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III. — La perception du blé

Le montant de l'impôt en nature est exigible dans le courant même de l’année pour laquelle il est dû (5). Avant la promulgation de l'Édit XIII, alors que le duc n’était qu’un chef

(:) Édit XIII, 1, 6; xx, 2. à

(NPA Or 202-2203.

(4) Dans le bourg d’Aphrodito, le rôle des impositions qui grèvent chaque propriété a été dressé pour le blé, comme pour les impôts en espèces, par Jean oxokaotixos 4x1 xavomiwp. (Cf. P. Caire 67.097, recto, 1. 38 ss; 67.118; 67.119; 67.140.) Pour les grands domaines, le registre du : censitor renferme la liste des différentes terres, leurs noms, celui des colons qui les occupent, le nombre d’aroures qu’elles comportent. Parfois, la provenance des terres acquises par héritage est indiquée (cf. P. Caire 67.140, qui contient un recensement des propriétés foncières au comte Ammonios).

(5): PLond, UV icTrORG Ur

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militaire, c’est au praeses qu’incombait la charge de la perception de l’annone (1). Depuis les réformes de Justinien, le duc a la haute main sur les opérations relatives à la perception du - blé dans les pagarchies, cités et bourgs autopractes de son duché (2). |

Chaque année part des bureaux de son officium, à destination des communes autopractes, l’ordre de procéder à la collecte du blé. Cet ordre émane très probablement du bureau du fonctionnaire spécialement chaigé de l'impôt foncier en nature : 6 oxagtes ayvwvtaxcs (3).

Les papyrus fournissent quelques exemplaires de ces avis (rpootcymata). L'un d'eux est adressé au collège des notables d’Aphrodito qui est responsable de la levée des impôts (4). C’est sur le président de l’assemblée, lé proèdre, que retombent tout d’abord les risques de la perception; il est assisté d’un de ses collègues, l’épimélète de l’annone, auquel incombent tout spécialement la direction et le soin de l’opération en vertu d’une liturgie qui pèse sur lui (5).

Les employés de l’officium ducal n’ont garde d'oublier de rappeler aux notables d’Aphrodito les châtiments qu’ils en-

(2) Édit XIII, 1, 6; 11, 2; 1V, 13 P. Flor. 292; 293. Cependant, en Augustamn'que (Édit XIII, 1v, 1), les praesides sont responsables de la perception du blé et de son envoi à Alexandrie en même temps que le duc :« éxméprev aÜtov oixeiw mivÔUyw xat TOY ÉmtwWpIOY GPHOYTWV. »

(3) P. Caire 67.057, I, 11. C’est peut-être ce fonctionnaire qui figure dans la Chronique de Jean de Nikiou, CVII, où il est question d’un préposé aux grains à Alexandrie.

(4) P. Caire 67.030 (daté de 531) est un ordre du praeses de Thébaïde, mais les détails qu’il fourrit sur la levée du blé dans le bourg d’Aphrodito n’en illustrent pas moins par des faits précis les prescriptions générales formulées quelques années plus tard dans J’Édit XIII; seule, la qualité du fonctionnaire qui préside à la perception (le duc au lieu du praeses) sera changée en 538/539. Les ordres relatifs à la perception du blé, envoyés aux notables des bourgs autopractes, doivent être renouvelés lors de chaque levée; les. gens d’Aphrodito sont avisés d’avoir à procéder à la perception, comme ils l’ont fait lors de la précédente indiction.

(s) Du moins en était-il aïnsi au ‘1v° siècle : M. GELZER, Studien, p. 42 ss.

courent si leur zèle est en défaut : « Ne vous exposez pas au reproche de négligence, craignez les rigueurs de la loi » (x).

