Esquirol. Des maladies mentales, T. II, p
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prit et même de l’état des organes avec les impressions faites par le milieu, elle implique une inhibition systématique des tendances organiques et psycho-organiques qui étaient en harmonie avecun milieu différent. Les métamorphoses chez les plantes ou les animaux, que nous avons précédemment citées et commentées ne se comprennent bien que si l’on fait intervenir l’arrêt en même temps que l’association. Qui a vu des amis dans un café et qui les retrouve dans un salon voit que leur manière d’être n’est pas la même. D’une manière générale la présence de personnes qu’on ne connait pas, mais qui ont une situation sociale importante à un point de vue quelconque (talent, position, fortune, influence, etc.), change jusqu’à un certain point la manière de penser et de sentir, la manière de s’exprimer et modifie même jusqu’à un certain point le son de voix des assistants. Le caractère d’une personne est ainsi variable selon les milieux, et certains défauts, certaines idées ne se manifestent très souvent que dans un milieu donné , partout ailleurs ils sont fortement arrêtés. Une nymphomane chez qui « une statue, un tableau, la vue d’un homme, le contact le plus simple, un mot suffisaient pour exciter les désirs violents » , était aussi sujette à des rêves lascifs « qui agissaient sur ses sens avec une force surprenante. Au reste dans la société cette dame s’imposait une telle réserve , que rien ne transpirait de ces dispositions qui la désolaient amèrement » L
De même que l’influence inhibitrice des sentiments est souvent employée dans l’éducation et aussi dans les relations sociales, on a tenté, quelquefois avec succès, de 1 appliquer au traitement de la folie. « Les heureux effets
1. Annales cl hygiène publique et de médecine légale , t. iv, p. 422. Art. de M. H. Bayard : Examen médico-légal de cette question : la Nymphomanie peut-elle être une cause d'interdiction ?
qu’on se propose, écrit Esquirol, ne s’obtiennent que par des secousses, des commotions, des évènements imprévus, des conversations vives et animées et courtes, car ce n’est point par de longs arguments qu’on peut espérer d’être utile aux aliénés. Il faut toujours parler avec vérité, sincérité à ses malades, n’employer que le langage de la raison et de la bienveillance, mais vouloir guérir les aliénés par des syllogismes et des raisonnements, c’est mal connaître l’histoire clinique de l’aliénation mentale.
« Il importe surtout de substituer à une passion imaginaire, une passion réelle Les passions excitantes,
l’amour , l’ambition , ont été appelées au secours des aliénés. Un mélancolique se désespère : on lui suppose un procès ; le désir de défendre ses intérêts lui rend son énergie habituelle. Un militaire devient maniaque : après quelques mois on lui dit que la campagne va commencer ; il demande la permission de rejoindre son général, il se rend à l’armée et y arrive très bien portant. »
« Une dame confiée à mes soins, dit-il ailleurs, qui croyait être damnée et avoir le diable dans le corps, fut guérie parla crainte des bains froids, qu’elle redoutait infiniment, dont on lui faisait la menace chaque fois qu’elle s’abandonnait à ses idées et à ses craintes chimériques. » Enfin «j’ai vu, ajoute le même auteur, la substitution d’une passion à une autre guérir la lypémanie en s’adressant à l’amour-propre, en l’irritant, en l’exaltant. J'ai fait taire des terreurs imaginaires ; j’ai vu l’amour prendre la place du délire mélancolique chez deux ou trois jeunes lypémaniaques de la Salpétrière. » Les moyens physiques qu’indiquait Esquirol, de guérir ou de soigner la folie, peuvent se rattacher au même principe. « Les sites bien éclairés, gais, pittoresques, conviendront aux lypémaniaques. Ceux qui sont tombés malades dans les pays chauds auront beaucoup de chances pour recouvrer leur
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raison dans les climats froids, et réciproquement ; les nostalgiques ne se rétablissent qu’en revoyant leur pays.»
