B. Pérez. L'enfant de trois d sept ans , p
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éveillée par une perception qui doit tendre systématiquement à la supprimer. On apprend à quelqu’un qu’une personne de sa connaissance, je suppose, a commis un crime. Son premier mouvement, si elle a confiance entière dans le caractère de cet ami, sera de se récrier et de dire que c'est impossible, — c'est-à-dire que l’idée suggérée éveillera sans retard l’idée immédiatement opposée. Que s’est-il donc passé ? Simplement ceci : l’idée suggérée implique une association entre des éléments psychiques existant déjà et qui n’étaient pas associés ensemble ; l’idée de crime doit s’unir avec les phénomènes psychiques qui constituent la représentation mentale d’une personne que l’on s'était habituée à considérer comme très honnête. Mais pour que cette association se forme il faut que cette dernière représentation se produise, et elle ne peut se produire sans réveiller les éléments psychiques qu’une longue habitude et des expériences nombreuses ont coordonnés avec elle, ont mis avec elle en rapport de finalité. Et ces idées s’éveilleront d’autant plus facilement qu’elles sont mieux organisées et aussi que leur existence est plus menacée. Si faccusation est absurde elle est rejetée très vite et l’activité des idées de contraste peut ne pas se prolonger longtemps, mais si l’accusation se présente avec force, avec logique, le système menacé s’éveillera plus vivement et tendra à s’associer un plus grand nombre d’éléments psychiques ; de nouvelles idées, de nouvelles considérations, de nouveaux jugements naîtront, tous orientés dans le même sens, c’est-à-dire en harmonie avec la croyance menacée, en contraste avec l’idée suggérée. Il faut se rappeler ici ce que nous avons dit de la vie individuelle des systèmes psychiques — un système psychique existe pour soi et l’on peut le comparer à une personnalité , la personnalité n’étant que le plus complexe des systèmes, — dès qu’un système se sent menacé il réagit et se défend, tâche d’arrêter son adversaire et
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d’appeler à lui ses alliés — ce sont là les deux formes générales ( association et inhibition ) de l’activité psychique. Toute croyance menacée éveille les arguments, les idées qui peuvent lui venir en aide, et cela d’autant plus vivement que l’attaque est plus forte. Si nos croyances sont attaquées par des ignorants ou des imbéciles, nous nous contentons de sentir sommairement leur force et de hausser les épaules, mais si elles sont attaquées par des personnes dont nous estimons l’intelligence et l'instruction, l’attaque étant plus dangereuse, la lutte est plus vive et la réaction plus forte, nos croyances menacées s’affirment davantage — de plus à la complexité de l’attaque répond la complexité de la défense, à chaque argument mis en avant, s’oppose tant bien que mal, une considération nouvelle, — une fois les deux systèmes opposés mis en présence, l’un et l’autre se développent parallèlement. Il y a donc une double action — d’abord un système psychique est éveillé par le fait que quelques uns de ses éléments sont sur le point de s’unir à d’autres pour créer un système de tendances opposé au premier, de fin contraire, ensuite les systèmes qui ne peuvent s’accorder tendent à s’imposer à l’esprit et pour cela se développent chacun de son côté de telle manière que chaque progrès que fait l’un est, en tant que la chose est possible, accompagné d’un progrès analogue et correspondant de l’autre. Et nous voyons par là que l’association par contraste est une combinaison particulière de l’association systématique et de l’inhibition systématisée, ces deux grands faits qui semblaient devoir l’exclure et qui la produisent au contraire, grâce à la vie relativement indépendante des systèmes psychiques.
