Beaunis. Eléments de physiologie , t. II, p
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et bien coordonnées aussi. L’activité nerveuse, dans un cas comme dans l’autre, paraît prendre essentiellement la même forme, et l’activité nerveuse qui détermine l’activité musculaire est un exemple frappant de l’association par contraste conduisant à la finalité générale.
Dans le domaine particulier de la psychologie , le fait paraît bien être le même, mais il n’aboutit pas toujours à l’harmonie finale, et d’ailleurs ces derniers cas ne sont pas les moins instructifs. Dans la vie des tendances les choses se passent exactement comme dans la vie intellectuelle , l’association par contraste est au fond toujours identique. Il s’agit toujours de l’éveil d’une tendance menacée et des associations systématiques qui en dérivent. On vous suggère l’idée d’un acte : par elle-même toute idée tend à se réaliser, mais l’enchaînement de phénomènes qui se produit et qui tend à se compléter par des mouvements, réveille secondairement des idées, des tendances opposées à la première, des sentiments contrastants , et selon les cas il arrive ou bien que l’une des deux tendances éveillées, que l’un des systèmes psychiques l’emporte presque sans lutte , ou bien que la lutte continue, et que ni l’une ni l’autre des deux tendances n’aboutit à l’acte , où bien encore que l’acte s’accomplit lentement, avec hésitation, mais quelquefois aussi avec d’autant plus de précision et de rectitude que des tendances opposées ont été mises en jéu et que cette association par contraste a permis, par exemple, de rectifier certains détails, d’éviter certaines fautes, de tenir compte de plus de circonstances.
Cette forme de contraste est très fréquente, beaucoup plus qu’on ne serait porté à le croire, mais il n’est en tout cas pas douteux que quand nous n’accomplissons pas immédiatement un acte qui nous est suggéré de n’importe quelle manière, par quelque autre personne, ou par nous-môme, à propos de n’importe quelle circonstance,
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l’idée de cet acte éveille l’idée des inconvénients qu’il peut entraîner, des difficultés que son accomplissement rencontrera, et que par suite la tendance à un acte déterminé éveille la tendance immédiatement opposée, c’est-àdire, soit la tendance à ne pas faire cet acte, soit en d’autres cas la tendance à faire un acte de fin contraire. 11 se passe souvent ici un fait que nous avons déjà signalé à propos des phénomènes intellectuels : les deux tendances, les deux systèmes de sentiments, d’idées, d’images motrices qui tendent à s’imposer à l’esprit se développent, s’organisent parallèlement, chaque désir se complique et se compense par un désir contraire. On dirait que plus une des tendances se complique et se fortifie, plus elle embrasse d’éléments psychiques divers et plus ces éléments psychiques sont étroitements coordonnés , plus aussi le système opposé se complique et se fortifie luimême. C’est souvent lorsque nous sommes tentés le plus fortement de faire une chose que nous sentons le mieux aussi le plaisir qu’il y aurait à ne pas la faire. C’est souvent au moment où l’émigrant se dispose à s’expatrier que l’amour de la patrie se fait sentir le plus vivement à lui, que la douceur de rester aux lieux où ont vécu ses ancêtres s’insinue dans son esprit avec plus de force et de pénétration. C’est au moment de se marier que lejeunehomme apprécie quelquefois avec le plus de conscience le plaisir de la vie de garçon, et certaines habitudes, un repas d’amis, par exemple, sont une preuve de ce sentiment. De même c’est souvent au moment de renoncer à une croyance, si elle était assez enracinée en nous, que nous y tenons le plus. On s’attache souvent à ce qu’on va perdre. L’idée de l’absence ou de la mort d’une personne aimée, alors même que rien ne la représente comme imminente, c’est-à-dire un commencement très faible de dissociation de certaines associations psychiques qui nous sont chères, nous les rend plus chères encore. Dans tous
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ces cas nous retrouvons le caractère de l’association par contraste , une tendance menacée réagit et provoque l’apparition d’idées, de sentiments, d’images et de dispositions entièrement opposés à ceux que suggérait soit la personne qui nous parle, soit le système psychique
éveillé par les ciconstances. 11 arrive aussi, si la tendance
suggérée est de nature à aboutir à des actes et cherche à se compléter par des voûtions ou des images motrices déterminant des mouvements, que l’on aperçoit beaucoup mieux les raisons d’agir et de s’abstenir, que l’on éprouve plus vivement les sentiments qui nous poussent à l’action et ceux qui nous retiennent, sans que l’une ou l’autre des tendances opposées puisse l’emporter définitivement — et si enfin le décision vient à se produire, elle paraît due parfois bien moins à la raison, ou à la force des sentiments, qu’à un caprice, à un état mental amené par une circonstance fortuite qui vient brusquement déterminer une orientation relativement stable de l’esprit.