Pour la perception du blé sur les domaines des grands propriétaires ayant le droit d’autopragie, les données dont on dispose n'ont pas la même précision. Nous savons seulement que les fonctionnaires chargés de recueillir les grains n’opèrent pas directement sur les terres des possessores. Chaque colon établi sur le domaine remet la quantité de blé qu’il doit entre les mains de l’intendant qui administre les propriétés ou d’un percepteur particulier (2). |

Mais à qui ce dernier verse-t-il ensuite Île blé recueilli aux noms respectifs de tous les colons? Les textes apportent peu de lumière sur ce point.

Nous ne sommes pas renseignés davantage sur le détail de la perception dans les cités. On connaît seulement les sitomètres, chargés d'évaluer le blé versé par les contribuables (3), et l'éérenheuris (4), qui est spécialement affecté à la perception des arriérés; il a sous ses ordres un percepteur (@mantns voÿ sitou) (5). |

La perception du blé dans la ywpa se fait sous la direction

(1) P. Caire 67.030; 67.280. On peut rapprocher de ce texte une lettre adressée aux protocomètes où il leur est enjoint d'envoyer beaucoup «de blé au port d'embarquement : mémhœ mov (sic) oïtov eiç tùv 6pmov (P. Caire 67.075).

(2) Caire No7-138 210 MMESSELV ES IuUTien NTI ETES SPORE El 142 : dans ce texte la levée est faite par un mpoovonris. Le mapalutns (C. WesseLy, Studien..., VIII, 1066; 1067; 1068) qui reçoit l’ordre de remettre du blé au boulanger doit être également un percepteur particulier. :

(3) Les textes mentionnent les sitomètres d’Arsinoé : .B. G. U. 3099; C. WesseLy, Studien..., III, 124. Les sitomètres figurent dans P. Caire 67.125; 67.139; C. WEssELY, Siudien..., III, 48; 49; 77; VIII, 1187; 1275; 1282. On voit d’après un texte de Berlin (B. G. U. 838) que les sitomèires formaient une sorte de corporation dirigée par un épistare (érmoratns Épyaciac ctrouétpwvl, comme les gens appartenant aux divers corps de métiers.

Le sitomètre doit être placé sous les ordres de l’hypodecte, d’après des reçus (C. WesseLy, Studien..., III, 48; 49; 77) délivrés, pour le blé de l’éu6oi, par l’hypodecte par l'intermédiaire du sitomètre.

(4) P. Lond., III, 1038 : reçu donné par l'éénexkeutnc d’'Hermopolis.

(s) Ibid. Cf. C. WesseLy, Studien..., VIII, 1182.

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et la responsabilité du pagarque (1). Pas plus que pour la perception des impôts en espèces, celui-ci ne préside en personne à la collecte du blé, sauf dans les cas exceptionnels (2). Il existé, en effet, sous les ordres du pagarque, des fonctionnaires

spécialement préposés à la perception du blé : le roaxreurhs délivre des reçus au nom du pagarque (3).

Parmi les conditions dans lesquelles doit s’opérer la levée du blé, une des plus importantes est l'obligation pour les agents percepteurs de s'assurer de la bonne qualité du grain. On se réservait bien en haut lieu le droit de vendre aux sujets le blé plus ou moins avarié, amassé durant jies annéés d’abondañce dans les greniers impériaux (4), mais l’administration n’en avait pas moins le souci d’écarter les fraudes possibles de la part des cultivateurs. Il est donc fait mention, sur un certain nombre de reçus, du bon état du blé mesuré par les sitomètres. Lorsque le grain livré n’a point été criblé, le fait est également signalé dans les reçus (5). La diversité des mesures locales usitées en Égypte au vr° siècle ne devait pas sim-

(x) Édit XIII, 1, 7; 12. Dans P. Oxy., Ï, 133, les gens du bourg de Takona s'engagent à rendre, en même temps qu'ils paieront leurs impôts, du blé qu’ils ont emprunté pour FA semailles à Flavius Apion qui semble leur pagarque.

