‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 50 sur 133 · Mosso, La Paura · texte numérisé non relu

Mosso, La Paura

l’association SYSTÉMATIQUE — PERSONNALITÉ 187

quelque peu différent, mais le fait se produit assez souvent pour qu’on puisse l’envisager comme répondant réellement à une loi naturelle dont les manifestations, comme celles de beaucoup de lois, peuvent varier de formes et être quelquefois difficiles à reconnaître. 11 est essentiel de remarquer, d’ailleurs, qu’il ne s’agit ici que de cas exceptionnels , ou d'adaptations cachées et très complexes ; d’une manière générale la systématisation de l’esprit et de l’organisme est si évidente, si forte et si complexe, que c’est une banalité de le constater. Mais elle se produit souvent et probablement toujours, alors même qu’on ne saurait à première vue la reconnaître.

C’est sans doute dans cette classe de coordinations organico-psy chiques que rentrent, à quelque degré, certains phénomènes de l’hypnotisme. On voit que bien souvent les sujets hypnotisés ont oublié au réveil tout ce qui s’est passé pendant l’état somnambulique, et ne peuvent rien se rappeler, à moins que les phénomènes de cet état ne soient rappelés selon l’association systématique qui rattache d’un autre côté les phénomènes de somnambulisme aux phénomènes normaux h Dans un nouvel accès, au contraire, ils se souviennent parfaitement de ce qu’ils ont fait pendant l’état somnambulique précédent. On peut rapprocher de ces faits le cas de Félida X., la malade bien connue du docteur Azam. Le fait que Félida, à l’état de condition seconde, se rappelle ce qui a eu lieu dans l’intervalle de ses accès, peut recevoir un commencement d’explication, bien imparfait encore, si l’on admet avec M. Azam que cet état s’accompagne d’une suractivité circulatoire des centres nerveux et qu’il est en somme supérieur à l’état normal. D’ailleurs les somnambules ordinaires se rappellent, à l’état hypnotique, les phénomènes de la vie

1. Voir en particulier Delbceuf. Art. cité, Revue philosophique, janvier

LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE

normale, peut-être simplement parce que ces faits sont en association systématique avec les impressions que l’on excite en elles ; peut-être encore chez elles l’idée provoquée est-elle toute puissante, ou du moins plus puissante qu’à l’état normal, et éveille-t-elle facilement tous les faits psychiques qui peuvent s’accorder avec elle, probablement à cause d’un affaiblissement général des tendances non éveillées qui n’exercent pas leur force inhibitoire ordinaire. Mais il résulterait de là que les somnambules doivent oublier tout ce qui se rapporte à elles tant qu’on ne le leur rappelle pas ou qu’on ne le leur suggère pas, et c’est bien là en réalité le phénomène qui semble constituer l’automatisme et la passivité observés pendant l’état de somnambulisme. Ainsi il semblerait que les phénomènes ordinaires à l’état normal sont éveillés pendant le somnambulisme exactement comme les phénomènes du somnambulisme sont rappelés pendant l’état normal, sauf que ceux-ci ayant été associés à un état organique tout particulier et ayant été beaucoup moins mêlés que les autres à la vie psychique complète, c’est-à-dire s’étant associés à un nombre beaucoup moins considérable de tendances, sont réveillés beaucoup plus difficilement, à moins que cet éveil ne soit facilité par le retour du même état organique quia accompagné leur production.

D’autres exemples intéressants de la part du sens du corps, de l’état des organes dans le jeu de l’association systématique, sont fournis par les rêves ordinaires. Nous avons eu à signaler la facilité avec laquelle les rêves sont oubliés. D’autre part un même état des organes produit des rêves analogues. On en trouvera de nombreux exemples dans l’ouvrage de M. Maudsley que j’ai déjà cité, et si l’on considère que la répétition d’un même état est le fondement même du souvenir on sera porté à rapprocher ces faits de ceux que je viens de citer. « Un repas lourd et indigeste pris quelque temps avant de se mettre au lit,

estime cause bien connue d’une forme de cauchemar dans lequel on rêve qu’on a sur la poitrine une montagne ou un monstre qui l’écrasent par leur poids. 11 n’est pas facile de dire si le rêve est l’effet direct de l’action sur le cerveau de l’estomac distendu ou de la gêne des fonctions des poumons ou du coeur ; mais quel que soit le mécanisme intime, il est intéressant de noter que l’interprétation mentale de l’oppression est en rapport avec sa cause » 1. Un fait d’un autre genre, mais qui rentre bien dans notre loi, c’est le rêve continué d’une nuit à l’autre. M. Yung en a cité un qui s’est continué trois fois de suite 2. De même on sait que l’ivresse donne, selon le degré où elle est menée, un certain ton à l’esprit, une orientation particulière qui pour un même vin, et pour une même dose, est, dans des circonstances équivalentes , sensiblement la même chez une même personne. Souvent le caractère est notablement modifié, les facultés intellectuelles se transforment aussi, il y a un nouvel arrangement, une coordination différente des éléments psychiques, le changement des états organiques modifie jusqu’à un certain point la personnalité. Un fait produit par une certaine personnalité organique ne peut être rappelé facilement que par la même personnalité organique. M. Bail en cite, d’après Beard, un cas intéressant : Un employé de commerce, venu à New-York pour s’occuper des affaires de son patron, se grisa complètement ; pendant trois ou quatre jours il parcourut la ville, s’occupant des commissions qui lui avaient été confiées, et lorsque l’ivresse fut dissipée il n’avait aucun souvenir de ce qu’il avait fait, et croyait avoir à recommencer sa tournée 3. On sait que

1. Maudsley, Pathologie de l’esprit. Trad. française de M. le Dr Germont, p, 36.

2. Yung. Article sur le sommeil. Revue internationale des sciences, 1882, p. 494.

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