Ceci nous permet de nous rendre compte des limites entre lesquelles doit s’exercer l’association par contraste. Nous voyons par les faits précédents et par l’analyse des raisons de ces faits que les idées, les opinions, les croyances
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contrastantes doivent se produire chaque fois qu’il s’établit une certaine lutte dans l’esprit , chaque fois que des éléments psychiques tendent à être séparés d’un système auquel ils sont joints habituellement, pour être incorporés à un autre système. Or , cela arrive d’autant plus aisément que l’activité est devenue moins automatique — c’est-à-dire que la systématisation générale de l’esprit est moins parfaite. Dans le cas où une idée, une conviction rencontre certains obstacles, elle s’établit difficilement et peut même finir par être rejetée — dans ces cas-là, il y a production d’idées de contraste — et ces idées peuvent être très fortes et rester même supérieures à l’idée qui tend à déterminer l’impression nouvelle. Quand la nouvelle idée produite peut s’établir plus facilement dans l’esprit, quand elle s’accorde mieux avec les habitudes de l’intelligence, l’association par contraste est moins visible, — si l’on énonce une pensée qui n’est pas absolument en contradiction avec nos idées mais qui est telle que la pensée opposée paraîtrait s’associer mieux avec nos croyances antérieures, cette pensée opposée nous viendra probablement à l’esprit, mais elle arrivera sans violence, — elle ne tendra pas, comme dans le cas précédent et au même degré, à déterminer un grand nombre d’associations nouvelles qui lui viennent en aide : la différence de fin n’étant pas très marquée, la lutte sera moins vive et les idées contrastantes suggérées en moins grand nombre. Si nous passons maintenant à cette sorte d’activité mentale automatique qui fait la plus grande partie de notre vie intellectuelle, nous voyons que l’association par contraste, si elle ne disparaît pas, ne se montre pas toujours d’une manière qui la fasse reconnaître aisément. Ainsi le papier blanc sur lequel j’écris ne me suggère pas sensiblement l’idée du noir, de même si je pense machinalement à un honnête homme, je ne m’apercevrai pas que cette pensée me suggère l'idée d’un coquin. Cependant il
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y a des raisons de croire que dans ce cas l’activité par contraste ne disparaît pas — il y a toujours une tendance à la naissance d’idées de contraste, mais ces idées sont à peine excitées et n’apparaissent pas nettement à la conscience. Nous n’avons pour les mettre en évidence qu’à appuyer un peu sur les idées que nous avons ; si nous réfléchissons à l’honnêteté d’une personne nous en arriverons facilement à des réflexions comme celle-ci : ce n’est pas lui qui ferait ce qu’a fait tel ou tel autre — et l’idée de l’honnête homme appellera dès que nous y insisterons l’idée d’hommes qui ne sont pas honnêtes. Quand une idée est faiblement éveillée , l’idée opposée est , pour ainsi dire, dans la pénombre de la conscience, toute prête à paraître au grand jour si la première idée se développe. Si l’on pense, au reste, que la conscience est toujours l’indice d’une certaine lutte entre les tendances ou les éléments intellectuels, si l’on songe que toute conscience est le signe d’un certain arrêt des tendances, d’une certaine difficulté des opérations intellectuelles, on sera très porté à admettre a priori que chaque idée, chaque croyance, s’accompagne, au moment où elle se produit, d’une tendance plus ou moins forte à la production de l’idée contrastante. L’expérience montrant, comme je viens de l’indiquer, que dès que l’idée se précise, une idée contrastante veut apparaître, le raisonnement et l'observation paraissent bien être d’accord pour nous conduire à la même conclusion : la généralité de l’association par contraste dans le domaine des faits et des opérations intellectuelles.
La forme de l’association par contraste n’est pas toujours aussi nette que dans le premier exemple choisi pour étudier son mécanisme. Peut-être même sera-t-on porté à ne pas retrouver le même mécanisme dans les autres faits. Une analyse minutieuse nous montre cependant, me semble- t-il, que tous les cas sont bien semblables ,
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évidemment quand nous pensons par exemple à l'honnêteté d’une personne, au sujet de laquelle nous n’avons aucune raison d’avoir un doute, nos tendances ne sont pas vivement froissées, et ne réagissent pas comme si par exemple on vient nous dire que nous nous sommes complètement trompés sur son compte, mais cependant, certaines de nos habitudes sont froissées. Si nous n’avions jamais vu que des cygnes blancs, et si nous n’avions jamais entendu parler de cygnes noirs, il est clair que l’idée de la blancheur du cygne éveillerait moins facilement l’image d’un cygne noir, mais elle éveillerait probablement quelque idée d’une couleur foncée associée plus ou moins indirectement au cygne, de même que la vue de la neige immaculée qui recouvre le sol, fait facilement songer à la boue noirâtre qui en sera la conséquence — de même lorsque nous pensons à un honnête homme, nous avons fatalement et par suite d’associations indissolubles, une tendance à nous dire que tous les hommes ne sont pas honnêtes — nous savons qu’il en est ainsi et une association momentanément contrariée tend à réapparaître. Il se peut que la conscience ne s’en aperçoive pas, mais le fait est réel, et la première occasion, persistance de l’idée, changement brusque, va le mettre en lumière. C’est ainsi que naît, comme nous le verrous, le contraste successif qui bien souvent ne fait que rendre évidente la tendance au contraste simultané, ce que nous aurons à développer bientôt, mais qu’il fallait pourtant indiquer ici.
