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nécessaire pour qu’elles se développent d’une façon convenable, et que plus elle se prolonge, plus les conséquences qui en résultent (faux jugements) se fortifient et se consolident, et plus tard parce que ces faux jugements sont devenus partie intégrante du moi. » Et M. Baillarger ajoute, dans une des notes ajoutées à la traduction française du traité de Griesinger « cette explication peut
être excellente, mais qu’on l’adopte ou non, il est certain que les idées de contraste sont absentes chez les aliénés et que de ce fait découle l’inutilité du raisonnement pour combattre leur erreur. Ces idées de contraste que Pariset appelait idées intermédiaires sont celles qui séparent la conception de la croyance et l’impulsion de l’acte. On peut bien comprendre ce qui se passe alors dans la folie par ce qu’on observe dans les rêves. » Le rôle de l’association par contraste est indiqué dans ces dernières lignes dune manière trop vague et à quelques égards inexacte , mais il est intéressant pour nous de retenir ce fait que dans certaines formes de la folie l’association par contraste ne se produisant plus, la réaction de certaines tendances étant supprimées, il en résulte un fonctionnement désordonné de l’esprit — les idées délirantes n’ont plus de contre-poids pour arrêter leur développement.
En revanche dans quelques autres formes de troubles mentaux, nous pouvons reconnaître un fait entièrement opposé l’association par contraste prend une importance et une fréquence excessive. Tandis que dans les cas précédents — et surtout dans le rêve et le somnambulisme les croyances suivent naturellement les illusions, les images suggérées, dans certains cas de folie, spécialement dans ce que l’on a appelé la folie du doute, nous voyons que la perception, le raisonnement n’entraînent pas la croyance. A propos de n’importe quelle idée, à propos de n’importe quel acte qui vient d’être accompli
342 LES LOIS DE L’ACTIVITÉ MENTALE
par le malade, des idées de contraste s’élèvent, et l’esprit du sujet oscille entre l’affirmation et la négation, sans pouvoir se fixer sur l’une ou sur l’autre. L’idée de l’acte commis ou de la perception éprouvée évoque sans cesse l’idée contraire que cet acte n’a pas été commis, que cette perception n’a pas été éprouvée, ou bien encore à propos de tout le malade recherche anxieusement les causes et se demande pourquoi les choses sont ainsi et non pas différemment, c’est une complication du phénomène précédent, le malade ne doute pas de la réalité de ce qu’il constate, mais l’idée de la non-réalité lui vient et il se demande pourquoi ce n’est pas cette non-réalité qui est vraie. On comprend qu’un pareil délire puisse prendre facilement des allures philosophiques et métaphysiques — les recherches sur la nature intime des choses comportant fréquemment soit un doute sur cette nature même soit une recherche des causes qui ont fait que cette nature est ce qu’elle est et non autre chose.
Certaines formes psychologiques des divers délires que l’on a classés sous le titre général de folie du doute rentrent seulement dans le cadre des faits que nous recherchons — nous ne considérons en effet ici la folie qu’au point de vue d’un mécanisme particulier qu’elle est capable de nous révéler et on comprend que des états d’aberration mentale que leurs causes ou certains caractères généraux peuvent faire rapprocher au point de vue clinique et thérapeutique dans un même groupe offrent des formes assez variées de groupement psychologique.
Esquirol a raconté un cas remarquable. Il faut, pour le comprendre , au point de vue de l’association par contraste, bien remarquer l’orientation générale de l’esprit de la malade. «MUcF..., dit Esquirol, est d’un
caractère gai et d’une humeur • douce. Elevée dans le
commerce dès la première jeunesse, Mlle F craignait
de faire tort aux autres ; plus tard, lorsqu’elle faisait un
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compte, elle appréhendait de se tromper au préjudice de ceux pour qui était ce compte. » Ce sont là certes des tendances louables, sa conduite entière paraît s’y être conformée , mais il arriva que , sous l’influence de causes inconnues, une association continue vint déterminer des idées, des croyances entièrement en contradiction avec le caractère de ces tendances ; sans cesse et à propos de tout la malade craint d’avoir fait tort à quelqu’un, d’avoir volé un objet de valeur — c'est-à-dire que la tendance dominante se trouve froissée à propos de tout et réagit continuellement à propos d’idées qui se heurtent avec elle — ce qui est comme nous avons vu le mécanisme général du contraste intellectuel 1. Le cas est très complet et très intéressant, mais peut-être d’autres cas cités plus récemment offrent-ils une interprétation plus évidente. On voit quelquefois la négation s’attacher pour ainsi dire à chaque pas à l’idée, à la croyance, à la perception qui se forme, le malade en vient à douter de tout, il se produit à la fois un défaut d’association systématique, — l’idée ne pouvant associer assez fortement les éléments qui constituent la croyance à sa réalité, — et un excès d’association par contraste, suggérant à propos de chaque fait, de chaque opinion l’idée que ce fait n’existe pas, que cette opipion en est fausse. « Mon travail se fait bien jusqu’à aujourd’hui, dit un malade, et sans aucune erreur, et cependant j’ai beau me dire continuellement: «Je suis au travail, je fais ceci, je fais cela, je ne puis pas me rendre compte que cela est vrai. »
« Je crois pouvoir me résumer en disant : personnalité complètement disparue ; il me semble que je suis mort il y a deux ans et que la chose qui existe ne me rappelle rien qui ait rapport avec l’ancien moi-même 2. La façon