DIAGNOSTIC
A. Diagnostic clinique.
Le diagnostic clinique des adénomes meibomiens est une des parties les plus délicates de leur histoire. En lisant les observations que nous avons relatées, on a pu voir que les auteurs ne firent le diagnostic exact que sous le microscope. Cependant, Knapp put faire ce diagnostic clinique chez la malade de Mills, car il avait observé quelque temps auparavant un cas semblable. Les autres auteurs n’ont pas fait le diagnostic, car ils n’ont pas pensé à la possibilité de l’adénome meibomien, qui est une tumeur rarissime.
Le diagnostic positif sera établi grâce aux caractères que nous avons étudiés dans la symptomatologie. Nous ne croyons pas utile de le reproduire ici.
A sa période de début, l’adénome sera presque toujours confondu avec le chalazion. C’est qu’en effet la ressemblance est grande entre ces deux lésions et l’on ne peut baser son diagnostic que sur des nuances. Le chalazion est une nodosité inflammatoire : aussi sa délimitation est moins nette que celle de l’adénome, car, autour de lui, le tarse est toujours plus ou moins infiltré.
Il est rare qu’à un moment donné la peau ne rougisse pas et ne s’épaisse pas à son niveau ; le malade ressent alors une tension et de légères douleurs qui ne- s’observent pas dans l’adénome; en outre la croissance du chalazion est beaucoup plus rapide et il perd vite sa dureté première pour devenir mou. Il est alors parfois le siège de poussées inflammatoires qui peuvent aboutir à son ulcération du côté de la conjonctive. Plus tard la
lenteur du développement de l’adénome, sa grosseur, son aspect et sa consistance ne permettent plus la confusion.
Les autres inflammations chroniques du tarse diffèrent trop de l’adénome meibomien pour nous arrêter.
Parmi les tumeurs véritables qui pourraient prêter à confusion, on éliminera à priori celles qui n’adhèrent pas intimement au tarse. C’est ainsi qu’on peu rejeter facilement les néoplasies qui se développent au-dessus des glandes sudoripares et sébacées de la peau.
Les adénomes des glandes de Moll et ceux des glandes de Krause sont des tumeurs encore plus rares que celles qui nous occupent; elles ont été étudiées par Salzmann dans le même travail que les adénomes des glandes de Meibomius. Nous savons que les glandes de Moll sont desglandes sudoripares trèsdéveloppées qui sont situées dans le derme du bord libre de la paupière. Aussi les tumeurs qui en dérivent prennent toujours naissance au niveau du sol ciliaire, ce qui n’existe jamais pour les adénomes meibomiens. En outre elles n’ont jamais l’aspect jaune sale de ces derniers. Les glandes de Krause sont des glandes lacrymales accessoires qui sont situées au niveau du fornix et viennent déverser leur sécrétion dans le cul-de-sac conjonctival. Les tumeurs auxquelles elles donnent naissance se développent entre le globe et 1a. paupière. Dans le cas de Salzmann, la tumeur apparaissait dans l’axe de la fente palpébrale sous l’aspect d’une tumeur rosée et bosselée.
Le carcinome des glandes de Meibomius est également une tumeur rare dont les caractères cliniques sont surtout connus depuis le travail de Sourdille. A ses débuts, le carcinome a des allures identiques à celles de l’adénome ; cependant le carcinome est douloureux et la conjonctive s’ulcère vite à son niveau. 11 ne tarde pas à prendre les caractères d’une tumeur maligne : sa croissance est rapide, ses limites sont empâtées, les gan-
glions lymphatiques sont envahis de bonne heure et ils récidivent généralement peu de temps après l’extirpation.
On désigne sous le nom de cancer primitif de la paupière une tumeur rare et mal connue qui se développe dans l’épais-
seur du voile palpébral ; mais on ignore aux dépens de quel organe elle prend naissance. Il est probable qu’elle se développe aux dépens des éléments glandulaires du tarse et que les glandes de Meibomius sont souvent en cause. Quoi qu’il en soit, ses allures sont malignes et ressemblent à celles du carcinome meibomien.
En somme, le diagnostic clinique des adénomes meibomiens est assez difficile et il aura toujours besoin d’être contrôlé par l’examen anatomique.
B. Diagnostic anatomique.
Si le diagnostic clinique de l’adénome meibomien est difficile, le diagnostic anatomique est au contraire généralement facile.
Nous n’insisterons pas sur les caractères différentiels du chalazion, qui sont trop marqués. Les glandes de Moll sont les glandes du type sudoripare ; aussi les adénomes qui en dérivent sont constitués par des tubes ramifiés, entrelacés, terminés en cæcum, tapissés par un épithélium cubique ou cylindrique analogue à celui des glandes sudoripares ; on y trouve souvent des cavités kystiques. Les glandes de Krause ont la même structure acino-tubuleuse que les glandes lacrymales; aussi leurs adénomes sont caractérisés par l’aspect tubuleux de leurs éléments que tapisse un épithélium cylindrique modifié.
La différenciation entre l’adénome et le carcinome meibonien au début peut être des plus délicates à établir. L’aspect général des coupes est le même : à côté d’acini normaux on trouve de grandes. cavités formées par la coalescence de plusieurs éléments glandulaires. Mais les cellules épithéliales du carcinome sont beaucoup plus atypiques que celles de l’adénome; on y trouve parfois de véritables globes épidermiques en formation et le nombre des cellules en karyokynèse est considérable. Enfin, le diagnostic de carcinome au début peut être porté avec certitude si l’on trouve la paroi d’un acinus rompu et laissant échapper des cellules épithéliales dans le tissu cellulaire ambiant. Plus tard, quand le carcinome a évolué, ses
caractères histologiques le différencient nettement de ceux de l’adénome.
En somme, il existe une parenté étroiteentre l’adénome et le carcinome meibonien et il n’y a qu’un pas à franchir pour passer de l’un à l’autre. Dans le premier cas, malgré leur hyperplasie, les cellules néo-formées]gardent leurs caractères normaux; au contraire, dans le second cas, cesfcellules n’évoluent plus vers le type sébacé adulte, mais deviennent atypiques, d’où leur malignité.
Pradignat