Ainsi depuis l’acte du pouvoir personnel, de la réflexion où l’esprit hésite entre les deux termes d’une alternative posée sous la forme du contraste : croire telle chose ou 11e pas la croire — car alors, même que trois ou quatre opinions se présentent, la lutte s’engage en général à chaque moment, entre chacune d’elles et sa négation, — et où les systèmes opposés se développent longuement, jusqu’à l’activité ordinaire, quasi automatique, nous voyons
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la persistance de la tendance au contraste, mais en même temps son affaiblissement correspondant d’ailleurs à l’affaiblissement de l’idée principale. Dans l’activité automatique, la tendance au contraste est à peu près enrayée en même temps que l’inhibition cesse, et nous avons vu en effet que le contraste supposait l’arrêt.
Ce qui précède nous permet d’entrevoir le rôle joué par l’association par contraste dans l’organisation de la vie intellectuelle — l’association par contraste a pour effet de régulariser l’activité, d’empêcher une idée, une croyance de se développer plus qu’il ne faudrait pour la coordination générale des idées et des croyances. C’est du moins ce qui se produit dans les cas les plus favorables, quand l’esprit est pondéré, bien doué au point de vue intellectuel. L’association par contraste a donc sa raison d’être au point de vue de l’organisation de l’esprit, elle a sa place dans le fonctionnement systématique de l’intelligence, et si nous avons vu tout à l’heure qu’elle dépendait de l’inhibition, nous voyons maintenant qu’elle peut être une forme de l’association systématique, au reste les cas morbides où cette forme d’association est exagérée ou supprimée nous aideront à comprendre sa fonction normale.
Mais auparavant nous devons nous demander si ce que nous venons de dire des idées et des opérations intellectuelles peut s’appliquer aussi aux perceptions. Les analogies générales des idées, des images, des perceptions nous portent à croire qu’il en est bien ainsi, toutefois il est difficile de donner une explication précise, satisfaisante du contraste simultané dans les perceptions. Si nous nous souvenons pourtant de la part importante que les images et les idées prennent à la production des perceptions, si d’ailleurs le contraste successif est comme nous le verrons plus longuement tout à l’heure explicable dans les deux cas de la même manière, on admettra volontiers comme hypothèse probable qu’il en est de môme pour le contraste
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simultané. Peut-être pourrait-on préciser encore plus l’hypothèse, mais sans espérer arriver à quelque chose qui ressemble suffisamment à une certitude. S'il était prouvé par exemple que l’irradiation est due , même partiellement à une diffusion de l’excitation nerveuse on pourrait admettre que dans certains cas, lorsque la force d’irradiation serait moindre , ce qui arriverait quand l’excitation au lieu de partir d’un objet brillant ou blanc viendrait d’un objet simplement plus éclairé que le fond sur lequel il se détache, les éléments voisins de ceux que l’impression atteint directement seraient sollicités à vibrer à l’unisson de ceux-ci, et réagissant contre cette sorte de choc en retour produiraient en vibrant la couleur complémentaire. Encore l’explication ne suffirait-elle pas pour tous les cas, et la conception indiquée de l’irradiation est trop contestée pour qu’on ait le droit d’en faire le fondement d’une théorie.
