Bernard Pérez. L'enfant de trois cl sept ans , p
2. Bernard Pérez. La psychologie de l'enfant ( les trois premières années) p. 125.
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continuellement en eux selon divers modes, jusqu’aux personnes dont la réflexion est le caractère dominant et qui se mettent tout entières dans chaque parole qu elles prononcent, dans chaque acte qu’elles accomplissent. Et il ne s’agit ici, bien entendu, que des volitions positives, non des tendances définitivement arrêtées.
Nous avons déjà cité des faits dans lesquels le pouvoir d’inhibition est suspendu ou détruit. Nous devons considérer à un autre point de vue maintenant ces faits ou des faits analogues, en les reprenant au point de vue de la volonté active. C’est un fait admis que l’habitude, en facilitant les actes, finit par les soustraire à l’influence de la volonté. Généralement, en effet, le moi n’intervient plus pour vouloir un acte peu important ou qui nous est familier. Après avoir péniblement appris à écrire, nous écrivons automatiquement, et plus vite ; quand le moi n’intervient plus, l’inhibition ne se produit plus, ou presque plus, la tendance active n’éveille plus les autres tendances. Notons en passant qu’il y a là un écueil pour la systématisation générale de l’organisme. Il n’est pas bon de laisser disparaître le contrôle de la volonté sur des actes ou des séries d’actes, car plus tard peut-être la tendance automatique ne pourra plus être arrêtée, et plus voisine de la perfection en elle-même, parce que sa coordination propre est plus complète, elle pourra nuire à la coordination générale de 1 organisme. C’est ainsique des actes accomplis d abord avec l’intervention de la volonté, peuvent ensuite être accomplis automatiquement et finir par l’être, malgré la volonté même.
Le fait de la volition renferme d’autres inhibitions que celle de la tendance principale qui, avec le consentement de l’esprit, c’est-à-dire harmoniquement avec les tendances éveillées, détermine un acte, ou qui est rejetée par l’organisation psychique. Nous avons vu, en effet, que parmi les
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tendances éveillées à propos de la résolution qu’il s’agit de prendre, un certain nombre sont généralement hostiles au nouveau processus qui tend à s'établir. Si je délibère pour faire un voyage ou un achat, les raisons que j’ai de ne pas le faire viendront se présenter à la conscience, suscitées quelques-unes au moins, parles tendances qui constituent le moi. Tant que la délibération dure, des tendances opposées naissent, se développent, disparaissent presque sans qu’une coordination définitive se dégage, puis brusquement cette coordination définitive se fait, l’orientation de l’esprit change, — les phénomènes se sont classés, et ce fait qui est caractérisé d’uu côté par une association systématique que nous avons déjà examinée, est caractérisé aussi par une inhibition. Les phénomènes qui ne peuvent trouver leur place dans la nouvelle forme de l’esprit disparaissent, le moi change en quelque sorte, en ce sens que les tendances en activité qui le composent ne sont plus tout à fait les mêmes. Si, par exemple, je me décide àfaire un voyage, il y a, au moment où je prends mon parti, inhibition plus ou moins complète des tendances qui m’auraient poussé à rester chez moi. En général on oublie momentanément les raisons qui ont fait hésiter, les sentiments qui ont longtemps contesté la décision enfin prise. Sans doute, ces sentiments, ces idées peuvent se manifester encore, mais elles sont au second plan, elles déterminent des regrets sourds, des impressions pénibles de divers genres, mais elles ne luttent plus, c’est-à-dire que certaines de leurs associations sont rompues. Quand on a décidé défaire une chose, on peut éprouver quelquefois des regrets, on pense qu’on aurait pu agir autrement, mais on ne se représente plus l’autre terme de l’alternative comme étant actuellement possible, ou on ne se le représente que sous forme de proposition verbale, et à moins que la délibération ne recommence, ce qui arrive parfois, les idées et les sentiments qui peuvent persister
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encore et qui sont opposés à la décision semblent sur un un autre plan, ils forment, pour ainsi dire, partie d’un autre moi, on sent que quelque chose les empêche d’arriver à la pleine conscience et de jouer un rôle actif dans l’esprit. On a, si j’en crois mon expérience propre, un sentiment très net de ce genre d’arrêt quand il vient à cesser ou bien quand il s’est produit et que l'on compare les deux états. Je me représente une chose que je sais ne pas devoir arriver, par exemple, que demain je partirai pour l’Italie, je puis penser aux préparatifs à faire, je puis rêver aux agréments du voyage, etc., je puis désirer, je puis me représenter même assez vivement certaines choses, mais quoi que je fasse, je sens que tout cela n’est pas sérieux, que cette activité est arrêtée, qu’elle ne peut pas avoir de suite, et je me suis d’autant mieux rendu compte de cet arrêt qu’il m’est arrivé, comme à tout le monde je pense, de commencer par rêver à des choses qui me paraissaient impossibles, que je me représentais pourtant comme réelles et qui ensuite devenaient possibles et étaient l’objet d’une volition ou d’une série de voûtions. La différence entre les deux états est très marquée. De même quand j’ai pris une décision qui contrarie certains de mes goûts, je puis penser que je ne l’ai pas prise, je puis me représenter moi-même n’ayant pas pris cette résolution et n’ayant pas à faire ce qui me contrarie, mais je n en sens pas moins que la décision est prise, qu’elle s’accomplira, que mon esprit est orienté d’une certaine manière, accordé sur un certain ton et que sans que je m’en mêle davantage, l’acte suivra, et, désormais, presque automatiquement ; les tendances contrariées sont inhibées en tant qu’elles tendraient à détruire cette organisation, à déterminer des séries d’actes autres que ceux que mon esprit a décidément choisis et qui ont été l’objet d’un acte de volonté. En un mot elles ont perdu le pouvoir de diriger, au moins à certains égards, l’organisme,
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elles sont, pour un temps, impuissantes à s’associer les phénomènes d’activité musculaire qui s’harmoniseraient avec elles.