D’une personne à l’autre la force de l’association par contraste varie notablement. Il se passe pour l’activité ce qui se passe pour l’intelligence : chez certaines personnes les tendances contrastantes ne sont pas sensiblement éveillées et elles agissent selon les conseils et les ordres qu’on leur donne, d’autres au contraire semblent réagir instinctivement de manière à faire le contraire de ce qu’on leur suggère ou au moins à refuser d’accomplir l’acte conseillé ou commandé. Il ne faudrait pas en conclure que dans le premier cas , l’association par contraste ne se produit plus, — elle peut avoir lieu sans être perceptible à la conscience, mais elle n’a lieu que dans les limites exigées par la coordination dominante et en tant qu’elle peut aider cette coordination et donner plus de précision à l’acte. Mais il arrive très souvent que l’association par contraste se produit d’une manière un peu différente — et de manière à constituer un phénomène
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d’ordre social autant que d’ordre psychologique. Il arrive souvent, par exemple, que, si quelqu’un abonde trop dans le sens de nos propres opinions nous serons portés à réagir et à parler contre ces opinions pour rétablir l’équilibre. Une personne égoïste peut quand elle a quelques bons sentiments , se corriger si elle s’aperçoit que son entourage tend à lui faciliter beaucoup trop l’exercice de ce défaut. De même on nous disposera mal pour une personne à force de faire son éloge et, inversement on désarmera notre haine si on attaque trop vivement, à notre sens, celui qui en est l’objet. Dans tous ces cas le phénomène essentiel est le même : les idées, les croyances, les perceptions qui s’accordent avec une de nos tendances ont pour effet de réveiller la tendance absolument opposée. Si la première tendance se développe trop , et si notre équilibre psychique est rompu , il arrive que la tendance éveillée par contraste agit à son tour assez vigoureusement pour devenir beaucoup plus forte qu’elle n’était avant : la conversation avec des gens qui outrent nos propres idées est un moyen de nous en faire abandonner quelques-unes. Il est à remarquer, à propos de ces faits, qu’ils ont souvent pour fin un équilibre psychique réalisé par un nombre de personnes plus ou moins grand. Si, dans une société, la majorité nous paraît pencher trop dans un sens que nous approuverions volontiers en général, nous réagirons trop et nous pencherons trop en sens inverse. Notre équilibre psychique est détruit en une certaine mesure au profit de l’équilibre général, de façon à ce que l’ensemble des opinions nous paraisse donner une moyenne ou plutôt une résultante juste. Le fait peut se produire dans une société entière, — ou dans un corps qui la représente — mais une forme plus affaiblie de ce genre d’association est celle que présente le spectateur modéré qui sans être très modéré ni très avancé, n’est pas fâché qu’il y ait des intransigeants et des conservateurs,
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jugeant que les uns et les autres se font contre-poids, — de même qüe le chat et la souris forment un heureux assemblage, car sans chat nous serions bien incommodés par les souris, et sans souris quelle serait la raison d’être des chats ?