Dans divers états plus ou moins morbides, nous voyons l’association par contraste modifiée. Notons d’abord que l’on peut observer à cet égard des différences sensibles d’une personne à l’autre, de même que nous constaterions des différences dans l’étendue et la ténacité des associations systématiques, dans la force des actions d’arrêt. Un hypnotisé accepte, en général, l’hallucination qu’on lui suggère ; dans la vie normale il est un certain nombre de personnes qui se rapprochent de son état, en ce que, sur certains points au moins, elles sont portées à subir d’une manière excessive l’influence de telle personne, ou bien à accepter sans réagir, sans vérifier, les opinions toutes faites, telles qu’elles leur sont transmises. C’est l’état de crédulité. Par contre nous avons tous pu observer des incrédules par tempérament, des gens à intelligence contrariante à qui il suffit de dire une chose pour qu’immédiatement l’opinion contraire domine chez eux. Entre ces
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deux extrêmes, nous avons tous les intermédiaires, les états moyens étant représentés par les gens raisonnables et calmes qui réfléchissent et pèsent mûrement le pour et le contre. Le mode d’association varie évidemment d’une personne à l’autre ; chez les unes, une idée aussitôt suggérée détermine une orientation systématique de tout l’esprit, au moins de toute la partie consciente, et aussi de toute cette partie qui est actuellement associée avec les centres de la parole et les mouvements volontaires en général. Il arrive souvent que l’idée contraire, suggérée quelques instants après, s’établit aussi facilement en chassant l’autre. Chez d’autres personnes les idées éveillées par contraste s’organiseront à part et les deux systèmes opposés se développeront parallèlement ; chez d’autres enfin les idées éveillées par contraste s’organiseront immédiatement avec une force suffisante pour faire rejeter sans lutte l’idée suggérée. Ces différents modes d’association peuvent très bien, du reste, se manifester à différents moments et relativement à des sujets différents chez le même individu. L’analogie nous permet, je pense, d’admettre que, même dans ce cas où les tendances ou les idées éveillées par contraste ne sont pas perceptibles, elles existent cependant, à un très faible degré — comme l’idée qui en éveille d’autres par contraste existe aussi à quelque degré, bien qu’elle soit quelquefois si vivement rejetée qu’elle ne puisse être perçue par la conscience. De même il arrive que nous apercevons une couleur complémentaire sans avoir conscience de la vision de la couleur réelle qui a déterminé le phénomène subjectif.
Dans le rêve, dans le somnambulisme, nous trouvons fréquemment un amoindrissement de l’association par contraste. L’inhibition ne se produit plus ou se produit à peine, de même les idées contrastantes ne se sont pas éveillées on le sont si faiblement qu’elles ne sont pas perçues et même qu'elles ne servent à rien. Nous acceptons
dans le rêve les idées qui sont le plus en désaccord avec notre expérience, avec nos croyances, et bien qu’il en résulte parfois un certain malaise, bien souvent l’idée contrastante n’apparaît pas. Nous voyons des bateaux qui naviguent dans l’air et une certaine surprise vague, une certaine curiosité sont la seule marque de la réaction des tendances. Nous nous voyons transportés dans des pays nouveaux, notre personnalité même est plus ou moins changée, nous retrouvons des personnes mortes et souvent nous ne pensons ni qu’elles sont mortes ni qu’elles sont vivantes-, l’image est suivie des phénomènes coordonnés qu’elle suggère, et nous avons occasion de remarquer ici combien les idées contrastantes sont associées, car si nous ne pensons pas que la personne qui nous apparaît soit morte, nous ne pensons pas non plus explicitement qu’elle soit vivante, nous nous contentons d’enchaîner quelques images ou quelques idées qui impliquent plus ou moins, sans l’affirmer nettement, la croyance à son existence. A l’état de veille un processus semblable, si faible qu’il soit, suffirait pour amener, en choquant l’expérience acquise , la production de l’idée opposée. Mais l’état de rêve se caractérise par la lenteur et la faiblesse de certaines associations et le contraste ne se produit pas visiblement. Il n’en faudrait pas conclure qu’il 11e se produit absolument pas, dans quelques cas la tendance au contraste se montre indirectement, et des faits pareils nous font admettre que cette tendance peut se manifester réellement soit à l’état de veille, soit à l’état de rêve, sans que nous nous en apercevions, alors que nous avons des raisons générales tirées de la nature même du fonctionnement de l’esprit de croire à sa réalité. Voici par exemple un rêve où le fait est évident, et qui m’a été communiqué par la personne même qui l’a fait. Cette personne rêva une nuit qu’elle revoyait une amie morte depuis quelque temps. Elle se promène et cause assez longuement avec cette amie,