Il se produit souvent dans l’ordre des sentiments et des tendances des phénomènes tout à fait comparables à l’anesthésie systématisée des somnambules. C’est une sorte de suppression systématisée de tout un groupe de tendances. L’inhibition se rattache toujours à la systématisation psychique, en ce sens que c’est une influence organisatrice qui la produit, mais dans les cas particuliers qui se présentent à nous maintenant, l’inhibition est complexe et, portant directement sur une tendance, elle agit indirectement sur d’autres tendances qui sont systématiquement associées à la première. De même que la mise en activité d’une tendance amène la mise en activité des tendances qui peuvent s’unir avec elles. en vue d’une fin commune, de même la mise en non activité d’une de ces tendances amène l’arrêt des autres , alors même que quelques-unes de ces autres pourraient, en d’autres circonstances, s’accommoder du nouveau système dominant. On en a des exemples dans des faits d’adaptation organique, par exemple, les modifications qui se produisent chez les eunuques corrélativement à l’ablation des organes sexuels, et dont quelques-unes au moins paraissent illogiques. Il est à remarquer du reste que l’opération faite après la puberté n’a pas les mêmes influences et que les modifications qu’elle produit sont moins nombreuses et moins profondes. C’est que les nouvelles qualités se sont développées et se sont associées aux conditions organiques qui persistent après l’opération. De même si, je suppose, un jeune homme, sous l’influence d’une passion vive , amour ou ambition , a rompu avec certaines habitudes de flânerie, s’il s’est plié à une régularité de vie qu'il n'avait pas auparavant, il se peut très
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bien que la disparition de l’amour ou de l’ambition fasse reparaître les anciennes tendances et disparaître les nouvelles qui, bien que s’accordant avec la passion dominante passagère, auraient pu être utiles, malgré la disparition de celle-ci. En ce cas l’association entre la personnalité entière, l’ensemble des tendances et les nouvelles habitutudes n’était pas suffisamment effectuée. L’influence des habitudes premières avait probablement arrêté jusqu’à un certain point la nouvelle systématisation, et bien que cette systématisation s’étendit jusqu’à la conduite, elle n’avait pas embrassé des éléments psychiques persistants dont l’influence l’a fait rejeter alors que quelques-uns de ses principaux éléments ont disparu. Si cependant les nouvelles habitudes avaient duré assez longtemps pour qu’une longue pratique les eût harmoniquement associées à une partie considérable de la personnalité, elles eussent pu subsister après la disparition de la cause qui les avait produites, et en fait, il arrive bien qu’une qualité, une habitude acquise sous l’influence d’un sentiment vif quelconque persiste après que ce sentiment s’est éteint. M. de Quatrefages a signalé un fait d’importance sociale mais de nature psychologique qui montre bien la forme particulière d’inhibition dont nous nous occupons à présent. C’est peut-être, dit-il, dans les arts, les industries « que se manifeste le mieux l’influence exercée par une race supérieure venant s’imposer aux races inférieures. En quelques années, celles-ci oublient et perdent leurs industries, celles mêmes qui leur assuraient une sorte de supériorité sur quelques points. Les Maoris ont substitué nos cotonnades aux fines nattes qu’ils tressaient pour leurs femmes-chefs, les Polynésiens ont remplacé par nos plus grossiers canots les doubles pirogues qu’ont admirées Cook et Bougainville et dont la plate-forme portait tantôt une modeste cabane pouvant servir d’abri à une famille, tantôt un groupe de guerriers qui, réunis aux rameurs,
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formaient un équipage de cent quarante à cent quatrevingts hommes » h
Nous avons ici une occasion de préciser à certains égards la nature de l’association systématique et bien que notre sujet actuel soit plus spécialement l’inhibition, il n’est pas inutile de voir comment une forme particulière de l’arrêt peut nous faire mieux comprendre l’association. Il ne suffit pas que dans l’organisme deux tendances ou deux phénomènes soient en harmonie, et puissent servir à une même fin, pour qu’ils soient réellement associés entre eux, il faut aussi que l’un puisse susciter l’autre. Il n’y a pas, en un sens, harmonie préétablie entre les tendances, il y a conditionnement des unes par les autres. Seulement la nature de l’esprit est telle que le conditionnement se fait généralement selon une loi de finalité et que réciproquement la finalité est une cause du conditionnement. Si deux tendances sont susceptibles d’être harmoniquement associées, elles finissent généralement par le devenir. C’est ainsi que nous conservons plusieurs survivances se rapportant à des croyances disparues, que nous agissons conformément à des théories acceptées autrefois. Ces théories, ces croyances, ne sont plus, mais ce qui, en elles, s’adaptait à la nature générale de l’homme et s’unissait systématiquement à ses tendances permanentes, a fini par s’associer réellement avec elles, et par persister avec elles quand les croyances-causes ont disparu. Cette association paraît se produire à la longue par le fait même de la vie qui suppose que les divers systèmes psychiques sont à quelque degré mis en rapport entre eux, éprouvés les uns par les autres, et placés dans des conditions qui les forcent à s’unir plus étroitement ou à disparaître. Nous en avons indiqué plus haut des exemples concrets. La tendance associative naît
