SCENE I
CLAIUE
Je ne sais rien ; je vous l'ai dit. Mais il faut vous confier à moi. {Pierre secoue la tête : non.) Pourquoi?
PIERRE
Parce que je ne suis pas sûr.
CLAIRE
Vous avez peur de la vérité ?
PIERRE
J'en ai peur.
Dites-moi donc >
PIERRE, âprement.
Vous aussi, vous avez peur de la vérité.
CLAIRE
Je reg-rette que mes paroles aient paru s'accorder avec votre inquiétude. Je ne sais rien, Pierre. Je vous assure que je ne sais rien.
PIERRE, lentement.
Vous aussi, vous avez peur de la vérité.
CLAIRE lui prend les mains.
Comme vous êtes douloureux...
PIERRE
N'est-ce pas r
CLAIRE
Mais, parlez ! \'otre angoisse me gagne... Il faut médire! Maintenant, il faut tout me dire ! Je vous sens plein de larmes ! Claude est toute silencieuse ! — Si par hasard. . .
PIERRE
Quoi donc }
lO L ADIEU
CLAIRE
Si ma présence était la cause, entre Claude et vous . . .
PIERRE
Il ne s'ag-it pas de cela !
\'ous n'aimez plus Claude }
PIERRE
Vous êtes une enfant. Depuis quatre ans, je l'ai toujours aimée davantage. Et je croyais l'avoir mieux comprise ! . . . Comprise ? Quelle âme changeante est la sienne ! Aujourd'hui, je sens qu'elle m'échappe !
Elle se recule en secret !
CLAIRE
Oh, Pierre!...
PIERRE
Taisez-vous. [Avec éclat.) Claude aime un autre homme.
CLAIRE, immédiatement.
Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai I
PIERRE, ai^ti.
Cela ne vous a pas surprise ! Vous avez nié trop vite.
CLAIRE
C'est mal, Pierre ! C'est mal à vous ! Enfin, je sais votre chagrin. Mais vous n'avez pas le droit de douter de Claude. 11 faut vous reprendre.
PIERRE
Est-ce que vraiment je vais la perdre) — Claire, je n'en ai pas le courage.
CLAIRE
Il faut être calme ! — Si vous souffrez, il faut le taire. Claude ne peut pas vous aimer moins. Toutes les femmes, sans doute,