‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 73 sur 133 · Spencer. Introduction à V étude de la science sociale · texte numérisé non relu

Spencer. Introduction à V étude de la science sociale

l'inhibition SYSTÉMATIQUE — TENDANCES 263

sociologie ne se distingue point très nettement de la psychologie et qu’il y a en plusieurs occasions un grand intérêt à rapprocher les deux ordres de phénomènes, les faits sociaux dont il est question se manifestent dans l’esprit des individus par des phénomènes psychiques intéressants à notre point de vue. Les fonctionnaires qui connaissent l’état de choses actuel et qui savent les longs efforts qu’il faudrait faire pour y porter remède, et les dépenses et les inconvénients qui en résulteraient, se montrent généralement très conservateurs, par intérêt social, intérêt collectif d’une compagnie, ou intérêt personnel, au point qu’on a pu quelquefois sans injustice les accuser de l’être beaucoup trop. C’est-à-dire que chez eux les nouvelles tendances sont fortement arrêtées par les coordinations déjà formées. C’est là un point absolument général et qui se manifeste toujours de quelque manière alors même que les anciennes habitudes finissent par être désorganisées et que la nouvelle systématisation s’établit.

De même tout fait psychique tend à empêcher de se développer une nouvelle tendance qui ne peut s’harmoniser avec lui. Les cas de lutte de divers sentiments sont d’ordre normal. Ils n’est pas de jour où nous ne puissions en remarquer des exemples. Elle se produit soit à propos de sentiments très peu importants, soit à propos des fondements même de notre caractère. Dans cette catégorie rentre, par exemple, l’effort que fait en nous l’instinct de l’économie, ou tout autre considération, pour empêcher le goût d’une chose qui nous tente de se développer au point de s’associer avec les mouvements des jambes qui nous conduisent chez le marchand, comme aussi la quantité de sentiments variés qui, chez un vieillard, viennent tenter d’arrêter le développement d’un amour naissant pour une jeune fille. Les impulsions pathologiques nous montrent ce phénomène dans toute sa netteté. Ici des circonstances morbides que l’esprit ne peut vaincre, portent

LES LOIS DE L’ACTIVITE MENTALE

en lui l’impulsion et ne la laissent pas disparaître, mais les tendances antérieures font au moins tout ce qu’elles peuvent pour l’empêcher de ce développer. Un homme de bonne famille, raconte Spurzheim, sentit dès son jeune âge un penchant au vol ; il entra dans la carrière militaire, espérant être retenu par la discipline, et fut sur le point d’être condamné à mort. 11 étudia la théologie et se fit capucin, son penchant le suivit dans le cloître. Là il ne dérobe plus que de menus objets et se livre à son naturel sans s’en inquiéter , après quoi il avoue ce qu’il a fait et invite le propriétaire à venir reprendre son bien h Ici on le voit la lutte finit par un accord, le développement de la tendance n’a pu être complètement arrêté, mais il a été au moins enrayé et la nouvelle habitude a vécu ainsi en paix avec les autres. La tendance nouvelle, dans la folie, se manifeste souvent sous la forme d’une voix qui donne des ordres aux malades, et ceux-ci font souvent des efforts pour résister sans pouvoir toujours y arriver, l’inhibition ne peut se produire, ou plutôt elle se produit en sens inverse, ce sont les tendances habituelles qui sont arrêtées par l’influence de la nouvelle venue. Une jeune fille fort jolie, très douce, bien élevée, ayant des principes religieux, quitte sa maison et se réfugie dans une forêt pour obéir à une voix. Un homme riche, également poussé par une voix, vend ses biens et jette dans un puits tout l’argent qu’il retire de cette vente. Un dame que des voix empêchent de toucher aux mets qu’on lui présente, sait bien que ces voix proviennent d’une affection nerveuse ; elle s’aperçoit souvent que les voix lui font faire des choses déraisonnables, malgré tout, elle est forcée d’obéir. Poussée à se noyer, elle éprouve une résistance intérieure qui l’empêche de céder, mais elle craint de ne pouvoir toujours résister.

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