Lombroso. L'homme criminel
2. Voir particulièrement Tarde. La criminalité comparée , ch. I.
LES LOIS DE LACTIVITÉ MENTALE
expose, d’après Vogt, l’arrêt dont est frappé le développement du cerveau chez les idiots microcéphales. « Le crâne de ces idiots est plus petit et les circonvolutions du cerveau sont moins compliquées que chez l’homme à l’état normal. Le sinus frontal, largement développé, formant une projection sur les sourcils, et le prognathisme effrayant des mâchoires donnent à ces idiots quelque ressemblance avec les types inférieurs de l’humanité. Leur intelligence et la plupart de leurs facultés mentales sont d’une extrême faiblesse. Ils ne peuvent articuler aucun langage, sont incapables de toute attention prolongée, mais sont enclins à l’imitation. Ils sont forts et remaquablement actifs, gambadent, sautent sans cesse et font des grimaces. Us montent souvent les escaliers à quatre pattes et sont singulièrement portés à grimper sur les meubles ou sur les arbres. Ils nous rappellent aussi le plaisir que manifestent presque tous les jeunes garçons à grimper âux arbres, et ce fait que les agneaux et cabris, primitivement animaux alpins, aiment à folâtrer sur les moindres élévations de terrain qu’ils rencontrent. Les idiots ressemblent aussi aux animaux inférieurs sous quelques autres rapports, ainsi on en a connu plusieurs qui flairaient avec beaucoup de soin chaque bouchée avant de la manger. On cite un idiot qui pour attraper les poux, se servait indifféremment de sa bouche ou de ses mains. Les idiots ont d’ordinaire des habitudes dégoûtantes ; ils n’ont aucune idée de la décence ; on a remarqué que certains avaient le corps couvert de poils » b Enfin un fait général qui montre à
1. Ch. Darwin. La descendance de V homme. Trad. E. Barbier» p. 34, 35. Je dois dire ici que M. de Quatrefages a contesté l’interprétation de Vogt et s’est refusé à voir dans les anomalies présentées par les idiots microcéphales des caractères ataviques. D'ailleurs M. de Quatrefages ne nie nullement l’atavisme d’une façon générale, il en cite luimême des exemples et c’est sur des phénomènes ataviques qu'il s’appuie
merveille la persistance des systèmes inhibés, c’est le retour au type que manifestent très fréquemment les espèces domestiquées ou modifiées par l’homme dès que les conditions d’existence changent, dès que la contrainte imposée ne se fait plus sentir, c’est-à-dire dès que les systèmes inhibiteurs qui n’ayant pas encore acquis assez de cohésion dans l’organisme ont besoin d’être maintenus par l’influence de circonstances extérieures particulières viennent à disparaître et que les éléments de l’organisme peuvent reprendre leurs anciennes associations : « Que les plantes cultivées et les animaux domestiques redeviennent sauvages, dit Hæckel, qu’ils soient soustraits au milieu de la vie domestique, alors apparaissent des modifications, qui ne sont pas seulement le résultat d’une adaptation à de nouvelles conditions d’existence, mais qu’il faut aussi considérer comme un retour atavique partiel à la forme ancestrale primitive, d’où provient le type domestique. C’est ainsi que l’on peut, en cessant de cultiver les variétés de choux si extraordinairement diverses, les ramener peu à peu à la forme ancestrale originelle. De même les chiens, chevaux, bœufs, etc., redevenus sauvages retournent souvent plus ou moins aux types éteints. Une immense série de générations peut s’écouler avant que la puissance de cette hérédité latente s’amortisse complètement» ». On remarquera qu’il s’agit
pour émettre sa théorie de l’homme primitif au teint se rapprochant de celui des races jaunes et à chevelure tirant sur le roux. (Voyez L’espèce humaine, p. 181), conception qui ne parait pas d’ailleurs beaucoup moins hypothétique que celle de Darwin. Il ne m’appartient pas de porter un jugement décsif sur les points controversés, et d’ailleurs le fait général de 1 atavisme qui n’est pas mis en doute suffit à ce que nous avons à dire ici de l’inhibition et de la permanence des tendances arrêtées et de la remise en activité des tendances.
1. Hæckel. Histoire de la création des êtres organisés d'après les lois naturelles, p. 187,
282 LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
dans une grande partie des faits qui précèdent, de l’inhibition et de la permanence des tendances purement organiques aussi bien que des tendances psychiques. Les formes du corps et les formes de l’esprit, les coordinations organiques et les coordinations psychiques sont soumises aux mêmes lois. La systématisation psychique et la systématisation organique ne peuvent être complètement séparées l’une de l’autre et l’on peut seulement se demander comment les distinguer, et si la coordination psychique doit être considérée comme un cas particulier de la coordination organique, ou si au contraire- toute coordination organique ne peut pas être considérée comme étant essentiellement de nature psychique. Les deux affirmations peuvent, au reste, se concilier dans une même théorie.
Ainsi partout dans la vie des sentiments, des passions, des tendances, nous trouvons l’inhibition, c’est bien une forme essentielle du fonctionnement des phénomènes psychiques que nous avons étudiés dans ce chapitre. Les sentiments, les passions, les tendances qui arrêtent souvent la systématisation vers laquelle tendent d’autres éléments psychiques, perceptions, images, ou idées sont arrêtés à leur tour soit par ces phénomènes, soit par d’autres tendances. A chaque moment des arrêts de ce genre se produisent et l’activité d’une tendance ne peut se produire qu’en déterminant l’arrêt de plusieurs autres. Des raisons générales et des exemples particuliers ne laissent aucun doute à cet égard. Mais les tendances arrêtées ne sont pas détruites , elles persistent à l’état latent, c’est-à-dire qu’il en reste dans l’esprit des éléments, des coordinations partielles qui, plus tard, quand les circonstances seront redevenues favorables, reproduiront des phénomènes semblables à ceux du passé. Nous avons vu que ces tendances inhibées peuvent passer en
l/lNHIHITION SYSTÉMATIQUE — TENDANCES
germe d’un individu à ses enfants et persister ainsi pendant de longues séries de générations. Finissent-elles par disparaître complètement? Il semble bien au moins qu’il en reste toujours quelque trace et que, à cet égard, nous soyons toujours à quelque degré ce que nous avons été jadis ou ce que nos ancêtres ont été avant nous ; c’est ce que paraissent prouver les cas de retour de souvenirs perdus, de tendances disparues et qu’on aurait pu croire mortes à jamais, mais évidemment le rappel des actes anciens peut devenir de plus en plus improbable, peutêtre même en certains cas tout à fait impossible. La question n’est pas d’ailleurs des plus importantes et la permanence générale des tendances nous suffit, et nous aide singulièrement à comprendre le phénomène de l’inhibition.