A ALAN
Deux dates principales résument la grande histoire coloniale de l’Angleterre :
La fin du xvrr° siècle où elle commence seulement à compter comme puissance coloniale, et l’année 1763 où elle s’impose définitivement, devient prépondérante, dicte à peu près ses volontés.
Le désastreux traité de Paris marque en effet le début de son apogée. La majeure partie de notre empire colonial fut perdu pendant la guerre avec l’Angleterre de 1756 à 1763. L’Inde française devint l’Inde anglaise et le Canada, possession française, devint le Canada britannique en 1756 et 1757. De la consécration de nos pertes, le traité de 1763 demeure responsable.
Désormais nous sommes déjà loin de ce timide essai tenté par Sir Humphrey Gilbert à Terre-Neuve en 1583.
Si la fin du xvir siècle avait vu l'Angleterre n'ayant en plus de ses nouveaux États sur la côte orientale américaine que Sainte-Hélène, deux stations en Gambie pour la traite des nègres, la Côte de l’Or,la Bermude, la Jamaïque, la Barbade, quelques îlots insignifiants des Indes occidentales auxquels se joignaient pour compléter « l'Empire » d'alors, le Nouveau Brunswick, la Nouvelle-Ecosse et l’île du Prince- Édouard voisine du continent d'Amérique, la fin de la guerre de Sept ans lance définitivement l’Angleterre dans sa carrière d'expansion coloniale.
CAHU
Mais la plus grande partie de son domaine d’ouitre-mer s’est accrue comparativement dans l’espace des temps récents. Si jusqu'aux grandes guerres qui marquèrent la seconde partie du xvir siècle elle ne fit que peu de progrès en matière d’acquisitions territoriales, depuis elle a su rattraper le temps perdu. Les traités de 1815 laissèrent à J’Angleterre la plus grande partie des Indes Occidentales, l’Afrique du Sud, et la main libre à travers toutes les Indes, dans l'Amérique du Nord et le Pacifique.
Le long règne de Victoria consacra la supériorité des Anglais dans le monde. Ils occupèrent successivement le Natal, le Bechuanaland, le Basutoland, le Zoulouland, la Colombie britannique, les territoires de l’Ouest du Canada, ainsi que l’Australie, cette cinquième partie du monde, la Tasmanie, la Nouvelle- Guinée et Bornéo.
Des traités successifs leur livrèrent Labuan, le Lagos,la majeure partie dela Côte de l’Or, les îles Fiji; des accords leur abandonnèrent Chypre, le bassin du Niger ; j'omets volontairement des possessions moins importantes. |
Pendant l’année 1890, ils agrandirent considéra-
blement leur empire africain à la suite d’accords avec
l'Allemagne, la France et le Portugal. Chacun de
ces pays délimita ses possessions respectives et ses sphères d'influence et le Royaume-Uni acquit ainsi
un pouvoir désormais incontestable sur 2 millions 1/2
À PTE ES PRES ht iiodc:
io de milles carrés en Afrique dont la superficie totale compte {1 millions 700.000 milles carrés.
En 1895, un protectorat fut proclamé sur l’Amatongaland, partie du Natal. De 1895 à 1898, des pays entiers furent occupés dans les limites de la sphère d'influence britannique. En 1898, Weï-haï-Weï est obtenu à bail... forcé de la Chine. En 1899, un traité avec l'Allemagne fait passer les îles Salomon sous l'influence britannique. La colonie de la rivière Orange ainsi que le Transvaal furent annexés en 1900 ; dans la même année, l’ile de Tonga, dans le Pacifique, devint protectorat britannique et les îles Cook, Savage, et d’autres pluspetites, furent annexées.
L'expansion continue sans arrêt ; le besoin de conquète hante toujours l'esprit anglais qui aboutit aujourd’hui à l’idée de la Greater Britain et de l’Empire. C’est la théorie de l’impérialisme qui veut que le monde entier devienne progressivement partie de la « fédération britannique » et dont la fameuse formule « du Cap au Caire » synthétise bien un des aspects politiques.
Y compris l'Inde, « l'Empire » s'étend actuellement sur plus de 11 millions de milles carrés, soit 91 fois l’étendue de la mère-patrie. Les colonies seules (car l’Inde, ainsi que je l’indiquerai plus loin, n’est pas regardée comme une colonie) représentent plus de 80 fois l’étendue du Royaume-Uni avec une
population de plus de 55 millions.
SD
Pour administrer un semblable Empire dont l’immensité n’a d’égale que la variété, l'Angleterre possède deux ministères absolument indépendants : le ministère de l’Inde (India-Office) et le ministère des Colonies (Colonial Office).
C’est ce dernier seulement que étudie ici. Mais avant d’arriver à la séparation bien déterminée existante aujourd’hui et qui est la base du gouvernement de « l'Empire », l'administration centrale des colonies britanniques est passée par des étapes successives, par des phases différentes. Elle a longtemps cherché, essayé, hésité, avant de trouver sa voie et son état actuel. Je ne peux dire état définitif car c’est le propre de la constitution anglaise de savoir se transformer au jour le jour, suivant les besoins du moment, et le ministère des Colonies n’est pas moins que les autres administrations du Royaume-Uni, apte à se modifier, à s'adapter aux intérêts de l’heure présente, aux exigences nouvelles des colonies. Je n’en veux pour preuve que la dernière transformation du Colonial Office, à la suite de la conférence intercoloniale tenue à Londres en 1907.
Examinons donc les diverses transformations de l’administration centrale des colonies au cours de la constitution progressive de l’empire britannique.