1. Quatrefages. Introduction à l'étude des ïaeçs humaines , p. 246.
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et se fortifie peu à peu, nous avons des cas où elle est très faible et où elle cesse bientôt de se manifester, nous en avons d’autres où elle est déjà très visible, où les nouvelles habitudes acquises persistent plus ou moins longtemps après la suppression de la cause qui les a produites. Enfin dans certains autres cas, les associations qu’elles ont contractées avec des systèmes psychiques permanents suffisent à leur assurer une durée indéfinie.
La persistance des tendances arrêtées se manifeste de la même manière que la persistance des autres phénomènes, par leur retour à l’activité dès que l’inhibition cesse. Nous en avons déjà vu des exemples avec les cas du patriarche de Constantinople et de l’idiote de la Salpêtrière, il serait possible de les multiplier, on pourrait citer, par exemple, les faits nombreux de vertige épileptique arrêtant pour un moment une activité psychique quelconque qui recommence ensuite au point même où elle- s’est interrompue, et les faits analogues présentés par les aliénés ou les hypnotisés. Dans la vie normale le même phénomène se présente : je suis à travailler, on me fait une question, il y a un arrêt immédiat du système en activité et lorsque j’ai répondu, ce système recommence à se développer à partir du point où il s’est interrompu. En somme, nos tendances, — sauf les cas de disparition complète qui arrivent peut-être, mais qui sont plus rares qu’on ne pense, — persistent généralement en nous à quelques degrés, représentées par certains de leurs éléments qui, dès que les conditions seront favorables, en éveilleront d’autres et recommenceront à donner à l’esprit une orientation particulière. On sait combien les souvenirs, les habitudes de l’enfance, inhibées pendant longtemps par les coordinations qu’amènent les diverses circonstances de la vie et la nécessité de modifier incessamment les habitudes de l’esprit au moins pendant la jeunesse et
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de conserver ensuite longtemps ces modifications acquises, ont une persistance longue et opiniâtre et sont susceptibles de revenir lorsque la vieillesse ou la maladie ont détruit les coordinations supérieures qui, en retenant dans de certaines formes mentales les éléments psychiques, les empêchaient de manifester leurs tendances associatives premières. Par exemple, un individu émigre, il habite un pays qui n’est pas le sien, il en apprend la langue ; les objets usuels, les sentiments même, enfin tout ce qu’il a à nommer s’associe aux nouvelles formes de langage qu’il est obligé de prendre pour se faire comprendre et sans lequel ses idées, ses croyances, ses actes ne pourraient être coordonnés avec les idées et les actes de ses nouveaux concitoyens, c’est à-dire avec les nouvelles conditions d’existence qu’il s’est faites. Les nécessités de la vie lui font toujours employer cette langue, il finit par oublier même sa langue maternelle, c’est-à-dire que les premières associations sont si bien arrêtées que la volonté même, ou une tendance quelconque ne peut les reproduire, mais si la nouvelle coordination vient à cesser, si une maladie vient détruire les systèmes les plus récents, la force inhibitrice cesse et les affinités inoccupées depuis tant d’années se manifestent encore, et à mesure que la dissociation des systèmes récents se continue on voit en quelques cas se manifester successivement des associations de plus en plus anciennes. Tel est le cas de l’homme qui ayant appris successivement trois langues différentes et ayant perdu par maladie l’usage de celle qu’il employait en dernier lieu, revint d’abord à la précédente, et enfin à la première de toutes, à celle qu’il avait parlé étant enfant h
Après la persistance des habitudes de l’enfance, il faut
1. Abercrombie. Inquiries concerning the intellectual poioers , été. Voir plusieurs cas intéressants, Ribot, Maladies de la mémoire.
