CHAPITRE II
l/intclligcnce.
Images, Idées, Jugements, Haisonncmcnts.
Les images et les idées impliquent à plusieurs égards de nombreuses actions d’arrêt. Le fait seul de l’existence d’une image suppose l’arrêt de la force qui tend soit à la transformer en hallucination, soit à déterminer des mouvements coordonnés en rapport avec sa nature propre. On peut dire la même chose à propos de l’idée. La force motrice de l’idée est bien connue à présent des psychologues — Setchénoff a développé dans ses Etudes psychologiques le rôle de l'action d’arrêt dans la formation de la pensée : « Je vais, dit-il, montrer au lecteur la première et la principale conséquence qu’a pour l’homme l’art d’arrêter le ternie final de l’action réflexe. Le résultat se résume dans là possibilité de penser, de réfléchir, de raisonner. Qu’est-ce, en effet, que la réflexion? C’est une suite de représentations, d’idées liées entre elles, suite qui existe à un moment donné dans la conscience et ne s’exprime par aucun fait extérieur dépendant de ces actes psychiques. Mais, comme le lecteur le sait déjà, il ne peut se produire aucun phénomène psychique dans la conscience sans une excitation sensitive venue du dehors. La pensée est donc soumise à cette loi, elle renferme donc le commencement et la continuation d’une action réflexe, la fin seule, le mouvement semble faire défaut.
« La pensée est une action réflexe psychique réduite a ses deux premiers tiers » L
1. Setchénoff. Etudes psychologiques, traduites du russe par Victor Derély, p. 135.
240 LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
Il y aurait bien des détails à relever, et à examiner de plus près, à discuter même dans ce passage, mais nous pouvons le considérer au point de vue général auquel nous nous plaçons ici comme très suffisamment exact. Bain a dit de même : « Penser, c’est se retenir de parler et d’agir1». Nous pouvons donc considérer toute image et toute idée comme étant par cela seul qu’elles existent, l’indice d’un arrêt, arrêt soit des tendances motrices, soit des tendances hallucinatoires. Nous avons indiqué ce dernier cas dans le chapitre précédent, il n’y a donc pas à y revenir ; pour le premier, il n’offre pas de difficulté particulière — la systématisation que l’idée tend à déterminer est empêchée par l’influence inhibitrice d’autres systèmes dominants. Je suis assis à ma table, et je travaille dans une pièce qui n’est pas chauffée, j’ai des impressions de froid, et je me représente des moyens de me réchauffer, mais les systèmes dominants, ceux qui font courir ma plume sur le papier, empêchent l’idée d’aboutir, et lui empruntent les éléments qui peuvent s’accorder avec eux en devenant un fait propre à illustrer la loi que j’étudie.
Si nous recherchons comment une perception devient une idée ou donne naissance à une pensée, nous aurons encore de bons exemples d'actions d’arrêt. — Je regarde ma montre pour savoir l’heure, je vois la position des aiguilles et je me dis : il est dix heures et quart, puis mes regards se dirigent vers d’autres objets — la première perception visuelle disparaît, l’idée à laquelle elle a donné naissance reste sous forme d’état faible, d’élément entrant dans l’orientation générale de l’esprit , et aussi, sous forme de phrases, de mots coordonnés ou de substituts de ces mots, car il se peut que la phrase ne soit pas tout à fait présente à mon esprit et que je sente cependant