‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 9 sur 133 · Legrand (lu Saulle. Les hystériques, p · texte numérisé non relu

Legrand (lu Saulle. Les hystériques, p

4. Voir Ribot. Les maladies de la volonté . Le règne des caprices.

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dont les souvenirs nous viennent, dont nos désirs se forment, dont nos décisions sont prises, impliquent dans une grande mesuie l’activité d’éléments psychiques qui travaillent pour eux-mêmes, — pendant que nous sommes occupés d’autre chose, — assez faiblement pour que leur oeuvre passe longtemps inaperçue, avec assez de force pour que, à un moment donné, une nouvelle idée, idée de génie, idée ordinaire, idée criminelle arrive à se produire et à se formuler sans être prévue, et s’impose au moi qu’elle modifie, qui la modifie et dont elle fait désormais partie intégrante. Un grand nombre d’idées et de désirs naissent ainsi sans qu’on s’y attende et bien souvent sans qu’on puisse préciser leur origine et suivre leur développement.

Les mouvements à l’état normal et pathologique seraient un intéressant objet d’étude au point de vue de la loi dont nous nous occupons ici, mais il serait trop long de développer chaque détail. La pathologie du langage nous offre des exemples plus précis et peut-être plus concluants encore. On y voit l’indépendance relative des systèmes d’impressions qui sont les mots et des systèmes plus réduits encore qui sont les lettres. Souvent dans le désordre complet du langage quelques mots restent et peuvent seuls être prononcés. « Un malade de la clinique de Westphal, paralysé depuis peu à la suite d’une attaque d’apoplexie, avait conservé l’apparence d’une grande intelligence, mais il ne pouvait ni prononcer spontanément un mot, ni répéter ceux qu’on lui disait. Lorsqu’on prononçait devant lui une parole il ouvrait la bouche, faisait toutes sortes de grimaces, et des efforts visibles pour parvenir à répéter ce qu’on disait, mais il n’arrivait constamment qu’à dire « tschi-tschi » ou bien « akoko », il était également incapable d’imiter des sons isolés. Lorsqu’on l’invitait à faire une lecture, car il avait appris à lire, il produisait (quelles que fussent les lettres

LA VIE DES ÉLÉMENTS PSYCHIQUES

qui étaient dans le texte) comme en épelant, les sons a, u, œ, etc., qu’il était ensuite capable de répéter... A la dictée il écrivait convenablement de sa main gauche son nom et celui de sa femme h » Ce fait a l’avantage de montrer l’indépendance relative d’un grand nombre de systèmes psychiques, mots écrits, mots prononcés, sons isolés ; du reste, les exemples de pareils phénomènes abondent dans les ouvrages où sont étudiés les troubles de la parole. M. Bernard rapporte d’après M. Grasset un cas où l’on voit bien comment un système existe en luimême et forme une unité, non seulement par rapport aux autres systèmes, mais, en quelque sorte, par rapport à ses propres éléments. « Un officier, réduit à pardi et à b. , incapable de prononcer les mots enfst7it et patrie isolément, chante exactement le premier couplet de / a Marseillaise. paroles et musique.» MM. Escot, Onimus, Hallopeau, Brown-Séquard ont rapporté des faits semblables 1 2. D’autres malades peuvent dire un air sur une seule syllabe et ne peuvent prononcer les paroles ; on voit encore ici l’indépendance relative de deux systèmes qui sont unis en général et qu’on aurait pu croire indissolublement unis.

M. Bernard fait remarquer qu’il en est, en général, des airs et de leurs paroles comme du reste du langage des aphémiques « Ce sont des clichés dont les malades ne peuvent rien détacher, qu’ils donnent tout d’une pièce. » On le voit, le système est un, les éléments en sont dans ces cas indissolublement agglutinés les uns aux autres, ils ne peuvent se séparer. D’autres exemples nous font voir au contraire d’autres modes d’association et de dissociation. M. Kussmaul cite, d'après Graves, le fait d’un malade qui avait à la suite d’une attaque perdu les noms propres et les substantifs, sauf les lettres alphabétiques initiales ; pour le reste il n’avait pas perdu la

1. Kussmaul. L~s troubles de la parole, trad. franç., p. £07.

% Bernard. De l'aphasie, et de ses diverses formes , p. 125.

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parole. II se fit donc un dictionnaire des substantifs nécessaires pour la vie courante et le consultait aussi souvent qu’il était arrêté par un de ces mots. Voulait-il, par exemple, dire vache, il cherchait dans la lettre \ . On voit comment des lettres peuvent exister isolément dans l’esprit ou plutôt s’associer seules avec un sens donné. Dans le bégaiement on trouve encore de bons exemples de l’indépendance des systèmes psychiques qui composent les lettres, certaines lettres sont prononcées plus ou moins facilement ou quelquefois ne peuvent pas être prononcées selon les" autres lettres qui les accompagnent ou qui les suivent. Enfin la surdité verbale, la cécité verbale, nous offrent encore d’autres cas d’associations systématiques indépendantes sur lesquels je n’insiste pas; ils sont très connus et il suffit ici de les rappeler h

L’activité systématique des éléments nerveux se montre peut-être encore plus visiblement, quand deux ou plusieurs systèmes agissent à la fois dans l’esprit, quand deux éléments psychiques suscitent à la fois des systèmes d’idées et d’impressions qui ne s'harmonisent pas entre eux. Cela se produit à l’état normal. J’ai examiné ailleurs la question en ce qui concerne les phénomènes affectifs 1 2, et j’ai exposé dans la Revue scientifique 3 quelques expériences qui montrent, à mon sens, comment chaque système, chaque élément psychique suscité a, par lui-même, une tendance à systématiser. Si, par exemple, j’essaye de réciter une pièce de vers, tout en écrivant une pièce de vers différente, il se produit quelquefois certaines erreurs tenant à l’interpolation d’un mot ou d’une

1. Voir Kussmaul, Les troubles du langage ; Bernard, De l’aphasie , G. Ballet, Le langage intérieur et l'aphasie; G. Bastian, Le cerveau comme organe de l'esprit, tome II ; Feré, Traité élémentaire d'anatomie médicale ; Luys, Les actions réflexes du cerveau ; Ribot, Maladies de la mémoire.

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