Les lois de l’activité mentale
noter celles des habitudes de nos ancêtres et spécialement les faits d’atavisme. Que l’on adopte la théorie de la pangenèse de Darwin ou la théorie de la perigenèse des plastidules de Ilæckel ou quelque autre 1 ou bien encore qu’on n’en accepte aucune et qu’on trouve la question insoluble ou non résolue, le fait est indéniable, nous portons en nous virtuellement des tendances qui furent celles de nos ancêtres humains et peut-être celles de nos ancêtres animaux. Les éléments de notre organisme et de notre esprit ont des désirs , des besoins qui leur sont transmis par une longue suite d’inlluences dont l’origine remonte à des milliers d’années. Les matériaux de notre corps se renouvellent, il n’est sans doute pas d’atome dans les cellules de notre corps qui ne soit destiné a être remplacé, à disparaître dans le tourbillon vital , emporté par les opérations chimiques dont la vie est la synthèse, mais la matière passe et la forme reste, au moins en partie, elle reste et agit, influençant les nouvelles combinaisons qui se produisent. Ainsi nos cellules et les organes qui les réunissent et l’organisme qui est la synthèse de ces organes gardent des habitudes permanentes que l’expérience modifie et perfectionne, mais en apprenant à agir de nouvelles manières, en entrant dans de nouvelles combinaisons, elles n’ont pas entièrement désappris leurs premières manières d’être. La mer, dit-on, est encore agitée par le sillage des vaisseaux de Pompée, et notre être vibre encore , pourrait-on ajouter , des désirs qui ont agité nos ancêtres de l’âge de pierre et peut-être aussi des tendances qui ont synthétisé les actes vitaux rudimentaires du protoplasma qui a vécu dans les mers laurentiennes ou cambriennes. Depuis lors la complication des systèmes physiologiques et psychiques s’est
1. Voir un exposé des récentes théories sur la génération et l’hérédité, d’après le cours de M. Balbiani dans la Revue philosophique, 1889, t. I.
l’iNHIBITION SYSTÉMATIQUE — TENDANCES
indéfiniment accrue, mais c’est encore la même tendance, le même désir de vie et d’harmonie qui se manifeste en nous et ce sont encore les mêmes formes d’association qui se montrent lorsque les circonstances permettent aux plus anciennes habitudes de se manifester. Et nous en avons de merveilleux exemples où la psychologie ne les cherche pas assez souvent. La cellule fécondée, le germe d un nouvel être va reproduire successivement des ébauches des divers états par où l’homme a passé, s’il est vrai, comme la seule hypothèse acceptable nous l’indique, qu’il ait son origine dans les êtres inférieurs. N’est-ce pas là, à notre point de vue, la remise en activité de ces tendances inaperçues pour la conscience, oubliées depuis des millions d’années peut-être, mais qui ont continué d’être présentes dans l’intimité des tissus, arrêtées, entravées par toutes les circonstances de la vie actuelle, mais persistant toujours ? J’ai essayé d’établir et de rappeler dans un chapitre précédent la systématisation singulièrement étroite de l’esprit et de l’organisme , il semble que chacun de nos actes, que chacune de nos pensées, ait son retentissement sur la vie organique, et il n’est pas douteux que cette coordination générale de l’organisme et de l’esprit ne se renouvelle à chaque instant et qu’une quantité innombrable d’imperceptibles modifications ne se produise à chaque instant dans les éléments qui nous composent, il n’est pas douteux non plus qu’elles laissent une trace. Les influences les plus faibles exercent une action persistante sur la matière, une expérience connue est celle-ci : Posez un pain à cacheter sur un rasoir, souillez, une légère couche humide se dépose sur l’acier, par la condensation de la vapeur d’eau de l’haleine , excepté sur la partie préservée ; qu’on laisse l’instrument sans le toucher pendant un temps même très long, vous verrez, en soufflant de nouveau, reparaître la forme ronde du pain à cacheter. La conservation
