II. — Caractère turbulent des Coptes
Les sujets égyptiens de Byzance, ingénieux à se dérober à leurs devoirs de contribuables, ne diffèrent guère sur ce point des habitants d’une province quelconque de l’Empire; maïs leur caractère difficile, qui s'était maintes fois manifesté dans Phistoire administrative du pays, confère à celle-ci sa véritable originalité.
Lorsque l'Égypte était devenue province romaine, l’hellénisme n'avait point pénétré profondément dans les diverses couches de la population et le pays était encore fort attaché : ses traditions nationales. On l'avait si bien compris à Rome qu’on s'était gardé d'appliquer purement et simplement à l’É-
(1) P. Caire 67.200.
gypte le régime d’une province ordinaire. Maître du pays, Auguste s’y était présenté à la manière d’un Pharaon, d’un fils de Räâ. Au cours de la domination romaine, l’hellénisation n’avait point fait de progrès vraiment sérieux ni gagné tout le pays. “ Lorsqu'au début du 1° siècle Caracalla accorde aux habitants de l'Égypte le droit de cité, il s'adresse exclusivement à l’élément hellénisé: mais les ‘lxnnvss, c’est-à-dire les Alexandrins, les Grecs du gymnase et les Grecs ordinaires, ne constituent qu'une assez faible partie de la population à ‘côté des Égyptiens, des gens établis sur la côte, à l’ouest du fleuve, et des étrangers qui peuplent la campagne et restent des sujets (x). Peu à peu, les bourgs eux-mêmes étaient bien parvenus, 1l est vrai, à la vie municipale (2); au 111° siècle, les fonctions publiques, la collecte de l’impôt y sont confiées à des liturges responsables, et ce régime fleurit encore au vi° siècle. Mais la vie municipale en Égypte devait subir la décadence générale à laquelle elle est parvenue dans tout l’Empire. D’ailleurs les gens des bourgs, de simples gardes-champêtres, peuvent prendre le nom d’’Abpgher comme de vrais citoyens romains (3) : ils n’en sont pas moins demeurés pour la culture de vrais ‘Aryürriar, des indigènes.
La suppression de l’enseignement des gymnases, au IV° siècle (4); a porté en effet un coup des plus sensibles &: pro» grès déjà lent de la culture hellénique dans le pays. Aussi n'est-ce point la langue hellénique qui finit par l'emporter; au prix de quelques concessions au grec, dont elle emprunte l'alphabet et souvent le vocabulaire, l’antique langue nationale demeure maîtresse du terrain. Au vi° siècle, non -seulement les documents privés sont rédigés en copte, mais il devient
nécessaire, tout comme au début de l’époque ptolémaique, de
(x) Théodore Reinacn, Un code fiscal de l'Égypte romaine. Le gnmon de l’idiologue (Extr. de Nouv. Rev. hist. de droit franç. et étranger, 1920-1921).
(2) P. Joucuer, La vie municipale dans l'Égypte romaine, p. 460 ss.
(3) P. Caire 67.001.
(4) WiLcken, Grundzüge, p. 67.
publier dans les deux langues, en copte aussi bien qu’en grer, les actes publics (r).
- Toute une littérature copte se développe alors dans le pays; elle est étroitement liée aux croyances religieuses qui sont, pour les Égyptiens, une des manifestations les plus violentes de leur indépendance. Leur attachement passionné à l’Église monophysite, qu’ils regardent en quelque sorte comme leur Église nationale, n'est-il point une façon de faire de l’opposition au gouvernement des Byzantins, des étrangers? En outre, l’antique religion égyptienne demeure encore vivante en Haute- Égypte et témoigne, sous une autre forme, de la persistanre des traditions indigènes (2). Ainsi l'esprit de race des Égyptiens n’a point disparu (3) au cours de la domination romaine; au VI° siècle, ils sont même parvenus à une pleine conscience de leur nationalité. Celle-ci se manifeste si impérieusement, qu'aux yeux des conquérants musulmans, l'Égypte n'apparaît guère comme une province impériale ; ses habitants, qu'ils appellent les Copies (du mot ’Aryirui), s'opposent nettement pour eux aux Byzantins et à leurs yeux le pays fait presque figure de royaume quasi-indépendant. Si l'on en croit la légende arabe, le Mouquaqis, chef des Coptes, était avec le César de Byzance, le Sassanide et le négus d’Abyssinie, l’un des potentats auquel le Prophète, devenu maître de l'Arabie, envoya
(1) L’édit d’un duc de Thébaide au sujet des sportules néclamées aux plaideurs par les employés de l'officium, sera affiché dans les deux langues : P. Caire 67.031. Les fonctionnaires subalternes sont souvent illettrés (C. Wessezy, Studien..., III, 95; 118. P. Caire 67.049; 67.136), ou sont parfois mieux familiarisés avec le copte qu'avec le grec; dans un reçu d’impôt rédigé en grec (P. Lond., V, 1742), l’auteur écrit nuitoy pour dnuésua, comme il l’eût fait en copte (note de l’édit.),
(2) J. MasPero, Horapollon et la fin du paganisme égyptien (Bul Inst. fr. d’arch. orient., XI, p. 184); Id., Les patriarches d'Alexandrie, p. 32 ss. Au vi® siècle encore, un certain Apa Moïse ruine un! temple païen d’Abydos dédié à Apollon (?); vingt-trois prêtres qui le desservaient périrent dans la circonstance, À la même époque, un notable d’Antaiopolis est accusé de paganisme et de sorcellerie : P. Caire 67.004, 8
(3) Le fait a été mis en lumière par J. Maspero, Horapallon et la Jin du paganisme égyptien (Bul. Inst. fr. d’arch. orient., XI, p. 181 ss.).
