière avec cet état de l’esprit, c’est-à-dire qu’il sera influencé par lui l. Cela revient à constater que le corps et l’esprit constituent d’une manière générale un même système. La surcharge stomacale détermine des nausées qui débarrassent l’estomac, le manque d’eau dans l’organisme produit la soif qui doit y remédier, de même l’attention paraît attirer un afflux de sang et une diminution du volume de sang qui circule dans les membres 2. Il paraît se produire ainsi une association systématique très difficile à expliquer et à analyser, dont on ne peut déterminer même rigoureusement les conditions, entre certains états du corps et certains états cérébraux et psychiques, de sorte que lorsque les conditions physiologiques viennent à changer, l’orientation de l’esprit change également, les souvenirs même s’effacent et disparaissent en dépit de la contiguïté et delà similarité. Lorsque l’organisme revient au contraire à son état premier, le souvenir reparaît et l’orientation générale de l’esprit redevient ce qu’elle était avant. On comprend que cette brusque interruption de souvenir ne se produise pas toujours, car les systèmes psychiques peuvent être rappelés à l’activité selon la loi de finalité par d’autres systèmes psychiques, avec accompagnement peut-être d’un état des organes
1. Voyez Hack Tuke. Le corj)s et l'esprit. Traduction franc, de M. Parant MaudsJey, Pathologie de l'esprit , trad. franc, de M.Germont, p. 34 et suiv. (Influence des organes sur le rêve). Cabanis. Rapport du physique et du moral , etc.