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des modifications organiques est bien connue aussi. Chez les syphilitiques, même complètement guéris en apparence, les éléments organiques gardent la trace du mal, et à la moindre occasion, une blessure, par exemple, des accidents se produisent qui témoignent de la modification subie par le corps. La divination de la pensée par le sens musculaire et le sens du tact, comme font montrée les expériences de M. Cumberland, fait pressentir jusqu’où va la modification que l’esprit impose à l’organisme. Mais si nos pensées et nos actes se réfléchissent dans les organes et les modifient plus ou moins , chaque partie de nous a pour ainsi dire jusqu’à un certain point la marque de l’organisme auquel elle appartient. J’ai cité plus haut des faits qui montrent jusqu’à quel point la reproduction d’un état organique très particulier peut entraîner la reproduction d’un état psychique avec lequel il s’est associé.
Ainsi l’ovule et le spermatozoïde ont reçu certainement des modifications inappréciables des actes, des pensées, des désirs des individus auxquels ils ont appartenu. Ils ont contracté ainsi des dispositions particulières, une tendance systématisatrice spéciale qui déterminera la forme que prendront , selon les circonstances, les nouveaux phénomènes que la croissance va produire. Ce n’est pas sur un terrain vierge que tombent les premières excitations, ce n’est pas un terrain vierge que fécondent les premiers aliments. Il a en lui des tendances qui lui viennent de loin et que les circonstances vont manifester et comme il a la forme des êtres inférieurs, des « organismes sans organes », c’est leur manière d’être qu'il reproduit tout d’abord, et à mesure qu’il se développe nous voyons ses virtualités latentes, que l'organisme adulte n’avait pu favoriser, mais qu’il gardait comme un héritage de ses ancêtres, se manifester dans les limites du possible organiquement et psychiquement, et être de nouveau inhibées
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par un développement nouveau qui permet l’apparition d’une nouvelle couche, plus récente , de ces souvenirs anciens. La génération, l’hérédité tout entière, le développement de l’être nous paraît ainsi comme la manifestation de tendances persistant malgré l’inhibition dont elles n’ont cessé d’être frappées, sauf à de rares intervalles, dans la série des organismes qui les ont contenues, et ces tendances ne sont que des propriétés de la matière organisée en général, ou des propriétés particulières de la matière organisée de telle ou telle manière, d’éléments systématisés selon une loi donnée. Le développement qui s’effectue après la naissance prête à des considérations analogues, la manifestation des habitudes psychiques qui a caractérisé tel ou tel état de l’évolution humaine, s’explique par les mêmes considérations, et de même l’apparition des tendances qui ont caractérisé telle ou telle race dans un membre de cette race, telle ou telle famille dans un membre de cette famille , telle ou telle personne chez son enfant ou son descendant direct.
Le développement de l’embryon est évidemment une condition exceptionnellement favorable pour la réapparition des tendances inhibées pendant l’âge adulte — l’état des organes ne permettant pas alors que les formes supé- « rieures de l’organisme et de l’esprit puissent se montrer — mais dans la vie adulte, si ces formes supérieures sont détruites, ou provisoirement arrêtées, à leur tour, les formes inférieures reparaissent. Laycock dit avoir souvent observé que dans les affections cérébrales qui atteignent 1 homme d’une haute culture intellectuelle, il y a une réversion à l’état mental de l'enfance des ancêtres et même de l’homme sauvage. Nous avons déjà vu 1 un cas emprunté à Galton où une habitude ancestrale paraît déterminer certains phénomènes. Un fait de même