Si l’on me permet encore une comparaison, avec les faits sociaux, et je crois qu’ici la comparaison est très apte à nous faire comprendre le phénomène en question, je comparerai ce qui se passe dans l’esprit après une volition, avec ce qui a lieu dans une assemblée parlementaire quand un vote important vient d’avoir lieu après avoir soulevé des discussions nombreuses et suscité une vive opposition. Les membres de l’assemblée dont l’opinion n’a pas prévalu, existent encore, ils gardent leur manière de voir, ils peuvent l’émettre en dehors et ne pas désespérer de lavoir triompher un jour, ils regrettent ce qui s’est passé, mais tous ces regrets, tous ces chagrins qui se produisent dans l’assemblée ne peuvent rien sur la réalité , l’opinion et les sentiments de la minorité sont à moins d’une révolution, radicalement impuissants, ils ne peuvent avoir aucune action sur les actes qui résulteront du vote de la loi, ces actes s’accomplissent, si vifs que soient les regrets, si ardente qu’ait été la lutte ; l’orientation politique est faite, une nouvelle coordination sociale s’est établie, et pour le moment au moins, les sentiments de ceux qui n’ont pu l’empêcher ne peuvent rien contre elle.
Il n’est guère besoin d’insister longuement sur ce fait que l’activité volontaire suppose l’inhibition d’une grande quantité de tendances qui ne sont pas directement intéressées à ce qui se passe à ce moment même dans l’esprit. Quand nous délibérons fortement, les perceptions ne déterminent guère en nous les systèmes psychiques qu’en d’autres temps elles pourraient éveiller; l’activité mentale tendant à se coordonner selon un mode déterminé, les systèmes psychiques qui sont reliés selon un mode différent à tel ou tel élément actuellement en activité ne sont
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pas, en général, suscités par lui, mais cette inhibition ne diffère pas de celle que nous avons déjà étudiée a propos des phénomènes intellectuels et des tendances. Il me subit donc de faire remarquer qu’elle se produit pendant la délibération comme pendant l’éveil de toute activité hautement coordonnée, et de rappeler ce qui s’est dit aux chapitres précédents, on pourrait ici multiplier les faits sans aucune utilité.
De même je n’ai pas besoin d’insister sur la persistance des tendances inhibées, j’en ai indiqué certains cas dans ce qui précède et j’ai traité longuement la question au chapitre précédent ; j’ai examiné implicitement la persistance des tendances arrêtées par l’intervention de la volonté, en étudiant la persistance des tendances arrêtées en général. Il y a d’ailleurs une infinité de degrés entre les actes volontaires et les actes involontaires et au point de vue spécial qui s’offre maintenant, ce qui s’est dit des derniers peut se dire tout aussi bien des autres.
11 est bien entendu que tout ce qui est vrai de la volonté s’applique également à l’attention volontaire, et à la réflexion, en tant que ces phénomènes peuvent passer pour des cas particuliers de la volonté ; l’attention et la réflexion impliquent des arrêts multiples, si nous portons notre attention sur un fait, nous arrêtons une foule d’idées qui pourraient naître en nous à propos de diverses excitations, mais nous arrêtons aussi la représentation même du fait, nous l’empêchons d’aboutir trop vite à des conclusions ou à des actes, nous la mettons en rapport avec des groupes d’idées nombreux et variés. On dit à un écolier qui se trompe dans une version : faites attention, pour que la phrase qu’il a mal interprétée ne soit pas traduite trop vite, pour que les mots qui la composent soient arrêtés un moment dans l’esprit et menés pour ainsi dire
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d’une idée à l’autre jusqu’à ce qu’ils trouvent celles qui convient, auquel cas l’attention cesse. L’attention volontaire portée sur un objet d’art indique que l’on ne l’a pas bien goûté au premier abord car ce serait alors un cas d’attention spontanée et non d’attention volontaire, elle implique aussi que nous voulons mettre les perceptions que nous donne l’objet d’art en rapport avec des systèmes de sentiments, de goûts ou d’idées pour mieux l’apprécier et le comprendre, que nous retenons les sensations devant l’esprit et que nous arrêtons les jugements qu’elles tendent à déterminer en nous et dont nous nous méfions. Partout et toujours quand le pouvoir de contrôle intervient, nous nous trouvons en présence des mêmes phénomènes et je résumerai ainsi la part qu’y prend l’inhibition systématique : tout acte de pouvoir personnel (délibération et volition, attention volontaire, réflexion, etc.), implique un arrêt de la tendance nouvelle qui s’offre à l’esprit, arrêt relativement définitif, si la volition est négative, arrêt provisoire, si la volition est positive, (j’entends positive ou négative par rapport à la nouvelle tendance, car une volition en soi est toujours positive), un arrêt des tendances éveillées par la délibération et qui ne sont pas en accord avec l’état définitif (cet arrêt portant surtout sur les relations possibles de ces tendances avec la direction réelle de l'organisme) et un arrêt des tendances qui, sans contrarier directement la tendance dominante, lui nuiraient , si elles entraient en activité en détournant à elles une portion notable des forces nerveuses et psychiques.