des ambassades pour les exhorter à embrasser l’Islam (x).
Les Coptes eux-mêmes professent une admiration exclusive et sans bornes pour tout ce qui est égyptien, partant un secret mépris pour l'étranger venu de Byzance. On se plaît à répéter dans le pays que la race égyptienne est la plus ancienne du monde (2). Nul est-il capable de résister à l’hérésie de Chalcédoiïne comme un Copte de race pure? L'Histoire des Patriar- ches relate la résistance exceptionnelle d’un couvent de Basse- Égypte à la persécution de l’empereur Héraclius contre les monophysites : « C’est que les moines étaient d’une grande vaillance, car ils étaient tous des Égyptiens sans mélange d’étrangers » (3). Le fait d’être un homme du pays est un des plus grands mérites qu’un poète locaï se plaise à louer chez un haut fonctionnaire, le duc de Thébaïde Klavios Marianos : « Car ce n’est point un étranger (c(ÿ) Eévos), le descendant des illustres Kyrillos et Komêtès qui furent aussi de grands chefs indigènes (rsAxomuxüv) (4).» Les personnages qui ont frappé l'imagination populaire par leur magnificence ou même par leurs crimes étaient Égyptiens : Dioclétien était, paraît-il, de race égyptienne (5); ‘l'héodora était originaire du pays (6). Dans leur orgueil national, les Coptes prétendent tourner le Christianisme même à la plus grande gloire de leur race; l'Égypte est la contrée élue entre toutes; le Christ n'est-il pas né à Héracléopolis en Thébaïde (7), au dire des Égyptiens ?
A Byzance, on est loin de professer cette admiration pour l'antique race de l'Égypte. La majesté sacrée des Pyramides n'éveille chez Procope qu’un sentiment de dédain pour une
(1) J. Maspero, Les patriarches d'Alexandrie, p. 23. L’authenticité
de ces messages est, il est vrai, discutée (A.-A. VasiLjev, Lektsü po istorii Vizanti, p. 196). |
(2) Paorius, Bibl. (P.: G., CIIT, col. 1249).
GoMisi. PatrePsO 1; p. (234),498.
(4) J. Masrero, Un dernier poète grec d'Égypte : Dioscore d’Aphrodito (Rev. ét. gr., 1911, p. 426-453). Cf. A. CarperINr, Piccola letteratura di provincia nei papiri (Aegyptus, IT, 1921, p. 149 ss.).
(5) Jean DE Nixiou, LXXIIT, x.
(6) J. Maspero, Les patriarches d'Alexandrie, p. 26.
