‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 90 sur 133 · Griesinger. Ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

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ramené aux principes généraux les plus importants, mais il indique bien le rôle de ce mode d’association dans le fonctionnement de l’intelligence. « Rien, dit-il, ne peut être plus naturel quand nous considérons une propriété que la disposition à retourner à l’autre propriété qui constitue le contraste de la première, son opposé, la chose qu’on nie quand on affirme la première. « Grand » n’au rait aucun sens pour nous, n’aurait jamais été exprimé par un mot, et n’aurait jamais signifié une qualité, si nous n’avions eu devant nous des choses inégales par la grandeur dont les différences ou contrastes affectaient notre esprit. Le « grand» n’est grand que parce qu’il y a quelque chose qui est « non grand » ou « petit » même quand nous nous imaginons ne considérer que la seule propriété de la grandeur, nous avons dans l’esprit implicitement la propriété de la petitesse, c’est-à-dire l’alternative ; et c’est seulement quand nous passons à la considération explicite de l’alternative,, que l’autre, la grandeur, devient la propriété implicite. Voilà ce que nous faisons quand nous passons d’un terme d’un contraste à l’autre ; les deux termes doivent être présents, bien que l’un d’eux seulement soit, pour le moment, un objet de considération explicite. Ce qui prouve que l’autre objet ne cesse d’être présent à l’esprit, en quelque sorte, c’est que, lorsque nous sommes restés longtemps sans nous occuper expressément de l’alternative, nous oublions la valeur du principal » l.

Ce qui précède nous montre une généralisation de l’association par contraste — nous l’avons vue d’abord déterminée par des jugements et des raisonnements, elle nous paraît ici, d’après les observations fort justes de

1. Bain. Les sens et l'intelligence. A rapprocher de l’ingénieuse théorie sur l’identité de genre des contraires, de M.de Roberty, dans son volume sur Y Inconnaissable .

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Bain comme déterminée par n’importe quelle idée, et éveillée, faiblement il est vrai, mais d’une manière que l’attention peut rendre perceptible dans une multitude de cas. Nous aurons plus tard, en expliquant l’association par contraste, à en préciser le degré de généralité que la connaissance de ses conditions psychiques nécessaires et suffisantes peut seule nous permettre de faire. Mais nous devons auparavant insister sur ce point que, si l’association par contraste nous paraît déjà avoir une part importante dans le fonctionnement de l’esprit formé, elle en a une également dans la formation de l’esprit. C’est à l’aide des idées éveillées par le contraste que nous apprenons à distinguer les objets et les personnes, — cette série de rectifications qui de la conception primitive vague, uniforme, ni concrète ni abstraite finit par aboutir à des idées abstraites synthétiques et analytiques, et à des conceptions concrètes très riches est en partie déterminée par des associations de contraste. Le fait qu’une idée nous suggère parfois son contraire et par suite nous force à la vérifier est très fréquent et très important dans l’évolution de l’esprit. Mais cet effet du contraste que nous avons rencontré dans les sensations et par lequel des objets contrastants nous paraissent l’un et l’autre être,

• pour ainsi dire, plus que jamais ce qu’ils sont, est d’une extrême importance dans le développement de l’esprit.

Est-il bien légitime de voir dans ce phénomène si connu et si fréquent une forme de l’association par contraste ? Cela n’est pas évident à première vue, pourtant cela peut s’établir, je crois, pour les idées comme pour les sensations. Un fait psychique, dit la formule de la loi, tend à déterminer un fait psychique opposé à lui ou à le fortifier. Nous en avons eu déjà des exemples, une croyance mal attaquée est généralement fortifiée par l’attaque même ? Mais qu’est-ce que fortifier une idée ou une croyance : c’est essentiellement l’associer à un

