I. — Les grandes divisions administratives de l'Égypte
À la base des réformes entreprises par l’empereur Justinien en Égypte vient se placer une réorganisation des cadres admimistratifs. Une fois de plus, on va donc transformer la géographie politique de la province avec l’éspoir d'améliorer ainsi la situation intérieure.
Très désireux de rendre plus effective et plus éclairée l’autorité des fonctionnaires, le basileus va déterminer minutieusement la nature et l’étendue de leurs pouvoirs. Il s’avise tout d’abord de l'impossibilité où se trouve un seul homme d’appliquer son esprit aux multiples soucis et difficultés auxquels donne lieu l’administration du diocèse entier et de s’acquitter de sa charge de façon satisfaisante pour le gouvernement de Byzance (1). L'unité administrative de l'Égypte, qui avait toujours été maintenue au cours de la domination romaine, va ainsi être brisée pour la première fois.
L’augustal du duché d'Égypte, qui était en même temps vicaire de l'empereur pour la province entière, deviendra donc un simple gouverneur dans sa circonscription (2) : la charge même de vicaire est ainsi supprimée et l’ensemble des diverses provinces qui composaient le diocèse relève directement, sans son intermédiaire, du préfet du prétoire d'Orient. C’est donc à cé dernier et non plus à son vicaire qu'est adressé l’Édit XIII (3). Il n’est plus question désormais du diocèse d'Égypte, la province n’est plus qu’une réunion de duchés, ou plutêt
(x) Édit XIII, proem.
(2) Id +,"1.
(3) « npdç 'Iwavynv rdv évôotérarov Üxapyov Tùv évarolxüv iep@v rpatopiwv ».
d’é éparchies, Me chacune son administration particulière (x). La ville d'Alexandrie a une place à part dans l’ensemble (2). L'expression de diocèse d'Égypte survit d’ailleurs à l’unité administrative de la province; Georges de Chypre l’emploie encore (3).
Une réelle unité morale subsistera dans le pays malgré ia réforme justinienne (4). La chose est bien naturelle si l’on songe à l’ensemble que forme la vallée du Nil au point de vue physique et ethnique. Son unité est trop réelle pour ne pas demeurer vivante au-dessus de ne les divisions administratives. La Lybie elle-même, annexée à l'Égypte sous l’empereur Anastase, se rattache aussi géographiquement à la vallée du Nil avec laquelle elle communique sans difficulté, alors yu’elle est isolée par les déserts des autres provinces d’Afrique.
Même au point de vue purement administratif, la portée de la réforme de Justinien comporte nécessairement des limites. Dans une certaine mesure, une unité demeure entre les provinces théoriquement indépendantes : les nécessités pratiques font que le duc augustal d'Égypte (au sens étroit) garde encore dans telle circonstance un rôle prépondérant; ainsi, il est chargé, par exemple, de centraliser à Alexandrie le blé perçu dans lé pays entier et de s’occuper de son envoi à Byzance (5).
Les divisions principalés du territoire de l'Égypte ne sont pas modifiées elles-mêmes par la réforme de Justinien (6). Comme au temps de la Notitia dignitatum, on retrouve dans l’Édit XIII, outre la Libye, l'Égypte, la Thébaïde, l’Augustamnique et très vraisemblablement l’Arcadie. Les changements
(1) Édit XIII, proem. :« 'Apyn oÙùv Beë toù.….vépou mept tic AleEavôpéwv vai roy Atyurtaxdv ÉTapytv ».
(2) Ibid.
(3) GEoRG. Cyrr., 685.
(4) Jean MasPero (Organisation militaire de l'Égypte byzantine, p. 8)
démontre que l'expression de « diocèse d'Égypte » est au vi° siècle autre
chose qu’une « réminiscence HÉPAIAES », comme le prétend M. GELZER (Studien, p. 29).
(5) Voir plus bas, Chap. II.
(6) Sur les limites de l'Égypte au vi® siècle, voir Jean MASPERO, op. cit,, p. 8-11.
introduits par Justinien, laissant subsister dans leurs grandes lignes les anciennes provinces de l'Égypte, portent sur les subdivisions dont celles-ci sont l’objet et sur les titres et attributions des fonctionnaires préposés au gouvernement des unes et des autres.
I n’y a pas, dans la PR eee byzantine, de terme qui s’applique spécialement aux diverses provinces de l'Égypte qu’on a coutume de désigner sous le nom de duchés (1). Au cours de l’Édit XIII, du moins dans les parties qui nous ont été conservées, il n’est jamais question de duché, ni à propos des deux Égyptes, ni à propos d'Augustamnique; la Lybie et la Thébaïde sont respectivement qualifiées de limes (2). Dans l’adresse de l’Édit et dans les papyrus, ce ne sont pas les duchés, mais les éparchies d'Égypte qui sont mentionnées (3). Plusieurs textes renferment l’expression assez vague de ywpa appliquée aux duchés (4).
Le chapitre premier de l’Édit est consacré à l'Égypte au sens étroit. Celle-ci comprend la partie es du delta avec la grande ville d'Alexandrie. Les districts de Ménélaite et de Maréotis, qui faisaient encore partie de l'Égypte en 535 suivant le Notitia de Hiéroclès (5), sont rattachés dans l’Édit XIII à la Läbye (6).
Justinien maintiént la division de l'Égypte en deux éparchies : l'Égypte première et l'Égypte seconde (7), ainsi qu’il l’avait établie en 535 dans sa Novelle VIII (8).
A la tête des deux éparchies d'Égypte et de la ville d’Alexandrie, il place un duc et augustal auquel il confère
(1) Jean MASPERO, op. cit., p. 72, note 5.
(2) Édit XIII, 11; & ro Atéuxod Auto » ; 54. III. « vd OnBaixdv Auerdv ». Cf. P. Caire oc 1:
(3) Aux textes cités par Jean MasPERo on peut ajouter : P. Lond. 1663, 1664, 1679, où il est question de « l’éparchie » de Thébaïde; P. Lond. 1797, où figure l’éparchie d’Arcadie.
(4) Jean MasPero, loc. cit. Dans P. Flor., III, 292 et 293, se trouve l'expression : « toù On6(aimv) ÉAvouc ».
(5) Ed. PARTHEY, p. 46 et 8o.
NO) Éd XIII, Er, MS TI, NT.