(7) J. Masrero, Les patriarches d'Alexandrie, p. 25.
splendeur aussi inutile (1}. Les qualités intellectuelles des Coptes sont peu appréciées dans la capitale; ils y passent pour des esprits plutôt grossiers, impropres aux travaux sérieux (2), incapables de saisir les subtilités des disputes métaphysiques ; leurs théologiens sont des ignorants (3). Ainsi pour les Byzantins, aussi bien que pour les Arabes, les ‘Aïyürrior semblent bien constituer l’ensemble de la population de l’Égypte et non plus seulement, comme au temps du Haut-Empire romain, la masse ignorante et non hellénisée des fellahs, impropres à la vie publique, des sujets en un mot. Au vr° siècle, les habitants, fussent-ils de grands propriétaires riches et instruits, ou même des fonctionnaires impériaux, se considèrent avec complaisance comme des Égyptiens de vieille souche. Férus d’admiration pour eux-mêmes, les Coptes ont tout lieu d’être irrités par l'indifférence méprisante des étrangers, et surtout quand ceux-ci sont des maîtres qui prétendent leur imposer une doctrine ‘religieuse et exiger d’eux le paiement régulier des impôts. On conçoit facilement que, dans ces conditions, le rôle des fonctionnaires préposés à l’administration de la justice et de la police en Égypte ait été particulièrement difficile. S'ils ont à souffrir des lenteurs, de l’indolence ou des iniquités de ceux qui sont chargés de faire régner dans ie pays l’ordre et le droit, les indigènes sont loin de faciliter, pour leur part, la tâche des fonctionnaires. Aussi, les charges des employés subordonnés dans les services de la justice et de la police, comme celles de riparios, ne paraissent point fort désirables. Il ést vraisemblable que les gens des villages et des cités se dérobaient à l’envie à ces fonctions délicates et périlleuses ; si bien qu’il fallait parfois un ordre exprès du praeses pour enjoindré à un habitant d'accepter lesdites fonctions. On possède ainsi un ordre (rpécrayma) de Dioscore, praeses de Thébaïde, enjoignant à un certain Apollos d’avoir à remplir à Aphrodito la charge de riparios (4).
(1) Procore, De Aedif., II, 1; Cf. Jean De LypIEeN, De Mag., II, 21. (2) EuNaPE, Vitae Sophist., éd. Boissonade, p. 92. (3) J. MasPero, Les patriarches d’Alexandrie, p. 27.
(4) P. Caire 67.281.
À toutes les époques, les pétitions sur papyrus nous font connaître presque exclusivement lhumeur irascible et brutale des petites gens de la ywpa égyptienne, et il ne s'ensuit pas naturellement que les discussions et les haines entre voisins,
‘ accompagnées de voies de fait et de dommages causés aux propriétés, fussent d’une pratique journalière. Mais il ne s’agit point seulement, dans les textes du vi siècle, de ces menues chicanes entre bergers et laboureurs. Il paraît que, par suite de l’affaiblissement et de l'éloignement du pouvoir central, les luttes entre particuliers ont pris dans l'Égypte byzantine uné importance regrettable, d'autant plus que les possessores ont à leur service des troupes de bucellaires et qu’ils ont pris l'habitude d’armer leurs serviteurs. L'auteur d’une pétition demande que le pays soit protégé contre les maux intérieurs : qu'on chasse les soldats privés qui se nourrissent aux dépens de l’habitant, qu’on empêche les serviteurs des grands propriétaires de porter des armes, qu’on interdise aux particuliers de vider à main armée leurs propres querelles (x). Il arrive qu'un bourg tout entier soit troublé par les divisions intestines. Dans une lettre sur papyrus, il est question d’une dispute entre paysans, devenue si grave que « le village tout entier aurait pu demeurer désert sans l'intervention de la divine Providence et des liturges » (2).
Parfois deux bourgs en viennent “aux prises; les habitants n'hésitent pas à se transformer en vrais pillards et à venir opérer une-razzia chez leurs voisins (3). Les haines particulières sont d’une telle violence qu’elles ne s’émoussent même pas durant l'invasion musulmane. Jean de Nikiou raconte quelles inquiétudes causent au général byzantin Théodore, commandant en chef des forces militaires, les dissensions des habitants; il redoute de voir celles-ci favoriser l’approche des Arabes et la prise de la côte de l’île de Lokyon (4).
Plus d’une fois, les querelles sont envenimées encore par
JP Caire 607.080, recto.
CAPE CS eur
GP Oxy. INVIIT, 1106.
(4) Jean DE Nixiou, CXI, 21.
WA AT 0e Ti:
‘les luttes entre les factions du cirque; le parti des Bleus et
celui des Verts. Le goût pour les courses de chevaux règne en effet dans tout le pays. À l’imitation d'Alexandrie, es cités de l’intérieur ont leurs hippodromes. Parmi les dépenses de la ville d'Oxyrhynchos figurent le salaire des employés de l’hippodrome (1), ou le prix d’une embrocation destinée aux chevaux du cirque (2). Les grands propriétaires fonciers ont leurs écuries de courses, ainsi qu’en témoignent des contrats de la collection d'Oxyrhynchos passés entre tel possessor et un chef palefrenier engagé pour une année (3). On trouve ainsi, même dans les bourgades de la campagne, l'écho des disputes violentes entre les Bleus et les Verts, tout comme à Byzance elle-même (4).
