‹ L'Administration Civile de L'Égypte ByzantineChapitre 41 sur 49 · I. — Politique financière · texte numérisé non relu

I. — Politique financière

Les émpereurs se heurtant à l’indolence et à la mauvaise volonté incurable de leurs fonctionnaires et des habitants de l'Égypte, les réformes justiniennes contribuaient fort peu à faire régner l’ordre et la justice dans le pays; il faut bien reconnaître aussi que le pouvoir central eut sa part de responsabilité dans cet insuccès. l

On pourrait citer, il est vrai, des faits qui témoignent des bonnes intentions, d’ailleurs intéressées, des basileis à l'égard des contribuables qu’il importe de ne pas pressurer jusqu’à l’é- puisement (x),

Sous le règne même de Justinien, tel village obtient un dégrèvement qu'il a réclamé (2). On met en liberté sous caution certaincs gens qui avaient été arrêtés, afin qu'ils puissent faire leur récolte et que la perception de l’impôt n’en souffre pas (3).

D'une façon générale, on rappelle aux fonctionnaires, prompts à se laisser aller aux excès de pouvoir, que personne ne doit être violenté contrairement aux ordonnances impériales (4).

Dans Îes cas où les contribuables, se prétendant lésés par les agents du fisc, recourent à l’empereur, celui-ci, après enquête, ordonne de faire droit, s’il y a lieu, aux demandes des plaignants. C’est ce qui s’est passé pour le bourg d’Aphrodito réclamant son droit d’autopragie (5).

(1) P. Caire 67.024 (551) : Justinien ordonne de ne pas épuiser ie village, afin que les habitants ne se trouvent pas ruinés sans ressources (#tovo) au moment de la perception des impôts.

(2) P. Caire 67.291; 67.057, 1. 18 : compte pour les largitionalia avec le dégrèvement ‘ u:ra Toy xoUp(LOLOvV).

(4) P. Caire 67.089, recto, fr. D.

(5) P. Caire 67.024.

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Mais ces faits ne sont guère que d’heureuses exceptions en faveur des contribuables égyptiens ; en général le mal subsiste. En effet, dès le temps de Justinien, l'état déplorable du Trésor oblige l’empereur à s’écarter lui-même des principes qu’il eût voulu réaliser dans l’administration des provinces. Procope fait remarquer, avec sa malveillance habituelle, que Justinien, rompant avec les traditions de ses prédécesseurs, n’accorda point à ses sujets la remise de tout l’arriéré des contributions (x).

On sait aussi avec quelle minutie l’empereur avait réglé luimême dans l’Édit XIII, pour le limiter strictement, le fait d’accorder des lettres d’exemption en faveur des débiteurs du fisc (2).

I] se vit même obligé, contrairement à son désir, de créer des impôts nouveaux (3), ou d’aggraver la charge des anciens en développant en Égypte, comme ailleurs, l'institution de l’épibolè (4).

L'empereur se débat dans un cercle vicieux : il a le désir de ménager ses sujets, mais les impôts rentrent si mal et les besoins d'argent sont tels, que le ressources de l’arca praefecturag ne suffisent pas à payer les fonctionnaires et qu’on doit exiger des habitants des taxes destinées à solder les traitements de ces derniers (5).

En Égypte, en particulier, de grosses sommes sont nécessaires pour les constructions d'utilité publique : bains (6), aqueducs (7), greniers fortifiés (8), travaux de fortification pour l'entretien du système défensif dé la province (9).

Sous les successeurs de Justinien, la situation financière ne

(1) PRocoPE, Hist. secrète, XXXIII, 2.

(2) Voir Première partie, Chap. IF, p. 98, 113. (3) L’aerikon, par exemple.

(4) Voir Première partie, Chap. II, p. 83-84.

(5) Id., p. 106-107.

(6) Justinien fait construire des bains à Taphosiris et à Bérénice en Libye (ProcoPe, De Aedif., VI, x). It élève également à Taphosiris des habitations pour les fonctionnaires.

(7) La ville de Ptolémais souffrant du manque d'eau, Justinien la dota d’un aqueduc : Procope, De Aedif., VI, 1.

(8) ProcoPe, De Aedif., VI, 1. \

(9) J. Maspero, Organisation militaire de l'Egypte. byzantine, Chap. II.

permet pas au gouvernement d'exiger les impôts avec moins de rigueur (1). À son avènement, Justin II a trouvé le Trésor écrasé de dettes et réduit à la dernière misère (2). Maurice pratique une sévère politique d'économies, mais son avarice, qui Jui fait vendre tout le blé d’ Égypte pour le convertir en or (3), n'est point faite pour lui concilier l'attachement dé ses sujets. Ceux-ci sont excédés par le poids des impôts et Nicétas, une fois maître de l'Égypte, se résout, pour rallier définitivement le pays à la cause d'Héraclius, à lui accorder une remise des

- impôts pour trois années (4).

Le choix des fonctionnaires placés par Byzance en Égypte -pour y diriger l'administration financière, ne paraît point avoir - été toujours fort heureux. Il est vrai que les ducs, loin d’être - -exclusivement des hommes de guerre, furent plutôt des fonctionnaires pacifiques (5), mais le caprice impérial motivait trop - souvent leur nomination (6). En outre les grands propriétairés fonciers qui possédèrent la dignité ducale avaient, semble-t-il, trop d'intérêts locaux à ménager, à commencer par les leurs, pour tenir la main à l’exécution exacte des édits impé-

- TIaUX.

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