(2) P. Caire 67.002. 4

(3) P. Lond., V, 1865. Dans un autre texte (P. Lond., V, 1660), un personnage qui s'engage par contrat à remplir le rôle d’un subordonné du pagarque doit percevoir entre autres taxes le blé de l’ëu6oxn; d’après l’éditeur de ce papyrus, il s’agit sans doute du fonûos du pagarque, que l’on voit d’autre part lever les impôts (P. Lond., V, 1665; 1666) dans le village en question. Les hypodectes qui perçoivent le blé (C. WEssELY, Studien..., III, 476; 478; 527; 529; 531; VIII, 052) sont peut-être des employés du pagarque. Dans un texte de Vienne (C. WESsery, Studien..., VIII, 775), les gens du bourg de Ktésis versent le blé de l’embolé par l'intermédiaire du grammateus; sans doute ce dernier remettait-il ensuite le grain au percepteur du pagarque.

(4) ProcopPE, Histoire secrète, CXXV.

(s) P. Oxy., 1, 142: cétou xaapoù auaxou; Cf. P. Lond., V, 1755; 1756; 1787; 1760. Dans une liste de versements de blé (texte de la collection de l’archiduc Régnier : Führer 486=C. WesseLy, Studien..., XX, 252), il est fait mention au contraire de l’état du grain qui n’a pas été nettoyé (burasoc\ CFP. Oxy., 1,133, l. 14

plifier la tâche des sitomètres ; la variété des mesures de capacité ne le cède point en effet à celle des monnaies; elle est bien de nature à mécontenter un maître épris jusqu’à la minutie d'ordre et d’unité, tel que l'était Justinien. On voit figurer, dans les comptes relatifs au blé de l’annone, tantôt des mod, tantôt des artabes (1). Dans certains textes, une mesure est qualifiée de xayxékkos (2); ailleurs, une autre à l’épithète de Gouxés (3) ou de ‘’Abmvaïos (4). Les usages locaux des Égyptiens en la matière ont évidemment des effets moins fâcheux que s’il s'agissait des monnaies; aussi l’Édit XI, promulgué au sujet de celles-ci, n’a-t-il jamais eu son équivalent pour les mesures de capacité.

Les preseriptions de Justinien relatives au soin avec lequel les quittances doivent être rédigées, s'appliquent également aux reçus délivrés pour l'impôt en nature (5).

Les papyrus offrent quelques exemples du remplacement de la fourniture du blé par un impôt en espèces (6). Mais ces

textes ne permettent pas de voir dans quel cas la chose était

possible, ni quelle était la valeur moyenne de l’artabe d’après lés estimations du fise (7).

(1) Voir plus haut, p. 121.

(2) P. Oxy., I, 127; C. WesseLy, Studien..., III, 328; 421; 471; 473; VIII, 952. On peut remarquer que tous ces textes proviennent du Fayoum.

(3) P. Eond., III, 1038, p. 246 (Hermopolis).

(4) P. Lond., V, 1865 : 3 artabes uérp(u) "Aônvaiw. Cf. C. WESSELY, Studien…, III, 311, pour de v° siècle. La même mesure figure dans P. Grenfell, I, 57, qui est un acte de location.

(5) Nov. Just, EXXVIIE, 3.

(6) P. Lond., V, 1673; 1758; P. Giessen 106; C. WESSELY, Studien..., IE, 43; P. Oxy., Ï, 127. Peut-être est-il aussi question de l’adaeratio (amapyvpteuëc) de l’embolé dans P. Flor., III, 377 : émapy{ulp:su6v et dans P. Caire 67. 036, où lon voit les gens d’Aphrodito verser une certaine somme £iç À6yov toù mup{o).

(7) Seul, un texte de Londres (P. Lond., V, 1673; 1. 159) précise Les choses : un contribuable a versé, pour 33 artabes, 4 sous d’or et 6 keratia; en tenant compte de la valeur relative de la monnaie avec laquelle le paiement est effectué, on constate que pour 11 artabes 1/3 on paie un sou d’or. On voit que ce chiffre diffère de ceux qui nous sont donnés dans d’autres textes; l’artabe est estimée moins cher pour l’annone militaire

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Un hypodecte est chargé sans doute de recueillir les sommes correspondant à l’adaeratio de l’embolè (x). Les espèces sont centralisées au bureau des comptes, où les reçus sont établis par un fon-tionnaire spécial, le dtaorokeus (2).