L'opposition entre les deux partis irréconciliables se manifeste notamment lors des révoltes de fonctionnaires auxquelles la population s’empresse de prendre part.
C'est ce qui eut lieu précisément au moment d’une affaire particulièrement grave, amenée par la révolte de trois pagarques d’Aïkelah (5) et survenue sous le règne de l’empereur . Maurice. Elle dégénère vite en troubles et en émeutes qui bouleversént tout le pays. Prenant parti pour les rebelles, les gens d’Aïkelah, près d'Alexandrie, veulent tuer le gouverneur de Bousir qui parvient à leur échapper. Lorsqu'ils apprennent le retour à Alexandrie de l’augustal Jean, qui avait dû faire le voyage de Byzance au sujet de la rébellion des pagarques, le désordre est à son comble. Un des meneurs des émeutiers, un homme décidé nommé Isaac, prend la mer avec quelques-uns des siens : ils s'emparent d’un nombre important de vaisseaux, les détruisent ét reviennent chargé de butin. Enfin les gens
(x) P:..Oxy.; 1, 162: (618).
2) PONS las CES P A OLY NL NISE
(PS ONE NL re 8 ao ACT TAG"
(4) P. Oxy., I, 145 : mention des Verts (uépouc [paoivwv). JEAN DE NiKIou raconte (CXI, 21) que Nicétas maîtrisa à grand peine l’anarchie qui régnait en Égypte, où les guildes d’artisans se jetaient sur les Bleus; cf. Id., CVII, CNIII. On voit dans P. Oxy., I, 152 que deux « starters » sont employés à l’hippodrome de la ville par les Bleus (u£pouc Bevéto).
(5) Jean De Nixiou, XCVII. 2:
LES TORTS DES ADMINISTRÉS © 1Br
d’Aiïkelah commettent excès sur excès; ils emprisonnent divers personnages, des fonctionnaires, semble-t-il, se rendent maîtres des bateaux Fe de grain, du produit des impôts, qu'ils obligent l’augustal à leur remettre. Certains poussent
l’insolence jusqu’à prétendre lui nommer un successeur: réunis à Bousir, les gens du parti des Bleus et des Verts se concertent avec Euloge, le Bontés (?), et Ptolémée, le commandant des Barbares. Ils allèguent les torts de l’augustal : « Il ne respecte pas les gens, il déteste l'injustice (sic) et ne répond pas à leur désir. »
Lorsque les fonctionnaires de la ville de Merada en Basse- Égypte se rebellent contre Théophile, « le gouverneur des cinq villes » dont parle Jean de Nikiou (1), un grand nombre d’habitants embrassent leur parti et se mêlent aux luttes qui suivirent.
Au moment de l’insurrection de Nicétas, le lieutenant d’'Héraclius révolté contre l’empereur Phocas, qui envahit l'Égypte par la Tripolitaine, les Égyptiens se joignent aux rebelles. Les Bleus confisquent les biens d’Aristomaque, « l’ami de l’empereur », et ceux des notables de Ja cité de Manouf; ainsi réduits à la dernière pauvreté, ceux-ci ne peuvent payer leurs impôts (2). Unis dans une haine commune à l'égard du gouvernement de Phocas, les partis adverses sé réconcilient et les Bleus eux-mêmes abandonnent le parti de l’empereur (3).
Les habitants de l'Égypte byzantine, naturellement portés aux violences, sont en outre dans un état de perpétuelle effervescence religieuse. L'imagination populaire est toute remplie du récit des miraclés opérés par les saints anachorètes, des circonstances étonnantes de leur vie, de leurs visions troublantes. Les révélations des mystiques l’exaltent ; au moment de ja révolte de Nicétas, le vieillard Théophile, qui vivait depuis trente années au sommet d’une colonne sur la rive du Nil, se mit à prophétiser, annonçant le succès du lieutenant d'Héraclius (4). Nicétas, qui avait entendu parler des vertus éton-
nantes du saint, va le consultér à un moment où il craignait
(1) Id., CV.
(2) Id., CVII, 25.
(3) Id., CVIII.
