Importance de l” « annona civica
De tout temps, lés maîtres de l'Égypte s'étaient préoccupés d'exploiter de façon exceptionnelle les grasses cultures qui s’allongeaient entre les berges du Nil et lés déserts, en obligeant
les cultivateurs égyptiens à remplir les greniers de l’État. Depuis que Constantinople était devenue la résidence impériale, les blés d'Égypte perçus pour l’annone avaient cessé d’être envoyés à Rome. Dès lors, chaque année l’ « heureux transport » (as:z éuéokt) quittait Alexandrie pour faire voile vers le Bosphore (1). L'administration de l’annone sollicitait tout spécialement le zèle réformateur de Justinien. On conçoit aisément quelle importance devait avoir aux yeux de l’empereur une question qui intéressait non seulement l’approvisionnement régulier de Byzance, maïs aussi celui d'Alexandrie. En effet,
depuis que Dioclétien avait accordé à cette ville la faveur de l’alimonia (2), en l’an 302, une partie du grain fourni par les
(1) Cod. Theod., XIV, 16, 1; ©. HirscHreL», dans Philologus, XXIX, 1870, p. 85 ss. Le mot éu6on, qui désigne parfois dans les papyrus le paiement d’un impôt quelconque (P. Caire 67.070), s'applique généralement à l’impôt en blé. s
(2) Cod. Theod., XIV, 26, 2; PROCOPE, Histoire secrète, XXVI, 11; 12: Chronique PAR p. 514. D’après Procope (loc. cit.), Justinien, suivant le conseil de f’augustal Héphaistos, aurait supprimé l’alimonia d'Alexandrie. Il semble bien que cette suppression n'ait été que passagère et que ce fut: seulement une mesur2 vexatoire destinée à mater une révolte d'Alexandrie. On a l’exemple d’un tel châtiment sous Marcien (Priscus, f. 22; Evacrius, Hist. eccl., II, 5). Sans doute, les papyrus du vi® siècle où ül est question de l’alimonia (C. WEsseLy, Studien…., III, 328; VIII, 1208, 1344) ne sont pas exactement datés. On ne connaît pas non plus avec précision le moment où Héphaistos était en charge, mais on sait qu'il était augustal avant la promulgation de P'Édit XIII (cf. L. CanrareLut, La serie dei prefetti di Egitto, III, dans
contribuables égyptiens y était distribuée aux citoyens nécessiteux. Il était donc urgent pour les administrateurs du pays de prévenir les insuffisances, les retards même apportés à l’alimonia ; ne fallait-il pas éviter soigneusement tout incident capable de suscitér le désordre dans une cité cosmopolite d’humeur violente, où les querelles religieuses envenimaient les haïnes de l’indigène contre le pouvoir central, où couvait perpétuellement le feu de la révolte?
La question de la fourniture du blé, était encore bien plus importante à Byzance; la bonne administration de l'annonce demeurait l’une des plus graves préoccupations des basileis. Que le blé d'Égypte vint à faire défaut, ou que son arrivée fût seulement retardée, et la populace de Byzance, prompte à l’émeute, créait au palais de lourdes inquiétudes. Les pires éventualités pouvaient s’ensuivre. Si la récolte était peu abondante et si la flotte frumentaire n’apportait pas le grain nécessaire à l’alimentation de la capitale, on devait, pour conjurer le péril, recourir à des expédients. On pratiquait un système de réquisitions en Thrace, en Bithynie, en Phrygie (1). Procope, qui exagère peut-être d’ailleurs, prétend qu’on ne reculait pas devant les mesures les plus vexatoires à l’égard des malheureux habitants de ces provinces; victimes de la réquisition, ceux-ci étaient en outre obligés de transporter eux-mêmes leur bl, au prix de dures fatigues, jusqu’au port d'embarquement. De là, on dirigeait sur Byzance les récoltes en se contentant îe fes payer à leurs propriétaires un prix dérisoire.
Fort heureusement pour les cultivateurs, établis dans les régions où se pratiquaient les réquisitions, lorsque survenaient les terribles périodes des « vaches maigres », il n’était pas toujours nécessaire d’user de pareilles mesures d’exception. Il arrivait même, dans les années d’abondance, que lé blé fourni par l'Égypte dépassât les besoins de la population de Byzance. Dans
Mem. de la R. Accademia dei Lincei, clas. di scieuze mor., stor. e fil., ser. sa, XIV, mem. 7a, p. 413), où Justinien se préoccupe à diverses neprises (1, 2, 6) de la fourniture de blé à Alexandrie. Plus tard, la Chro-nique de Jean de Nikiou (XCVIT, 7) et les textes sur papyrus font encore allusion à l’alimonia.
(1) Procope, Histoire secrète, XXII, 6,
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ce cas, le gouvernement impérial n’en avait pas moins intérêt à ce que les contribuables égyptiens envoyassent bien exactement jusqu’à la capitale la part de leurs récoltes régulièrement exigée par le fisc. Le préfet du prétoire d'Orient pouvait alors accumuler dans les greniers impériaux de grandes quantités de blé; il obligeait ensuite les provinciaux à les racheter fort cher (1). C’était là pour l’État une occasion inespérée de se livrer à de fructueuses spéculations, dont s’acquittaient habilement des fonctionnaires habitués aux malversations qui ne laissaient point « les mains pures ». On remplissait donc ainsi de façon fort ingénieuse les caisses du Trésor, dont le vide sans cesse rénaissant causait les préoccupations que l’on sait aux maîtres de l’Empire.
Hanté comme tous les basileis par ce fâcheux souci, et désireux d’assurer l’approvisionnement de Byzance et d'Alexandrie, Justinien va recourir, avec sa confiance habituelle, aux prescriptions soigneusement élaborées.
I1 entreprend donc, dans l’Édit XIII, d'organiser à nouveau l’administration de l’annone. La perception du blé, son transport à travers les canaux qui sillonnent le pays, puis sur le Nil, son embarquement pour Byzance sont réglés par l’empe-: reur avec un soin méticuleux. Justinien insiste tout particulièrement sur les lourdes sanctions et les mesures sévères destinées à maintenir dans leur devoir contribuables et fonctionnaires (2), tant la question de l’annone est importante, primordiale même; l’empereur va donc en faire, d’une manière explicite, l’objet principal des préoccupations des hauts fonctionnaires du diocèse. L'envoi du blé à Byzance tiendra la première place parmi les devoirs d’un duc de Thébaïde (3) ou d’Augustamnique (4), de l’augustal d'Égypte (5), dont le rôle est tout particulièrement chargé en la matière.
(1)1d,, CXXY.
(2) Edit XIII, 1x, 2.
G) Id, m1, 2.
(4) Id., av, 2.
(s) Id., 1, 6 : «mparnv GÈ elvou qpovrièa v& th Ton TV GPA Éyovr
Boulôpeba rhv Thç aiciac éuéorñs Ôtoix nov ».