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sans penser à sa mort qu’elle connaissait parfaitement d’ailleurs mais qu’elle oubliait. Seulement lo. voix de la morte s’affaiblissait peu à peu et son amie en éprouvait une impression pénible. A la fin du rêve, la morte — non reconnue pour telle, — lui dit que parler la fatiguait beaucoup, qu’elle ne parlerait plus, qu’on n'entendrait plus sa voix. Et cela même n’éveilla pas l’idée de sa mort — ne l’éveilla pas du moins explicitement, mais il est bien visible que les illusions du rêve tendaient à quelque degré à faire naître selon le mode de l’association par contraste l'idée de la mort de la personne apparue, toutefois cette idée se manifestait trop faiblement peut-être et le peu qui en survivait ne pouvait que donner une certaine forme appropriée au phénomène du rêve. La loi de contraste se manifeste ici un peu comme la loi de la pesanteur dans le cas du ballon qui s’enlève. Elle ne perd pour cela rien de sa réalité.
En tous cas nous voyons d’une manière générale, dans les rêves, le défaut de réaction des habitudes et des tendances, le manque d’association par contraste aboutir à des croyances incohérentes, à des idées sans solidité, et l’on comprend facilement que l’organisation de l’esprit ne saurait être maintenue ou formée si les idées peuvent sans éveiller la possibilité de leur négation, c’est-à-dire l’idée opposée, déterminer facilement l’orientation de l'esprit.
Dans l’état de somnambulisme artificiel nous trouvons des faits complètement analogues, tous les observateurs ont signalé la passivité de l’esprit de l'hypnotisé, cette passivité résulte du manque d’inhibition et du défaut d’association par contraste. L’hypnotisé voit tout ce qu’on lui dit, il accepte tout ce qu’on lui suggère — ou presque tout b Si on lui fournit un point de départ il systématise
1. Voir les ouvrages déjà cités de MM. Richet, Richer, Bernheim, Binet et Féré, Beaunis, Delbœuf et ceux de MM. Liégeois, Chambard Yang, Cullerre sur l’hynoptisme.
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autour de l’idée suggérée — quelquefois l’association par contraste se manifeste chez lui, mais dans le domaine de l’activité psychique que la suggestion lui ouvre. 11 verra très bien par exemple les difficultés d’une entreprise particulière, au milieu d’un ensemble de conditions impossibles imposées par la suggestion et dont il ne pourra comprendre l’absurdité. L’ami que M. Richet fait voyager dans la lune n’accepte pas facilement l’idée de rapporter les animaux étranges qu’il rencontre, mais le fait même du voyage ne soulève en lui aucune opposition. L’idée de rapporter les animaux paraît bien faire naître en lui celle de ne pas les rapporter, mais l’idée de la réalité du voyage qui lui est suggérée autrement ne fait pas naître en lui l’idée que le voyage est impossible. La suppression de l’inhibition, de la réaction des tendances habituelles, et par suite de l’association par contraste paraît être de règle dans l’hypnotisme. Elle aboutit comme dans le rêve à des croyances incohérentes, à des idées absurdes.
Même observation à faire pour la folie. Ici encore la formation d’idées fausses et de convictions incohérentes est caractérisée par l’affaiblissement de l’association par contraste : Griesinger fait remarquer 1 que pour la délibération « il faut une détermination réciproque des pensées, points d’arrêt et suspension, réunion et examen, il faut que les idées de contraste puissent se produire ; il faut enfin que le moi jouisse du calme nécessaire. Tout cela n’a pas lieu chez les aliénés, La maladie cérébrale fait naître en eux des dispositions et des penchants qui deviennent le point de départ d’émotions ; quand celles-ci donnent à leur tour naissance à de faux jugements (idées fixes), le malade ne peut pas les rectifier, il ne peut pas s’apercevoir de son erreur : au début parce que l’émotion persistante ne laisse pas aux idées de contraste le calme