(4) Id., CVIII.
fort l’issue de la lutte contre Bonose : « C’est toi qui triompheras de Bonose, tu renverseras le gouvernement dé Phocas, Héraclius sera empereur », déclare le stylite. Enflammé par cette prophétie de l’homme de Dieu, Nicétas, de retour à Alexandrie, ordonne une sortie victorieuse contre l’armée impériale. Le pieux Benjamin d’Antinoé avait aussi connu par une vision la chute de Phocas (x).
Le foyer de désordre le plus redoutable de tout le pays est évidemment la grande ville tumultueuse d'Alexandrie. Cité
cosmopolite où les Syriens, les Juifs et les Arabes se mêlent.
aux Grecs de Byzance et aux indigènes, Alexandrie n’est pas seulement une ville d’études et un vaste entrepôt de commerce; c’est un lieu de plaisir et sa réputation est des plus fâcheuses. « Aussi vicieux qu’un Alexandrin », disait alors le proverbe, « ou davantage ajoute Eunape, s’il y a quelque chose de plus vicieux qu'un Alexandrin » (2).
Les masses populaires, entretenues dans l’oisiveté par les libéralités de l’État (3) ou la générosité de l’Église (4), sont toujours prêtes à l’émeute, souvent sans conviction profonde d’ailleurs; pourvu qu’il s'agisse de sédition, elles suivront le premier venu sous n'importe quel prétexte (5). Au moment où le patriarche Cyrus, le persécuteur des monophysites, revient d’exil, les Alexandrins, aussi versatiles que violents, lui font un accueil enthousiaste; lorsqu'il se rend à l’église du Caesarion, on étend des tapis dans les rues où la foule s'écrase en chantant des hymnes en son honneur (6).
On se défiait fort à Byzance de l’humeur turbulente des Alexandrins. À diverses reprises, dans l’Édit XIII, Justinien s'était préoccupé des désordres, toujours à craindre dans la ville (7). Celle-ci est l’objet d’une mesure toute spéciale dans
(D CXT-
(2) EUNAPE, éd. de Bonn, p. 094.
(3) Voir Première partie, Chap. 111, p. 117.
(4) Lsonrios’ von NEapoLis, Leben des heilisen Iohannes des Barmherzigen, hrg. v. H. Gelzer, XII et passim.
(5) Evacrius, Hist. eocl., II, 8, p. 57.
(6) Jean pe Nixrou, CXX, 72.
(7) Edit XIID rss Tr, 4:
‘tr TEE HÉSITER
la Novelle LXXXV, en 539; on sait que les gouverneurs de province devaient veiller à ce que les armes fabriquées dans les ateliers de l’État ne fussent point vendues à des particuliers <t ne servissent point à des guerres civiles. Alors que la sanction applicable à ce propos à tous les gouverneurs de province est une amende de dix livres, les craintes inspirées, par les émeutes d'Alexandrie sont telles, que l’augustal, seul, est menacé d’une amende de vingt livres (1) s’il ne surveille pas exactement le trafic des armes.
À chaque émeute les greniers à blé sont attaqués et pillés (2) et la famine rend la populace furieuse. \ Lors des troubles suscités par les gens d’Aïkelah, les Alexandrins manquant de vivres veulent tuer l’augustal Jean et commettent de graves dégâts dans la ville (3).
La révolte de Nicétas y trouve naturellement une répercussion violente; les habitants poursuivent les troupes impériales à coups de pierres et de flèches (4); ils sont aussi redoutables que les soldats pour lés partisans de Phocas : Théodore, le patriarche chalcédonien,se retire dans l’église de Saint-Athanase, au bord de la mer, car il craïgnait les Alexandrins tout autant que lés troupes du général victorieux (5).
Pendant l'invasion musulmane, une véritable guerre civile éclate entre les habitants de la ville : les factions des Bleus et des Verts interviennent naturellement dans la Jutte, qui semble avoir éclaté à propos des dissensions religieuses (6).
Le caractère turbulent des Coptes est ainsi un grave obstacle à l'application en Égypte des réformes justiniennes. Plus qu'ailleurs peut-être, il est difficile d’y pratiquer une administration régulière des finances et de la justice. Les troubles que les habitants du pays se plaisent, dirait-on, à entretenir y rendent particulièrement délicate la tâche des fonctionnaires et celle du gouvernement de Byzance.
(1) Nov. Just., LXXXV, 3, 1.
(2) ProcoPe, De Aedif., VI, 1.
(3) Jean pe Nixiou, XCVII.
(4) Id., CVIHII.
(dy CN,
(6) Id., CXIX.
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