‹ L'activité mentale et les éléments de l'espritChapitre 97 sur 133 · Maury. Le Sommeil et les Rêves , 4e édition, p · texte numérisé non relu

Maury. Le Sommeil et les Rêves , 4e édition, p

356 LES LOIS DE l’activité MENTALE

» se lève pour le recevoir avec un air de bienveillance, » et en lui montrant un fauteuil : «Cochon, animal, fichue » hôte !» — « Madame vous invite à vous asseoir, » dit le » gendre, qui interprête la volonté de la malade, si étran- » gement exprimée, comment peut-on expliquer ce fait » autrement qu’en disant que la dame sentait et pensait » tout le contraire de ce qu’elle disait » 1.

Les faits de ce genre sont assez nombreux dans la littérature médicale, nous voyons toujours par un mécanisme plus ou moins accessible à nos recherches deux tendances opposées se développer en même temps, naître l’une de l’autre. M. Despine raconte qu’une dipsomane, citée par Trélat, quand elle sentait venir son accès, « mettait dans le vin qu’elle buvait les substances les plus dégoûtantes et même des excréments. C’était en vain. En même temps, elle se disait des injures : « Bois donc, misérable ! bois » donc, ivrogne ! bois, vilaine femme qui oublie tes pre- » miers devoirs et déshonore ta famille ! » La passion et la maladie étaient toujours plus fortes que les reproches et le dégoût qu’elle cherchait à s’inspirer. Sa mère et son oncle étaient également dipsomanes.

« Le D1' Verga cite un ingénieur de Milan qui présentait cette particularité que, quand les aliments arrivaient au pylore, ils y rencontraient un obstacle ; alors avaient lieu des éructations fatigantes pendant lesquelles le malade était forcé de prononcer des blasphèmes, de dire : Dieu maudit ! quand il aurait voulu dire : Dieu béni ! Et au lieu de dire : Vierge sainte , il prononçait des paroles entièrement opposées. Félix Plater cite un homme religieux qui éprouvait un trouble intérieur qui le forçait à penser, contre sa volonté, des choses impies. Lorsqu’il

1. Kusmaul. Les troubles de la parole, trad. française de Ruflf, p. 281. La dernière observation est empruntée à Trousseau : Clinique chirurgicale de V Hôtel-Dieu, T. II, p. 674. Paris 1877.

l’association par contraste simultané

♦voulait prier Dieu, il était assailli d’idées blasphématoires. Ces idées diminuèrent avec l’âge, mais elles se présentèrent encore dans sa vieillesse. « Nous avons connu, dit le D1' Hildebrand, un savant qui, lorsqu’il assistait à la messe, sentait des blasphèmes lui venir parfois à l'esprit, dans les moments où les cérémonies demandaient le plus de recueillement. Ces petits accès d’aliénation blasphématoire, affectant la troisième forme de monomanie, peuvent n’être dus qu’à une névrose passagère du cerveau, de môme que la même folie blasphématoire que manifestaient les démonomaniaques du moyen-âge » K Une forme assez curieuse et démonstrative de l’association par contraste se produit quand les actes ou les discours voulus d’une personne sont en contradiction flagrante — parfois à son insu — avec ses pensées intimes. On peut voir clairement en certains cas l’action et la réaction de deux systèmes opposés l’un sur l’autre. Chaque système se développe et tend à se systématiser davantage, mais en respectant la part de l’autre au moins dans certains cas. Quelquefois il s’établit ainsi une sorte de compensation. Un mari infidèle pourra se sentir comme obligé à plus d’égards envers sa femme. Un homme ivre se préoccupe de marcher droit. Une tendance habituelle se manifeste souvent ainsi par des discours, des propos sur la tendance opposée, ou sur cette tendance même, le contraste peut se marquer dans les deux cas soit par l’approbation donnée à une tendance opposée à celle que l’on a soi-même, soit par le blâme infligé à ses propres sentiments quand on les rencontre chez d’autres sans les reconnaître, soit par l’attention même que nous portons aux actes qui chez les autres dénotent des habitudes opposées aux nôtres. Un avare se préoccupera de constater et de juger chez les autres l’avarice ou la générosité ; un homme pieux, la piété ou l’irréligion ; un homme

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