Celui-ci exerce aussi ses fonctions dans les bureaux (3) adjoints aux greniers publics (3nuéoie 6ppuu) (4), où le blé est recueilli en attendant le moment où il sera embarqué pour Hoens Il est parfois question dans les papyrus de ces magasins à blé. Les grands greniers (5) y sont distingués des petits (6). Quelle était la destination respective des uns et des autres? Y aurait-1l quelque rapport entre les grands greniers

(PF. Caire 67.320, où 13 artabes 1/3 valent 1 sou d’or), et plus cher dans les transactions entre particuliers, où 1 sou d’or équivaut à 8 artabes (P. Caire 67.062; 67.289; 67.320).

(1) P, Caire 67.a36 : un hypodecte reçoit l'adaeratia pour l'embole et la verse au zpusoyorxoc.

(2) P. Lond., V, 1755, 1756, 1758, 1857; C. WesseLy, Studien..., III. 43. Les sommes perçues pour l’adaeratio à Antaiopolis sont versées au bureau des comptes (èv...souv[à] koyiornp{in) de la ville : P. Giessen 106 (Cf. M. GELZER, Altes u. Neues a. d. bysant. aegyptischen Verwaltungsmisere. Archiv f. Papyrusforschung, VW, 1913, p. 357). ” somme payée . pour l'adaeratio par la ville d’'Oxyrhynchos (P. Oxy., I, 127) est transférée à Alexandrie par les soins du notaire, qui est attaché sans doute au xoytathpuoy de la cité, pour être remise aux apyuaonparut. (Ces derniers, qui ont le titre de Aaumpétator, sont peut-être des employés du préfet du prétoire.

(3) Les bureaux où sont établis les comptes nelatifs à l’embolè (xetpoypageix tic éuéorns) figurent dans P. Lond., V, 1755; 1756; 1757; (psy zespoypazeia). Cf. C. WeEssezy, Studien..., III, 118; P. Leipz. 00; ce sont les mêmes pour les versements en blé ou en espèces On a L l'exemple d’un compte de blé dans Führer 486 = C. WEssELy, Stu-

dien,. XX ras?

(4) Pabonne 4502; C, WESSELY, Studien.…., III, 398; 581. Parfois des deniers publics sont qualifiés de mem) : C. WEsseLy, Siudien.…, ILI, 579; 580; VIII, 962; 973; 1024; 1176. Les mov Üpota sont probablement les greniers des cités (môkec par opposition aux greniers des bourgs (C. Wessezy, Studien…, III, 432 : « &xd cv éppluv un(e] ».

(s) €. WesseLx, Studien.…, III, 476 : «rà peyäha éppran. Dans un texte Vienne (Führer 480 = C. WesseLy, Studien.…, XX, 246), il est question de charger sur trois bateaux le blé provenant des grands greniers,

(6) C. WesseLy, Studien.…, III, 382.

132 PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE Ill

et la grande annone dont il est fait mention dans un papyrus provenant d’'Aphrodito? (1). Les grands gremiers seraient ainsi affectés au magasinage du blé qui devait être envoyé à Byzance, par opposition à celui qui était destiné au tpéguoy - d'Alexandrie. D’autres textes permettraient de distinguer, on l’a vu, les greniers de la ville et les greniers du bourg.

Les fonctionnaires vraisemblablement affectés à la mesure et à l’examen des grains sont les meoïta: des greniers publics (2).

La perception dans tous les bourgs et Îles cités du pays doit être terminée assez tôt pour que les convois de barques chargées du blé venu de tous les points de l'Égypte arrivent à temps dans la grande ville d'Alexandrie où les attend l’augustal.

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