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Une des principales occupations des troupes cantonnées dans le pays, c’est d'assister dans la perception de l’annone les fonctionnaires de l’administration civile (x).
Il. -— La répartition des charges de l'annona civica.
La quantité de blé que l’Égypté devait annuellement fournir à Byzance, le canon frumentarius, avait été fixée par Constantin et règlée par ses successeurs (2). Il est vraisemblable que l’Édit XIII n'apporte pas sur ce point de modification importante à l'administration de l’annone; il nous apprend que le montant de l’impôt dit de naulage, destiné à subvenir aux frais de transport du blé, s'élève à quatre-vingt mille sous d’or pour une quantité de blé exprimée par le nombre de huit millions (3). Reste à savoir à quelle mesure de capacité se rapporte ce chiffre. Sont-ce des artabes ou des mod?
D'après Matthias Gelzer (4), qui adopte l'opinion formulée par Mommsen (5), il s’agit d’artabes.
Il semblerait, i! est vrai, assez naturel que la mesure dont il est ainsi question dans l'Édit XIII fût la mêmi que celle dont se servaient les fonctionnaires de l’annone lorsqu'ils évaluaient les apports des contribuables. Or, les renseignements fournis par les papyrus donneraient à penser que, daus ce dernier cas, on usait du modius. Aïnsi l’intendant qui administre les domaines du comte Aimmonios, en Thébaïde, compte par artabes, suivant l’habitude locale, en relevant les quantités de blé versées par les colons de son maître (6); mais il établit une table de concordance où les artabes sont converties en modti. Ne seraitil point obligé d’agir ainsi pour se mettre d’accord avec ie percepteur de l’annone?
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(2) Edit XIIL UE, 7
(4) M. GELZER, Altes und Neues a. d. byzant. aegyptischen Verwaltungsmisere (Archiv für Papyrusforschung, V, 1913, p. 348),
(5) MOMMSEN, Roem. Gesch., V, p. 360, n., 3° éd,
(6) P. Caire 67.131, TITI, recto,
L'ANNONA CIVICA 121
La chose est possible. Cependant les comptes de l’intendant d’'Ammonios ne suffisent point à prouver que lé modius ait été l’unité officiellement adoptée en Égypte; d'autant plus que, dans d’autres textes, les fonctionnaires usént eux-mêmes d’artabes et que dans l’Édit XIII il était expressément question de cette mesure (1). En outre, le chiffre de huit millions d’artabes, c’est-à-dire vingt-quatre millions de modü, est plus vraisemblable que celui de huit millions de modii. À l’époque du Haut-Empire, l'Égypte fournissait en effet à Rome vingt millions de modii par an (2); il est bien peu probable que son fardeau ait été allégé par les empereurs byzantins et en particulier par Justinien, soucieux de tirer tout lé parti possible de ses provinces.
Les papyrus nous apportent à ce propos des précisions qui paraissent assez concluantes. [ls nous apprennent que la rékiç dont Antaiou est le chef-lieu eñvoie chaque année à Alexandrie 61.674 artabes (3); or, d’après la Notice de Georges de Chypre, il y avait environ quatre vingts méhac égyptiennes ; on aurait ainsi pour l’ensemble, un chiffre grossièrement approximatif de 4.933.020 artabes ou 14.801.760 modii (4). Il semble donc impossible de supposer que de chiffre de huit millions, donné par l’Edit pour la fourniture totale, ait désigné des mod (5)
(1) Édit XIII, 1, 6; P. Caire 67.030; 67.057; 67.138, III, recto etc... P. Lond., NV, 1805; P. Oxy., I, 127; 142; Führer 486=C. WesseLv, Studien..., XX, 252; PREISIGKE 4888.
(2) AurELIUS VICTOR, Epitome, I.
(3) P. Caire 67.057. La ville d’Oxyrhynchos fournit 87.818 artabes 1/2; la cité de Kynopolis, 52.800 (P. Oxy., I, 127).
(4) M. GELzER s'étonne de constater que la quantité de blé fournie par Antaiou ne représente que Ja cent-trentième partte de la fourniture totale, alors que, d’après Georges de Chypre, il y auraït quatre-vingts mbdex en Égypte. Mais comme M. GELZER le fait lui-même remarquer (Altes und Neues a. d. byzant. aegyptischen Verwaltungsmisere, Archiv f. Papyrusforchung, V, 1913, p. 348), Antaiou ne compte pas parmi les civitates les plus importantes. On peut ajouter que dans Îles 61.674 artabes qu’elle envoie à Antinoé, n'est pas compris sans doute ke nombre d'artabes levées dans les bourgs et propriétés autopractes du canton, qui embarquent directement le blé pour la capitale du duché (voir plus bas
(s) On ne saurait utiliser pour élucider la question le fait que
L'obligation de contribuer à la fourniture de l’annone était partagée entre les deux Égyptes (x), la T'hébaïde (2), l’Arcadie et l’Augustamnique (3), à l'exception de la Libye.
Associée aux destinées de l’Égypte, la Libye n’en est pas moins profondément différente au point de vue de la nature du sol et des cultures. Les oasis du désert libyque et les jardins habilement irrigués en bordure des sables ou de la côte mcditerranéenne, ne sauraient se prêter à la production du blé comme les plaines limoneuses inondées par le Nil. Aussi le chapitre de l’Édit XIII consacré à la Lybie ne fait-il aucune mention de l’ëuéoxñ. D'ailleurs cette province fait, comme on l’a vu, assez pauvre figure parmi les débiteurs du fisc et n’est guère en état de compenser l’indigence.de ses ressources agricoles par l’abondance des impôts en espèces.
On voit dans l’Édit XIII, avec quel soin méticuleux Justinien organise l’administration de l’annone dans les deux Égyptes, dans les deux Augustamniques et en Thébaïde. Le chapitre relatif à l’Arcadie est perdu, mais il est certain que ce duché contribuait à la fourniture du blé de l’annone; les cultures du Fayoum comptent parmi les plus riches du pays, et d’ailleurs où possède nombre de reçus de blé délivrés aux contribuables de la région (4). Pour ce qui concerne la quantité
d’après le texte de l’Édit XIII (1, 7), le rapport entre les sommes payées pour le transport du blé et la quantité transportée est de 1/100 : on constate bien d’après un texte d’Oxyrhynchos (P. Oxy., I, 142), que l’administrateur d’un grand domaïne remet à un batelier, en même temps que 1.485 artabes 1/4, 11 sous d’or et 3 xepdria 1/2 pour le naulage; ces chiffres fournissent très approximativement le rapport de 1/100 entre les sous d’or et les artabes, ce qui tendrait à prouver que dans l'Édit XIII il s’agit éga'ement d'’artabes. Mais il n’est pas sûr que le montant des droits de transport du blé perçu chez les particuliers représente le centième de leur fourniture évaluée en artabes; on verra (cf. plus bas, $ VI, p. 140) que les ressources auxquelles on a recours pour payer le transport des grains ne DrotispnenE pas seulement des sommes perçues directement à cet effet.