‹ L'adieuChapitre 3 sur 16 · SCENE I 1 I · texte numérisé non relu

SCENE I 1 I

traversent de ces crises, où il faut les entourer de beaucoup de douceur.

PIERRE

Ainsi, tout cela est vrai. Vous l'aviez compris comme moi. Et je fermais les yeux, lâche! Je faisais l'aveugle. — Que faire aujourd'hui ?

CLAIRE

Notre cœur a parfois ses silences. Claude a une âme d'orgueil. Peut-être souffre-t-elle aussi ?

PIERRE

Un jour, j'ai senti... qu'elle ne se donnait plus à moi. Je n'ai pas osé lui demander le secret de sa froideur.

CLAIRE

Claude est droite, pourtant !

PIERRE

Nous sommes enveloppés de mensonge. Et voilà des mois que je l'épie sans rien dire. J'espérais toujours qu'elle me reviendrait. Aujourd'hui, ce qu'il y a entre nous est si fragile que je m'attends à tout. — Elle ne m'aime plus. Est-ce que cela peut être, moi, qui l'aime tant; moi, qui l'ai tant aimée r

CLAIRE

Voyons, Pierre !

PIERRE

Si je me plains d'être trop las, c'est que je pouvais subir son indifférence ; mais pas son aversion. ,

CLAIRE

Vous vous exagérez les choses.

Quand je prends ses mains dans les miennes, leur fièvre me brûle. Son calme silencieux est tout ardent de vie contenue. Et

il y a en elle un espoir, tout un espoir. — Elle aime, je vous dis qu'elle aime.

CLAIRE

Je vous défends de le penser!

PIERRE

Vous ne pouvez pas savoir le poids de cette incertitude... Une nuit, je me suis éveillé auprès d'elle. Je devinais qu'elle pleurait. Les doigts que j'ai passés sur ses j'eux furent mouillés de larmes. Et nous n'avons rien dit. Et nous n'avons rien osé dire, ni l'un, ni l'autre ! (Bas.) Claire ! Rien ne m'a fait plus mal que cette douleur dont elle ne m'a pas fait la confidence.

[Brusque.) Mais je veux. . . je veux lui parler, aujourd'hui même. Je veux savoir enfin ce qu'elle médite loin de moi.

CLAIRE

Quelle folie ! — Claude vous aimera de nouveau.

PIERRE

Non, Claire! L'amour est un instinct. Il vit, comprenez-vous) II peut mourir. Il meurt ! — Mais moi, moi, j'aime encore.

CLAIRE

Je crois que nous n'avons jamais qu'un seul amour. Ceux qui l'abandonnent y doivent toujours revenir.

PIERRE

Un seul amour? Vous le pensez, vous! — Mais Claude?... Comment aimcriez-vous d'ailleurs ? Pouvcz-vous le savoir ?

Claire le regarde sans un mot, et va jusqu'à la fenêtre. Pierre allume une cigarette. Elle revient. Cela a fait un long silence.

CLAIRE

Il faut savoir souffrir comme un homme, Pierre. Rien n'est encore irréparable.

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