L’association par contraste s’explique pour les sentiments et les tendances de la même manière que pour les idées et les jugements — c’est toujours une tendance opprimée qui réagit, une association qu’on veut rompre et qui résiste. Si un amateur de philosophie indécis lit l’oeuvre d’un matérialiste convaincu, bien que sur plusieurs points les opinions de l’auteur se rapprochent des siennes, il est surtout frappé par les arguments qu’on peut opposer à son système, il devient beaucoup moins porté à abonder dans son sens et assez porté, au contraire, à exagérer ses propres doutes et à s’en créer de nouveaux. C’est que les idées suggérées par la lecture tendaient à rompre certaines associations déjà formées en lui pour en consolider d’autres. Les éléments des associations attaquées réagissent vigoureusement et tendent à déterminer une certaine quantité de phénomènes psychiques qui les appuient, qui puissent s’unir à eux pour une fin commune. Si l’attaque a été maladroite.il arrive ainsi que les systèmes attaqués sont consolidés — comme quand une persécution réveille la foi religieuse — elle tend par elle-même à supprimer un certain nombre de croyances, de sentiments qui, d’après les lois que nous avons étudiées, réagissent et se complètent de sorte que leur force peut, somme toute, s’être développée. Les contrastes de cette nature sont très fréquents. On en a un cas bien connu dans le développement de la pudeur au moment de la puberté, l’amour platonique, dont nous aurons à parler plus loin, est par certaines de ses formes un exemple de contraste entre la tendance qui tend à s’imposer et les sentiments éveillés. Nous voyons ici, comme lorsqu’il s’agissait de l’intelligence, que l’explication du phénomène
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tend à nous en faire admettre la généralité. En effet — sauf dans l’automatisme pur, dans l’acte réflexe où l’impulsion ne rencontre sensiblement aucun obstacle et où la tendance au contraste passe complètement ou à peu près à l’état latent, — si facile, si aisé que soit l’accomplissement d’un acte, cet acte est tout au moins quelque peu arrêté, enrayé si peu que ce soit, . c’est-à-dire que pour lui l’alternative être ou n’être pas se pose à quelque degré, c’est-à-dire encore que l’association par contraste se produit, si faiblement que ce soit et d’une manière si imperceptible que l’on veuille. Et c’est cet éveil d’idées et de tendances contrastantes qui donne à l’acte non encore complètement organisé la coordination qui lui permet de s’associer à un grand nombre d’états psychiques. Nous trouvons au reste tous les degrés de l’association par contraste depuis le cas où nous réfléchissons longuement à une proposition importante qui nous est faite et qui doit engager une partie considérable de notre existence, où l’alternative faire ou ne pas faire est longuement examinée, où l’idée de ne pas faire ce qu’on nous propose est pleinement éveillée et s’associe à un nombre très grand de tendances, de sentiments et d’idées, jusqu’au cas où l’idée der l’acte suggère à peine l’idée que nous pourrions ne pas agir et où même cette idée ne nous arrive parfois qu’après l’acte accompli.
Les phénomènes pathologiques ou semi-pathologiqnes nous aident encore ici à mieux comprendre le rôle et l'importance de l’association par contraste en nous montrant ce que l’esprit devient quand elle disparaît ou quand elle s’exagère.
Elle s’affaiblit considérablement dans l’hypnotisme — nous voyons alors le sujet dans la dépendance à peu près complète de l’hypnotiseur qui le fait agir comme il
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lui plaît. Il faut sans doute voir aussi un affaiblissement de l’association par contraste dans certains phénomènes spéciaux — par exemple dans la pureté d’expression des attitudes suggérées. Le manque d’association par contraste provient ici du manque d’action d’arrêt et le cas ne présente pas de difficulté d’interprétation, remarquons toutefois que l’inhibition et l’association par contraste cessent de se produire seulement pour ce qui concerne l’orientation suggérée à l’hypnotisé.
Les cas d’exagération du contraste simultané des sentiments et des tendances sont très fréquents dans les états anormaux. Au reste ils ne diffèrent pas essentiellement des cas analogues que l’état normal peut offrir. Voici un fait raconté par Tolstoï dans ses Mémoires et où la tendance contrastante est singulièrement amenée : « Dmitri causait avec sa mère. Il soutenait que la vue ne peut être belle quand l’horizon est limité. Varegnka ne disait rien. Je me tournai de son côté, elle était debout, accoudée sur la rampe du petit pont et regardant devant elle. Quelque chose l’occupait sans doute beaucoup, l’impressionnait même, car elle était visiblement absorbée et
ne s’apercevait pas qu’on la regardait étant amoureux
de Sonietchka, je ne pouvais considérer Varegnka que comme la sœur de mon ami. Toutefois, elle me plaisait tant, en ce moment, que je sentis le besoin irrésistible de faire ou de dire quelque chose qui lui fut désagréable... Vous n’aimez sans doute pas la nature ? me dit Varegnka sans tourner la tête. — Je trouve que c’est une occupation fastidieuse, répondis-je, très content de lui avoir dit quelque chose de désagréable en môme temps qu’original » *.
Dans les cas pathologiques , le phénomène est plus marqué , la tendance plus puissante. « J’ai connu, dit M. Maury, une dame atteinte d’hystérie et qui dans scs