‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 81 sur 133 · VOLONTÉ · texte numérisé non relu

VOLONTÉ

très simples et qui amuse les entants, pigeon vole, nous montre à l’œuvre le pouvoir personnel et 1 arrêt que 1 acte de volonté et de réflexion le plus simple doit occasionner. On sait en quoi consiste ce jeu, un des joueurs énonce une proposition juste ou fausse en levant le doigt appuyé auparavant, comme celui de ses compagnons, sur un objet quelconque. Si la proposition est juste : pigeon vole, cheval court, oiseau chante, etc., les autres personnes doivent lever le doigt ; si la proposition est fausse : cheval vole, âne chante, etc., ils doivent le laisser immobile. Celui qui se trompe ou hésite trop donne un gage. Or,, le fait seul qu’un des joueurs lève le doigt, dispose instantanément les autres, d’une manière générale, à en faire autant, de plus l’excitation de l’ouïe par les paroles prononcées doit être aussi un excitant ( Cf. les expériences de M. Féré sur la dynamogénie et les faits cités plus haut), il existe donc chez le joueur une certaine tendance arrêtée par la nécessité de vérifier l’assertion lancée. Si le pouvoir personnel est insuffisant, et cela arrive souvent chez les enfants, l’impulsion n’éveille aucune idée, elle se produit sans arrêt marqué, par action réflexe ; dans le cas contraire il se produit un arrêt plus ou moins appréciable selon la perfection de l’organisation acquise, et l’un des écueils à éviter est précisément le trop de longueur de cet arrêt. Remarquons encore ici qu’il s’agit de réflexions très simples.

A mesure que les actes de volonté, de réflexion se compliquent, l’inhibition provisoire devient plus marquée. D’un côté il faut évidemment un certain temps pour que de nombreuses tendances puissent entrer en rapport avec un processus nouveau, de l’autre il est rare que quelqu’une de ces tendances n’ait pas quelque difficulté à s’associer avec ce processus, et par conséquent ne l’arrête dans une certaine mesure. Au fond, c’est là d’une manière générale la cause de l’arrêt. Ici l’arrêt est double, les deux

LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE

tendances en désaccord s’arrêtent réciproquement, avec des alternatives visibles de succès relatif et* de défaite relative pour l’une et pour l’autre, jusqu’à ce que l’arrêt de l’une d’entre elles se produise définitivement et qu’une orientation de l’esprit s’établisse par l’arrêt de tous les phénomènes, de toutes les tendances qui ne peuvent pas s’accorder avec celle que l’esprit a définitivement choisie.

Le développement de la volonté est le développement de ce pouvoir d’arrêt momentané ou définitif. « Ce qui distingue la volonté dit très bien M. Bernard Pérez, du réflexe, de l’instinct, de l’habitude, c’est avant tout le degré de conscience qui est en général assez net dans l’acte dit volontaire. Mais la conscience ne suffit pas pour constituer la pleine volonté, il faut un intervalle, si court soit-il, entre l’idée, le désir et l’acte. Cet intervalle est rempli par le jeu des motifs et des mobiles préparant le choix. C’est ici l’œuvre de la délibération » L Et la façon dont il résume ses observations sur les jeunes enfants est en parfait accord avec la théorie. « A mesure, dit-il, que l’expérience de l’enfant se forme , un plus grand nombre de sensations, de sentiments et d’idées, c’est-à-dire de mobiles et de motifs déterminants, s’interposent entre l’action et la détermination autrefois simple et instantanée » 1 2. On ferait une remarque analogue en examinant des degrés divers du développement du pouvoir personnel, depuis les hystériques, chez qui, dans certains cas, le pouvoir personnel est presque nul, et les gens légers qui agissent perpétuellement d’une manière pour ainsi dire réflexe, à la merci des idées en l’air et des sentiments peu solides que les perceptions éveillent

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