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IV. — Le transport du blé de l’annone à travers l'Égypte

La totalité du blé amassée dans les greniers publics des villages et des cités d'Égypte ne doit pas être embarquée pour Alexandrie; une partie du grain fourni par les cultivateurs doit y être laissée pour être dépensée sur place, sous forme de traitements en nature payés aux fonctionnaires. Dans ce cas, le blé est délivré aux intéressés par le percepteur lui-même au reçu d’un ordre de paiement (3).

(1) P. Caire 67.030; 67.280. Cf. J. Maspero, Bull. de lInst. franc. d’arch. or., VII, p. 127.

(2) C. WessEeLy, Studien…., III, 308; 580; 581; 062; VIII, 973; 1024; 1286. Il est question dans un texte du préposé aux greniers : émzesuéve Tov 0rèp Oppliwv) (PREISIGKE 4889 = C. WEssEeLy, Denk. Akad. Wien, KRA VID r887; "p.228 n°72, 2).

(3) Dans un fragment de brouillon d’une requête à l’empereur (P. Caire 67.352), il semble que le requérant réclame un traitement prélevé sur l’annone du nome Hermopolite. On possède’ un certain nombre d'ordres de paiement de blé adressés soit à l’éraurnrnce (C. WESSE LY, Studien..…., VIII, 960; 1172; paiement aux uettorepot de la. pagarchie); soit à l’hypodecte (id., 953 : paiement aux âniers; Id., 554 : paiement au chancelier; Id., 081; 1040 : paiement à l’éroœurnrfc); soit aux pecitar des greniers (1d., VIII, 062; 1176; Id.,. XX, 168); soit auBont6s (C. WEs- SELY, Studien..., VIII, 965). — Comme lle fait nemarquer J. Maspero (P. Caire 67.057, III, addenda, p. 1204), les 759 artabes de blé annuellement perçues à Antaiopolis, en sus des 61.674 artabes embarquées pour Arsinoé, doivent être employées sur place pour des dépenses locales.

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En outre, une certaine part de la fourniture de l’annone est destinée aux monastères, auxquels la pieuse générosité des empereurs accorda une rente annuelle (1).

Ainsi, le village d’Aphrodito est tenu de fournir chaque année 5.739 artabes de blé au couvent de la Métanoia situé près d’Alexandrie (2). Le transport et les frais accessoires sont à la charge des habitants du bourg (3). Le comte Ammonios doit verser pour sa part cént-huit artabes, que son hypodecte transmet au moine économe qui représentait le couvent (4). Ce dernier délivre également le reçu du blé aux protocomètes d’A-

phrodito, responsables de la fourniture pour le bourg.

Mais ce sont là des côtés accessoires, en quelque sorte, de la fourniture de l’annone. La grande affaire, une fois que le blé est réuni par les protocomètes, les curiales ou les employés du pagarque, c’est l’embarquemeñt pour Alexandrie.

Avant de tirer le blé des greniers, on l’examine de manière à éliminer celui qui pourrait être avarié (5).

La centralisation du blé dans la capitale de chaque province, où le rassemblement s'opère sous la direction du duc et de son officium (6), se fait de manière beaucoup plus directe que celle des impôts en espèces. Aïnsi le blé recueilli dans la commune d’Aphrodito, embarqué sous la surveillance du proèdre et de l'épimélète de l’annone, est accompagné par eux jusqu’à

(1) Nov. Just., VII, 8, accorde des annones civiles à des couvents et cite notamment la ville d'Alexandrie. Cf. Mansi, VI, p. 1025 : requête au concile de Chalcédoine contre le patriarche Düoscore I, qui a détourné le blé destiné par l’empereur aux églises de Lybie. Il est dit, dans la vie de saint Théodore Sicéate (Bolland., 22 avril), que l’empereur Maurice accorde à un monastère une rente annuelle en blé à l’usage des pauvres.

(2) P. Caire 67.286; 67.347; P. Lond., INT, 1152; 996; 995, p. 247 SS., PCFIo0r. 12087

(3) « obv vahoic x(at) éxarooratc #(x1) no: àvalw(uaor) ».

(4) P. Caire 67.138.

(s) Dans un papyrus de Vienne déjà cité (Führer 480 = C. WEssE- Ly, Studien.…., XX, 246), on compte pour le déchet (ec xdGapotv at(rou 200 artabes, ce qui donne 2436 artabes (Bu) de blé passé au crible xfexJosxiveuuévou) ci(rou).

(G} Edit XIF, 1,36; 111, 2; 1V: 1.

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Antinoé, où les émployés de l’officium ducal prendront livraison du chargement (1). SD

On ne voit pas exactémenñt quel est, dans la perception du blé, le rôle du fonctionnaire appelé éufshatuo Où aprapixigiss, à qui on adresse des déclarations pour le transfért des charges de l’éuéoxf. Peut-être est-il, comme l'exactor auquel sont envoyées les déclarations relatives at transfert de l'impôt foncier én espèces (2), un employé du préfet du prétoire. En outre, comme le fait remarquer M, Gelzer (3), l’ëuéonr se paie à l’arca praefecturae; l'embolator pourrait être ainsi un contrôleur pour les ärcarica.

Le blé perçu pour l’ensemble d’un grand domaine autopracte peut être remis, Sans intermédiaire, par l’administrateur du domaine au capitaine de la flottille ducale qui délivré en échange un reçu en bonne forme (4).

