‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 69 sur 133 · Brierre de Boismont. Des Hallucinations , p · texte numérisé non relu

Brierre de Boismont. Des Hallucinations , p

l’inhibition systématique — JUGEMENTS 253

ruiné. M. Maudsley essaya de convaincre de son erreur un aliéné, fort intelligent, et d’une haute culture intellectuelle, persuadé qu’il y avait un complot tramé contre lui, et que partout où il allait , il était suivi et surveillé. L’aliéné reconnu la justesse du raisonnement et avoua s’étire dit souvent à lui-même qu’il fallait être fou pour croire ce qu’il croyait, après quoi il garda entièrement ses convictions L De même une femme voit son enfant renversé par un cheval ; les raisonnements, la vue même de son enfant qui se porte bien ne peuvent la convaincre qu’il est. vivant. Dans un autre cas, que je trouve comme le précédent dans l’ouvrage d’Esquirol, qui est emprunté par lui à Pritchard, on voit un jeune homme continuellement dominé par l’idée de son insuffisance à faire ce que l’on attend de lui. Regardé comme un bon écolier « il avait une telle défiance de lui-même qu’il redoutait de réciter ses leçons, craignant de ne pas les savoir. Son éducation terminée, il entre dans le commerce chez son père, qui lui donna des appointements considérables. Sa vie paraissait heureuse lorsqu’il annonce à son père qu’il ne veut pas le tromper plus longtemps, qu’il sent n’avoir pas la capacité nécessaire pour remplir sa tâche, qu’il fait tort à son commerce. Le contraire était la vérité : aussi les parents de ce jeune homme s'efforcèrent de le rassurer mais il répétait : « Mon frère a plus de talent que moi, je ne remplirai jamais bien mon emploi. » Le père, homme d’esprit, proposa à son fils de changer de résidence et d’occupation, l’envoya à Manchester faire de grandes acquisitions. Celui-ci remplit cette mission avec le plus grand succès. Mais bientôt M... retomba dans sa défiance ordinaire, se plaignit de nouveau de son incapacité tout en reprenant scs premières occupations. Les mêmes craintes de nuire aux intérêts de

1, Maudsley. Le çrime et la folie »

LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE

son père se réveillèrent, il renonça aux avantages que lui offrait la maison paternelle, partit secrètement pour Livcrpool dans l’intention de s’embarquer pour l’Amérique. Ne pouvant s’embarquer, il fut contraint de retourner dans sa famille. Il recommença bientôt sa tentative d’évasion. Réinstallé chez son père, il s’empoisonna. Confié aux soins du docteur Ilitch, ce médecin reconnut dans son malade un homme fait pour les affaires, intelligent, actif, économe, connaissant les marchandises, calculant très bien et ayant un très bon jugement.

« Trois mois suffirent pour remettre ce jeune homme en état de rentrer dans sa famille, où pendant un an il s’occupa des affaires d’une manière très satisfaisante. A cette époque il perdit encore toute confiance dans sa capacité, quitta ses parents, depuis il fit de fréquentes absences. On le laissa contenter ses caprices de déplacement ; bientôt ses sentiments s’altérèrent, il évitait son père, lui parlait brusquement, n’en causait qu’avec colère ; il était soupçonneux envers les membres de sa famille. » 1 J’ai cité cet exemple tout au long, comme montrant parfaitement une série de systèmes psychiques, d’influences coordinatrices qui luttent contre l’idée fixe, et dont l’activité est toujours arrêtée au bout d’un temps plus ou moins long.

Si l’on considère nos idées, nos croyances les plus larges, celles qui, par l’orientation qu’elles donnent fréquemment à de nombreux éléments psychiques sont pour ainsi dire la forme même d’une intelligence , le fait est bien plus évident encore. Les exemples que j’ai cités plus haut de doctrines mal comprises impliquent également à un haut degré des actions d’arrêt, ils ne peuvent s’expliquer qu’en admettant que l’esprit rejette une portion notable de ce qui lui est offert. Bien des systèmes psychiques qui naissent sont empêchés de se développer d’abord

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