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plus grand nombre d’éléments psychiques stables et permanents ; par exemple, si notre opinion sur telle ou telle doctrine vient à s’associer systématiquement avec un fait évident, patent, c’est-à-dire avec une perception virtuellement permanente, ou avec une de nos tendances les mieux organisées elle en sera notablement fortifiée ; par conséquent éveiller et fortifier une tendance ne sont pas des opérations très distinctes, une opinion est déjà quelque peu fortifiée par le seul fait qu’elle a été appelée de nouveau à l’activité, et la force qu’elle acquiert, elle ne l’acquiert qu’en devenant de plus en plus ce qu’elle est : un lien logique entre des éléments psychiques plus ou moins nombreux ; plus ces éléments sont nombreux et complexes, plus la croyance existe et se fortifie, plus l’idée devient riche et stable à la fois. L’idée d’une locomotive est à la fois beaucoup plus riche et beaucoup plus stable, elle existe beaucoup plus chez l’ingénieur qui en dirige la construction que chez le gamin qui la voit passer. Or, ce que nous appelons effet du contraste, c’est que chaque fait, chaque idée perçue en contraste avec une autre acquiert plus de précision et plus de force, c’est-à-dire qu’il y a en général plus d’éléments psychiques éveillés et que ces éléments sont plus étroitement et plus fortement coordonnés. Il y a là un phénomène tout-à-fait analogue à celui du renforcement de deux couleurs voisines, dont chacune nous paraît plus vive par le contraste. Un homme grand et un homme petit placés l’un près de l’autre nous paraîtront l’un plus grand, l’autre plus petit, de même si nous pensons simultanément ou à peu près à un trait de générosité et à un trait de bassesse, l’un paraîtra plus généreux, l’autre plus bas. « Le contraste entre deux objets différents, dit Bain, estime ressource toujours prête et qui abrège le travail en excluant tout de suite les idées susceptibles d’être confondues avec celle que nous avons en vue. Pour graver dans l’esprit l’idée d’un

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cercle, nous le mettons à côté de l’ellipse. Avec un groupe d’objets destiné à faire comprendre le nombre abstrait quatre, nous mettons un groupe composé de trois et un autre de cinq objets. Nous mettons le blanc et le noir à côté l’un de l’autre. Pour mieux expliquer en quoi consiste le luxe, nous citons des exemples de mœurs simples et frugales. Tout maître doit savoir trouver des contrastes et des oppositions aussi bien que des exemples et des faits particuliers. Et encore : « Les vérités présentées sous la forme d’antithèses bien marquées s’apprennent facilement avant d’avoir été comprises» l, ce qui semble indiquer que le contraste vague existant entre les sens généraux de deux mots suffit à les rattacher l’un et l’autre à des états psychiques assez importants et à les fixer dans l’esprit. Ici, dans les cas cités par Bain, l’un des principaux effets du contraste est de bien préciser chaque idée en lui enlevant certains éléments qu’elle pouvait s’associer vaguement et aussi en lui annexant certains autres éléments par les nouvelles coordinations qu’elle fait naître.

Dans la formation d’une idée précise par l’influence du contraste, nous voyons qu’il s’établit aussi un certain nombre de coordinations nouvelles se rattachant à l’idée principale que le contraste détermine. Par exemple si pour éveiller l’idée du luxe on cite des exemples de mœurs simples et frugales, l’idée du luxe ne peut se former que parce que les faits Gités font songer immédiatement à des faits de nature entièrement opposé. De même pour nos autres idées. La vue d’une enfant qui buvait dans le creux de sa main fit trouver à Diogène, dit-on, que son écuelle ôtait un luxe. Il est bien sûr que le contraste a fait son effet, et que son idée du luxe a été com- Xûétée ainsi par une association par contraste. Toutes les

1. Bain. Science de l'éducation , cité par M. Bernard Pérez. L'enfant de trois d sept ans , p. 35, eu note.

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fois que nous apprenons une nouvelle manière d’être courageux, ou bienveillant, ou modeste, nous apprenons inversement une nouvelle manière d’être lâche, ou malveillant ou orgueilleux, et nos deux conceptions opposées s’enrichissent et se développent simultanément. M. Bernard Pérez a signalé l’importance du fait de contraste dans le développement de l’esprit. Nous ne dirons pas avec M. James Sully, écrit-il, que le contraste joue un rôle très limité dans l’acquisition ; son principal usage est, d’après l'illustre psychologue « d’éveiller l’attention » et par là de graver plus profondément dans l’esprit ce » qui est inusité, exceptionnel, en contraste avec le cours » ordinaire de l’expérience, comme la vue d’un géant ou d’un nain, le rugissement du Niagara, etc.» Le contraste a, selon moi, une part aussi considérable dans l’acquisition que dans la reproduction des idées, ce mot entendu dans le sens le plus large. Il a pour effet de mettre en relief non seulement l’extraordinaire et le démesuré, mais aussi l’ordinaire et le banal dans notre expérience quotidienne » h

A mesure que nous examinons plus de faits, il semble que la part du contraste dans la vie intellectuelle s’élargit, — les perceptions, les jugements, les raisonnements, les idées nous paraissent présenter des exemples nombreux de la même loi — mais nous ne comprendrons bien sa généralité et son rôle qu’en la rattachant à des faits très généraux, en démontrant qu’elle est impliquée par le fonctionnement normal de l’esprit et aussi en examinant les cas pathologiques dans lesquels elle s’affaiblit et ceux dans lesquels, au contraire, elle montre une exagération de sa force habituelle.

Comment se fait-il que l’activité d’une idée fasse naître une idée opposée ? Prenons le cas d’une idée

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