Les maladies de la volonté. Introduction et passim
l’inhibition systématique — VOLONTÉ 287
La grande différence qu’il y a au point de vue de l’inhibition entre le cas où la nouvelle tendance est rejetée, et le cas où elle ne l’est pas, c’est que l’arrêt est définitif (pour cette fois au moins) dans le premier cas, et qu’il est provisoire dans le second. Dans le premier comme dans le second la tendance est arrêtée, mais après examen elle continue à être arrêtée, elle est remise en activité dans le second. Je comparerais volontiers le sort de ces deux tendances à celui de deux individus, arrêtés parla police, dont l’un est reconnu innocent et relâché, dont l’autre est présumé coupable et définitivement retenu. Pour que le moi puisse examiner une tendance, c’est-à-dire pour que celte tendance puisse essayer de s’associer à des éléments importants des autres tendances dont la synthèse constitue la personnalité, il faut qu’elle n’aboutisse pas immédiatement. D’une manière générale et toutes choses égales d’ailleurs, la longueur de l’arrêt est proportionnel au degré d’importance de l’intervention du moi. Un homme qui se préoccuperait constamment d’agir logiquement et conformément à sa personnalité vraie, qui aurait toujours le désir de ne commettre aucun acte que rigoureusement examiné, et reconnu comme ne devant occasionner ni regret ni remords, qui voudrait en un mot raisonner absolument et complètement tous ses actes s’exposerait à n’agir qu’avec une lenteur extrême. Ce n’est pas le défaut de la plupart des hommes, et il n’v a pas à leur faire un reproche d’arrêter trop longtemps les impulsions et les idées qui arrivent pour vérifier leur nature et leur portée ; généralement elles sont acceptées ou rejetées sans examen sérieux , le moi ne s’émeut pas facilement, et dans beaucoup de cas quelques éléments psychiques à peine sont mis en activité.
Le phénomène de l’arrêt dans le cas où l’impulsion finit par être acceptée est bien mis en lumière par les expériences sur la durée des phénomènes psychiques. Si
LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
le sujet de l’expérience doit réagir d’une certaine manière lorsqu’il percevra un signal lumineux, la réaction se fait au bout d’un temps déterminé, variable selon les individus, après la perception du signal. Mais si la perception lumineuse peut varier, si par exemple le signal donné peut avoir différentes couleurs, et si la réaction ne doit se produire qu’après l’apparition d’une couleur désignée, le temps de réaction est augmenté. Analysons le phénomène : l'esprit est préparé à l’expérience, c’est-à-dire qu’il est orienté vers la réaction, les muscles qui doivent agir dans un cas donné sont déjà faiblement excités, il y a une tendance évideifte à l’acte, et elle est déjà arrêtée pendant l’attente. D’un autre côté, lorsque le signal lumineux se produit, la sensation qu’il excite tend à se coordonner avec les images motrices éveillées, avec les phénomènes qui constituent cet état particulier d’excitation faible. Cette tendance est telle que le sujet est porté à réagir quelle que soit l’excitation produite. Si un signal quelconque doit déterminer la réaction, la synthèse des phénomènes n’est pas ou presque pas arrêtée (elle l’est en réalité à quelque degré toutes les fois que la conscience apparaît), mais si l’esprit doit distinguer, reconnaître cette impression, il se produit un arrêt plus marqué, et le temps de réaction augmente h Cette augmentation du temps de réaction marque la durée de la discrimination, c’est-à-dire du temps nécessaire pour qu’une impression puisse être examinée, être appréciée par certaines habitudes mentales. Remarquons qu’il ne s’agit ici que d’un acte de réflexion très élémentaire, et que le pouvoir personnel intervient à peine. Il intervient cependant et des enfants se laisseraient, au moins au début, entraîner à répondre chaque fois à l’excitation quelle qu’elle fût. Un jeu qui peut faire la récréation des personnes à goûts
1. Voyez Ribot La psychologie allemande contemporaine, et Buecola, La leage del tempo nei fe nome ni psicliici.
l’inhibition SYSTE M AT I O U E