Nous n'avons point, pour le vi° siècle, dé détails sur les bateliers auxquels on confiait le blé de l’añnoné, Sans doute sont-ils, comme les vaira des époques précédéntes, des mémbres dés corporations des bateliers du Nil, tenus de prêter leurs services à l’État (5). Suivant les cas, leur responsabilité est plus ou moins grande; les patrons dés barques sur lequelles on charge le blé perçu dans tels grands domaines, soût seuls à répondre de la livraison des grains (6); tandis qüé la responsabilité des bateliers qui convoyent le blé d’Aïÿphrodito est diminuée par la présence du proèdre et de l’épimélète de l’annone, qui les accompagne jusqu’à Antinoé (7).

(1) P, Caire 67.036} 67.280.

(2) On a un exemple de ces deux #espèoes de déclaration dans P; Oxy:; I, 126. L’embolator figure dans P, Caire 67.054, 1, 7; 67:05, I]; 2.

(3) M. GEzzer, art. cit. (Archiv, V, p. 353). Il ne semble pas, comme le suggère M. Gelzér, que l’embolator soit chargé de tecevoir le blé de l’embolè, puisque la direction de la perception incombe au dué.

(4) P. Oxy., I, 142: Dans P. Oxy:, 1, 136, un pércepteur privé entrant au service de la maïson des Apion s'engage à vefser le blé de l’ép6or au bätelier public.

(5) P: Amherst, II, 138. P; Lond., Il, p. 266; P. Goodéspéed 14 Ave s:), Cf, P. Jouéuer, Revue critique, 1904, IT, p. 35.

(6) P. Oxy.;" 1, "142:

(7) P. Caire 67.030,

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Les flottilles venant de tous les points du duché se rencontrent à la date fixée dans là capitale, d’où elles descendent de conserve le long du grand fleuve.

Les envois de blé à Alexandrie se font en deux fois. Ïl est spécifié, dans l’Édit XIII, que le blé de T'hébaïde destiné à l’heu: reux transport devra être ressemblé à Antinoé le 9 août et parvenir à Alexandrie avant le 10 septembre (r); pour le blé de l’alimonia, le délai fixé pour l’arrivée du blé est seulement le 10 octobre (2). Aussi, dans la notice qui suit ufñ ordre adressé aux notables d’Aphrodito pour la peréeption des grains, voyons-noùûs qu'il est question d’un pretñier envôi de 4:053 àrtabes pour la grande annone, puis d’un Sécofd envoi-de 2.000 artabëés qui sera chargé sur de pétites bar: ques (3). Ces deux envois successifs se rapportent évidemment, comme l’a suggéré J. Maspero, l’un à l’heureux transport déstiné à Byzance, l’autre à l’alimonia d'Alexandrie (4).

Le trajet des flottilles ffumentaires jusqu’à la grafide ville d'Alexandrie eût été simplifié si, dans toutes les provinces, l’officium ducal avait eu soin, comme en Thébaïde, de faite chargef le blé sur de petites barques. Celles-ci pouvaient ef effét parvenir jusqu'à Alexandrie, tandis que lès grandes embarcations, auxquelles était inaccessible le canal reliant le Nil à la cité, devaient s’arrêter à Chairemon, où des manœuvres les déchargeaient et transportaient le blé jusqu’à des bateaux spéciaux, les Gtapñuara, qui les convoyaient jusqu’à Alexandrie (5).

(1) Édit XIII, six, 2. J. MAsbEro (Bul. de l’Inst. françg. d’arch. ot., VII, p. 213) montre que les dispositions indiquées dans P. Caire 67.04 coïncident avec celles de l'Édit, malgré les différences apparentes de dates. le

(2) Ibid, Le blé perçu en Augustamnique pour l’alimonia d’Alexandrie doit être parvenu à destination avant le 15 octobre : Edit XIII; 1v, 1.

(3) P. Caire 67.030; 67.280 : prxpois axdpeotv, D'après l’Édit XHIT, à, 2, le blé sera chargé dans des barques fluviales : roraais.

(4) J. MasPero, Étude sur les papyrus d’Aphrodito (Bull. de l’Inst. franç: d’arch, or; VII, p. 127):

(s) ProcoPe, De Aedif., VI, 1. — Les Stapauara qui figurent dans un papyrus du 1v° siècle où ce terme paraïssait obscur (P. Théad: 26) : u 4a ra vabka rüv Gapeudrwv»,sont aussi évidemment des barques fluviales.

I] arrivait, dans les régions où le réseau des canaux était moins dense, que l’on fût obligé de transporter le blé par terre jusqu'à un port d'embarquement où se trouvaient les greniers. On y entassait les grains jusqu’à ce qu’on pôt les charger sur les bateaux. Sans doute, pratiquait-on dans ce cas la réquisition des ânes ou des chameaux, comme on le faisait avant le vr° siècle (x).

Pour assurer la perception régulière et le rassemblement du blé dans toutes les provinces égyptiennes, Justinien s’est efforcé d’enserrer dans lé réseau subtil et tenace des responsabilités tous ceux qui participent à l'administration de l’annone.

Les protocomètes des villages autopractes (2), les pagarques (3), les soldats et les tribuns (4) qui peuvent être appelés à leur prêter main forte, tous sont responsables, et leur zèle est stimulé par de dures sanctions. La responsabilité des ducs et de leur officium est particulièrement grave. S'ils apportent du retard pour rassembler la quantité de grain exigée et la diriger sur Alexandrie, leur situation, leurs biens, leur vie même sont en péril, et leurs héritiers eux-mêmes auront à répondre du tort fait ainsi à l’État par négligence. Les amendes qu'ils auront à payer pour le déficit seront calcu-

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lées à raison d’un sou d’or pour trois artabes (5).

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